Pour qui connaîtrait le livre de Patricia Highsmith "The Two Faces of January", ce film en est, comme vous l'aurez deviné, une adaptation. Loin de moi le désir de le visionner au départ, dans la mesure où ces dernières années les thrillers noirs se réfèrent davantage à des films reposant sur de la violence et de l'épouvante plutôt que sur les manipulation psychologiques. Et oui... il faut dire que c'est plus facile de tuer quelqu'un d'un coup de couteau, que d'un coup de mots et phrases.
Seulement, Patricia Highsmith n'est pas n'importe qui. On l'oublie parfois, mais le grand succès "L'inconnu du Nord-Express" de Hitchcock est l'un des chefs d'oeuvre de cette écrivaine. Lorsque outre Atlantique Agatha Christie écrivait ces romans à énigme, l'américaine privilégiait les récits troubles, la manipulation, les mensonges...
Ainsi, la notoriété de cette femme, ainsi que des nombreux films qui ont été adaptés de ses romans, m'a poussé à regarder ce film qui m'a, à juste titre, fortement impressionné : un film d'une rare violence de part cette manipulation extrêmement bien mise en exergue, entre nos deux personnages principaux, particulièrement excellents. Ils se font faces, l'un est un "arnaqueur de lycéennes", l'autre un arnaqueur de grosses baleines. Et pourtant, ces deux hommes à la personnalité distincte et opposée sont semblables dans l'esprit. Le jeu d'acteur est parfait, juste et sobre.
Tout débute avec le simple voyage d'un couple de riches américains en Grèce en 1962, puis de leur rencontre avec ce guide charmeur et rusé sur les bords... Mais le plus escroc dans l'histoire n'est pas celui qu'on pense. Les américains sont suivis, s'ensuit un meurtre, le guide les aide, et les voilà embarqué dans la même galère, avec entre eux deux, une femme, innocente et victime... Qui va manipuler qui ? C'est toute une intrigue qui va ainsi se nouer, pour rendre un chemin sinueux et par moment insoupçonné. Sans dévoiler le film, on retiendra l'évolution, la transformation des deux hommes, dans cette descente vertigineuse et de moins en moins contrôlée, l'un tombe tandis que l'autre en contrepartie va s'affirmer et devenir le maître de ce jeu de pouvoir diablement efficace. Kirsten Dunst a un rôle totalement secondaire mais essentiel à la construction du scénario. C'est donc bien cette confrontation entre Chester et Rydal, sous forme de sac de noeuds, qui va vous tenir en haleine, mêlant rebondissements et mystères. Sans oublier cette scène de gare incroyablement filmée.
Le film est pesant, je n'aurai qu'une question, pourquoi Hitchcock n'a pas adapté ce roman auparavant ? Et oui, l'adaptation est signée Hossein Amini, rien à voir avec le film "Drive" sur lequel il avait été scénariste. Ici, le récit fait vraiment la part belle à la psychologie des personnages, et c'est devenu tellement rare dans les thrillers actuels, qui se contentent d'accumuler les coups de théâtre.
Bref, plongez dans cette réalisation maîtrisée, dans cette Grèce des années 60, plongez dans ce trio d'acteurs impeccables, élégants et ambigus.