"Les généraux ont le pouvoir de détruire, plus rarement celui d'édifier...", c’est par cette phrase empruntée à Pierre Taittinger (dans l’histoire vraie, et dont le rôle est occulté) et mise dans la bouche de Nordling que le diplomate trouve l’un de ses ultimes arguments, au détour d’une crise d’asthme, pour convaincre le gouverneur allemand. Cela en fait une belle histoire, haletante, tout en souplesse d’un côté (André Dussolier, élégant diplomate) et tout en rudesse de l’autre (von Choltitz, formidable Niels Arestrup). Mais une histoire qui emprunte davantage au mythe, notamment aux mythes réconciliateurs d’après-guerre, qu’à la réalité. Il y eut bien un von Choltitz, tout juste nommé dans le contexte post-putsch avorté du 20 juillet 1944, mais ce dernier s’est avant tout résolu à ne détruire Paris par manque de moyens d’abord (manque de dynamite, barricades de l’insurrection qui l’empêche de plastiquer davantage de ponts, canons commandés mais pas encore arrivés) et par peur ensuite (dans son ultimatum, le général Leclerc le menace de le faire comparaitre pour crime de guerre s’il s’attaque aux monuments de Paris). Il y eut bien un Nordling, qui rencontra von Choltitz plusieurs fois, mais qui fit une crise cardiaque le 22 aout... Surtout, le consul s’est attelé à négocier libération de prisonniers politiques et cessez-le-feu (à la demande des gaullistes face au péril communiste). Bref, tout le mérite de ce face-à-face, dont Volker Schlöndorff revendique l’inspiration auprès de l’excellent « Le Souper », est de mettre en avant le poids des décisions humaines dans le déroulement de l’Histoire. Mais, il est regrettable que les véritables mobiles (préserver son avenir pour le consul, sauver sa peau pour le gouverneur) soient effacés derrière des apparences généreuses, qui desservent une compréhension des véritables ressorts de l’histoire telle qu’elle fut.