Après un premier Tron (1982) qui avait littéralement révolutionné le cinéma — premier long-métrage à utiliser massivement l’image de synthèse, costumes récompensés, personnages attachants et scénario solide dans son propre univers —, puis un second opus (Tron: Legacy, 2010) qui avait, à son tour, marqué l’histoire en osant le rajeunissement numérique (peu convaincant certes, mais inédit), mais aussi grâce à son rythme soutenu, sa direction artistique magistrale, ses combats chorégraphiés à la perfection et sa bande originale cinq étoiles signée Daft Punk… on pouvait espérer que ce troisième opus, 15 ans plus tard, vienne prolonger l’héritage.
Hélas, Tron: Ares fait exactement l’inverse.
Flynn Jr. et Quorra sont purement évincés (ce qui n’est pas nécessairement un mal), mais tout ce qui faisait le charme et l’identité de la saga semble balayé.
Visuellement, les plans sont tellement frénétiques qu’il est presque impossible de profiter des décors, des combats ou même des costumes. La lisibilité est sacrifiée à une nervosité artificielle. Plus troublant encore : malgré les 15 ans qui séparent Legacy et Ares, il est difficile de repérer une véritable avancée technologique ou artistique dans les effets visuels. Là où l’on pouvait s’attendre à un bond qualitatif, l’impression est celle d’un statu quo, comme si aucun progrès majeur n’avait été accompli en une décennie et demie.
La bande originale, quant à elle, oscille entre l’anecdotique et le franchement désagréable, et le plus souvent, elle dessert carrément les images au lieu de les sublimer.
Pire encore : le cœur du film repose sur l’introspection d’Ares, son émotivité et ses doutes existentiels. Des thématiques déjà vues mille fois ailleurs, injustifiées dans le cadre de ce récit, et qui étouffent complètement le rythme. Résultat : plus d’une heure de questionnements insipides autour d’un personnage encore plus antipathique que Flynn Jr. ne l’était dans Legacy.
La rencontre entre l'humanité et programmes promise à la fin du deuxième film, fortement mise en avant dans le synopsis et la bande-annonce d’Ares, s’avère totalement décevante. Les enjeux se réduisent à une poignée de protagonistes, le récit devient confus au point que même les personnages semblent perdus dans ce qui se passe.
Ironiquement, le passage le plus agréable reste… une référence au Tron original, tant sur le plan visuel que sonore. Et que dire de la conclusion ? La situation finale, juste avant le rideau de fin, n’est rien de plus qu’un miroir de celle de Legacy — sauf que les personnages évincés n’y figurent pas. En clair : entre la fin du deuxième film et celle du troisième, nous sommes exactement au même point… à quelques vitres cassées près.