Il semble que Lee Daniels ait une affection particulière pour les monstres. Après La Noire obèse et légèrement stupide de "Precious", on a affaire ici à une belle brochette de tarés : une nymphomane sexuellement attirée par les criminels, un homosexuel aux pulsions violemment masochistes, un Noir prêt à truquer la vérité pour devenir célèbre. Et enfin un tueur aux pulsions perverses. Au milieu de tous ces freaks, le héros, un bel ange blond innocent, se démène et se perd. Dans son ingénuité, il ne trouve rien de mieux à faire que de tomber amoureux de la nymphomane, et de contribuer
à la grâce du tueur à la suite d'une manipulation journalistique.
Tout ça dans une société sudiste extrêmement raciste et sclérosée par la misère et les préjugés, où la plupart des personnages sont visiblement attardés et très violents. C'est une vision sans concession. Mais c'est drôle aussi. La rencontre de tous ces monstres provoque des scènes pour le moins cocasses et franchement tordantes, notamment celle où Nicole Kidman
mime une fellation pour son serial killer adoré
, ou encore celle où
elle urine sur le bel ange blond, pour le sauver d'un choc allergique
. Enfin, c'est surtout un film d'ambiance. En le regardant, on sent le soleil écrasant, les moustiques, l"humidité poisseuse, et la lourde et mélancolique musique du Sud. C'est une photographie d'époque qui nous est offerte, assez radicale certes, mais c'est justement ce qui fait l'intérêt du film : un point de vue très original du réalisateur sur le monde dont il est issu. C'est de ses origines qu'il parle. Et du coup, le personnage de la narratrice, servante noire, est d'une importance capitale. Tout comme Lee Daniels, elle est le témoin de cette absurde société raciste, qui conduit à la folie et au meurtre. Enfin, c'est un bel hommage au grand écrivain William Faulkner. On croirait vraiment que le scénario a été écrit par lui.