Ce film est magnifique. Esthétiquement, musicalement, et au niveau de l'interprétation et de l'histoire. Enfin un film de vampires adulte, gothique, envoutant, avec une vraie romance (depuis Dracula de Coppola en 1993 ça n'était pas arrivé). De plus, l'humour est au rendez-vous. On perçoit très souvent le second degré du réalisateur qui, tout en faisant l'éloge de ses deux héros romantiques et ultra cultivés, se moque de leur snobisme un peu pathétique. Certaines scènes sont carrément hilarantes.
La musique vous reste dans la tête au point que vous aurez envie d'acheter la bande son en rentrant. L'ambiance et les décors vampiriques et underground sont superbes.
Quant aux héros ils sont comme j'ai toujours imaginé que pourraient être de vrais vampires :
Eve est envoutante, étrange et délicate. Malgré ses nombreuses années, elle est toujours prête à savourer ce que peut lui apporter la vie : ses livres, ses amis, les villes qu'elle aime. Elle s'emploie à prendre soin de ce qu'elle aime plus que tout, son mari dépressif, Adam, pour qui elle est une sorte de guide dans l'immortalité.
Lui se réfugie dans sa musique. Il est taciturne, dépressif, désabusé, reclu, trop beau, trop talentueux, trop cultivé pour le commun des mortels qu'il appelle les "zombies". Les deux personnalités se complêtent et forme un couple qu'on suivrait pendant des heures. Ils savent presque tout, on les croit invincibles, voire même dangereux (les regards qu'ils posent sur un humain qui saigne ou une bouteille de sang sont ceux de prédateurs).
Pourtant, lorsque Ava la frénétique petite soeur (plus insouciante et plus dangereuse) arrive et que des événements imprévus viennent perturber leur quotiden, ils sont démunis.
Le fait qu'il soient des vampires n'est pas forcément le centre de l'histoire, c'est en fait un prétexte : Jarmusch peut ainsi leur donner ces connaissances et ces personnalités hors du commun, tout en les rendant très vulnérables, car dépendants du sang humain et forcés de vivre cachés.