Evacuons tout de suite les défauts habituels de ce genre de film : oui, c’est du théâtre filmé et, malgré quelques efforts d’aération, le rythme en souffre ; oui, c’est très bavard. Et c’est légèrement ambigu quant à son statut historique : nous savons que si les personnages sont historiques, il y a une part importante de fiction dans leur rencontre. Mais le long-métrage semble vouloir donner l’illusion d’être un reflet authentique de l’Histoire.
Voilà pour les défauts attendus. Mais si on est prêt à aller au-delà, il y a pas mal de bonnes choses à savourer dans ce « Diplomatie ». Si le film repose quasi entièrement sur les dialogues, les répliques sont très bien écrites. Il y a un vrai jeu sur la rhétorique, un duel verbal où chacun doit convaincre l’autre. Cet aspect est cohérent avec le récit, et les personnages. Le film rend un bel hommage au statut de diplomate, qu’il prend bien soin de distinguer des hommes de guerre. A un autre niveau de lecture, cette histoire propose une bonne réflexion sur le thème du pouvoir, de l’obéissance aux ordres, et des limites de ceux-ci.
Schlondorff sait également maitriser le suspens : on a beau connaitre la fin à l’avance, on se prend au jeu jusqu’au bout. Cet épisode méconnu de la deuxième guerre mondiale, avec cette menace d’un Paris occupé, est vraiment bien exploité. Le cinéaste parvient aussi à élargir le propos, en évoquant d’autres figures symboliques comme Abraham ou Napoléon. Et puis, bien entendu, pour donner corps à toute la richesse de ce contenu, il fallait deux grands acteurs. André Dussolier, et surtout Niels Arestrup, sont à la hauteur de l’événement, on les sent vraiment habités par ces personnages qu’ils incarnaient déjà au théâtre.
Cette « Diplomatie » reste d’ailleurs, au final, un objet plus théâtral que cinématographique. Malgré ce problème, il reste de nombreux atouts au film. Si vous n’êtes pas allergiques au théâtre filmé, tentez votre chance !