Nous sommes en 1945 aux Philippines. Les troupes américains ont débarqué sur l'île, la fin de la guerre est proche. Pour les japonais, maîtres de l'archipel depuis trois ans, c'est la débâcle. On y sent comme une atmosphère de fin du monde et on y sentirait presque l'odeur des cadavres parsemant la jungle tant la réalisation d'Ichikawa est prenante. Adapté d'un roman de Shohei Ooka, "Feux dans la plaine" nous fait suivre le périple de Tamura, soldat japonais atteint de tuberculose. Envoyé à l'écart de son régiment pour se soigner, il se retrouve seul, à errer sur une île de plus en plus désolée. Résigné à mourir, Tamura fait pourtant tout pour survivre et envisage même de se rendre aux américains. Les rencontres qu'il fait sur son chemin ne sont pas en meilleur état que lui. Affamés, épuisés, mourants, les soldats comme les civils ne valent pas mieux que Tamura, frôlant la folie. Dans cet univers où la violence devient absurde, la mort serait d'ailleurs sûrement une délivrance... Pour mieux illustrer ce contexte infernal de fin de guerre, Ichikawa n'hésita pas à impliquer ses acteurs de façon radicale dans le tournage. Ceux-ci, sous supervision médicale, étaient sous-alimentés et s'étaient vu interdire de se laver les dents ou les cheveux par pur souci de réalisme (Shia LaBeouf n'a rien inventé sur le tournage de "Fury"). La guerre, filmée par Ichikawa, ne comporte pas de moments de bravoure. Il ne s'agit pas de se battre pour la patrie, il s'agit de survivre face à la barbarie mais pour le faire, il faut devenir barbare et se perdre. Avec sa mise en scène affûtée et ses ciels découpant des paysages déserts et désolés, "Feux dans la plaine" nous plonge au cœur même de l'horreur d'une guerre qui touche à sa fin sans que l'on comprenne vraiment ce qui se passe. La débâcle, l'amoncellement des corps, le sang qui n'hésite pas à gicler, le film ne nous épargne rien, se montrant aussi terrible que nécessaire.