Lars von Trier a déclaré avoir inventé, avec ce film, un nouveau genre cinématographique : le « digressionisme ». Le procédé se révèle des plus simples : il s’agit de raconter une histoire… par le biais de digressions. Un procédé d'inspiration littéraire, qui, au cinéma, se traduit en pléonasmes. Un exemple : lorsque Joe parle des chiffres 3 et 5, ceux-ci s’inscrivent sur l’écran (comme dans un PowerPoint)… Même s'il y a un certain humour derrière la platitude du procédé, il n’en reste pas moins raté puisqu’il apparait rapidement comme plus agaçant que ludique.
Surtout, et c’est beaucoup, beaucoup plus grave, Lars von Trier utilise certaines de ses digressions pour exprimer des propos monstrueux et obscènes. La provocation, lorsqu’elle est comme ici complètement gratuite, ne provoque rien, si ce n’est de la consternation.
Toujours aussi dépressif et mélancolique, Lars von Trier filme cette histoire avec une froideur terrible. La lumière qui éclaire ces deux volumes est semblable aux néons des blocs opératoires. Les couleurs sont souvent ternes, l’image transpire une désolation qui contraste violemment avec l’humour voulu de certaines séquences. « Nymphomaniac » n’est pas du tout un film érotique. Ce qui intéresse LVT n’est pas l’acte sexuel puisqu’il filme ses acteurs comme des animaux dans un abattoir. Ce qui l’intéresse, c’est de montrer un individu quitter la société, se retirer du monde.
Tout n’est pas raté pour autant. A certains moments, des instants de beauté surgissent, où LVT renoue avec la force « cosmique » de son cinéma, qui laisse penser que « Nymphomaniac » aurait pu être bien autre chose que ce délire bête et émétique. L’introduction du volume 1 pose une atmosphère qui suinte l’horreur avant une rupture inattendue, et deux chapitres sont de vraies réussites : « Mme H. », avec Uma Thurman, est une comédie très grinçante, si ironique qu’elle en devient perturbante, « La petite école d’orgue » avec son split-screen accompagné d’une polyphonie de Bach est le seul moment où le procédé des digressions fonctionne.
Mais ça ne suffit pas à relever le niveau de ce film qui, plus que mouillé, est un pétard trempé.