Saurait-il tout faire Patrice Leconte ? Faire marrer la France des seventies à coups de "Bip bip", émouvoir en noir et blanc en faisant se rencontrer Daniel Auteuil et Vanessa Paradis dans un long et chaud road-movie. La réponse est visiblement oui.
Le fluet scénariste s'assagit avec le temps et verse à nouveau dans l'émotion, en anglais cette fois et au temps jadis, en adaptant un roman de Stefan Zweig.
C'est une très belle histoire d'amour qu'il nous propose là, qui débute timidement, conventions sociales obligent et qui évolue sous forme de promesse qui pourrait avoir des allures de romantique arrangement.
L'Allemagne du début du vingtième siècle, avant la guerre. Friederich, interprété par Richard Madden est employé d'une usine de sidérurgie et semble dans les petits papiers de la direction, Karl Hoffmeister, alias Alan Rickman, un vieux barbon, rigide et gris, qui a des circonstances atténuantes, puisque la maladie l'accable et qu'à cette austère époque, l'hôpital américain n'existe pas encore, ce qui ne fait qu'augmenter le caractère angoissé du PDG rarement rieur. Ce dernier a pourtant la chance d'avoir à ses côtés une ravissante trentenaire ( Rebecca Hall ), épouse dévouée, élégante, sexy ( même à l'époque ) et maman d'un petit brun jovial au prénom marrant, Otto. Les affaires vont bien, le jeune Friederich est un salarié exemplaire, sans histoires, qui inspire la confiance de son patron, mais la médecine du travail germaine impose à celui-ci un repos forcé à domicile. "Ach !", il va falloir organiser un nouveau planning pour que le boss garde sa superbe de dirigeant depuis son plumard. Il propose à Friederich de venir habiter leur vaste résidence et de devenir, en plus de prendre sa place à l'usine, son secrétaire particulier. Le jeune homme hésite un peu à quitter sa vie modeste et sa girlfriend du moment pour aller se mêler à la vie bourgeoise et insouciante des Hoffmeister. Mais c'est sans compter sur la présence régulière et convaincante de la maîtresse de maison, Charlotte; qui trouble les sens du nouvel arrivant à raison. Ces deux là se bouffent des yeux, jouent la carte de la politesse; lui, fait faire ses devoirs au fiston impeccablement coiffé, sous les yeux admiratifs et attendris de la maman. Les plus indicibles pensées traversent les esprits des deux jeunes gens, elle: "Mais qu'est-ce que je fais mariée à ce vieil hibou de Karl alors que j'ai sous les yeux c'te beau gosse de Friederich?", et lui: "Elle me rend dingue, avec ses yeux de biche, sa robe corsetée à mort et son air de ne pas y toucher, si je bouge un doigt, je me retrouve dans les faubourgs, dans une chambre miteuse, avec l'ennui pour seul compagnon". La tension évolue doucement entre Charlotte et Friederich, avec délicatesse; ils osent s'aimer en secret, sans mot dire, mais restent cantonnés à l'application des bonnes moeurs de l'époque. Le petit garçon n'y voit que du feu, mais le mari, rasoir mais malin, n'est pas né de la dernière pluie. Il propose à son protégé une sorte de promotion en envoyant celui-ci se frotter aux cactus mexicains pour un long moment. En apprenant la nouvelle, "madame" vacille et la patience des deux amoureux clandestins se fendille pour déboucher sur une promesse...
Les trois acteurs principaux, leur jeu affuté, les mélodies de Gabriel Yared, l'adaptation appliquée de Patrice Leconte font de ce long métrage une preuve de plus que les femmes sont capables de nous rendre joliment dingues.