Michele Placido vient d'inventer avec "Le Guetteur" un nouveau genre : après le polar noir, le polar gris ! Une photo saturée de teintes grisâtres (décors, costumes, véhicules...), de l'action, mais pas trop, des rebondissements tristement moroses et au final un résultat moyen, neutre... un croisement improbable entre du Olivier Marchal (dans les meilleurs moments) et du flicaillon made in TF1 (dans les pires moments). Plutôt assez bien stylisé, mené sur un rythme qu'on aurait préféré plus nerveux, le film pêche lourdement par son récit, tous les à-côtés du scénario et toutes les sous-intrigues étant au mieux superflus, voire tournant carrément au ridicule. Ca s'appelle combler le vide par du vide... Bravo aussi pour les références bien voyantes sensées montrer que le film se place dans la continuité d'une lignée prestigieuse : comme Bourvil dans "Le Cercle Rouge" de Melville, Daniel Auteuil joue un certain commissaire Mattei ! Et bravo surtout pour les clichés nationaux : bon, les responsables de cette co-production franco-italo-belge ne l'ont sans doute pas fait exprès mais avouez que confier le rôle du braqueur à un Italien (tous les Ritals sont des voleurs, c'est bien connu...), celui du salaud pervers à tendances pédophiles à un Belge (Marc D., si tu nous regardes...) et faire incarner tous les policiers et militaires par des Français (comme disait Renaud, "La France est un pays de flics/A tous les coins d'rue y'en a cent..."), tout de même ! D'ailleurs, le casting 3 étoiles (Auteuil, Kassovitz, Gourmet...) se débrouille comme il peut et plutôt pas mal malgré les nombreuses incohérences que comportent les actions des personnages. La faute aux scénaristes, encore et toujours... Quoi qu'il en soit, les scénaristes ne sont pas responsables de tout et après "L'Ange du Mal" déjà pas terrible, "Le Guetteur" vient remettre en cause le statut acquis par Michele Placido en tant que réalisateur sur "Romanzo Criminale". On verra bien à quoi ressemble son prochain film mais en cas de nouvelle déception, le suivant se fera sans moi.