Comparaison n'est pas raison, le roman, le film. J'ai vu le film, L'écume des jours, sorti en janvier 2014. Je suis d'ordinaire bon public mais je n'ai pas réussi à bien me transporter dans cette histoire surréaliste. Cependant le jeu des acteurs Audrey Tautou dans le rôle Chloé, Romain Duris dans le rôle de Colin et enfin Omar Sy dans le rôle de Nicolas, ont pourtant sauvé le film. Je n'ai pas été le seul car il n'a eu qu'une note moyenne de 2,6/5 pour 4115 notations. Une bonne raison de lire le chef d'œuvre de Boris Vian et comparer le film avec la source, l'original. Eh bien c'est différent, le film nous impose à voir alors que le roman laisse libre notre imagination et des impressions si on s'en donne le temps... Le début est quelque peu conventionnel, deux histoires d'amour. Puis progressivement le surréalisme prend le pas avec cette maladie peu banale d'un nénuphar qui grandit dans l'un des poumons de Chloé. C'est bien évidemment surréaliste mais c'est plus romanesque que de parler d'un cancer. C'est à partir de là que l'intérieur de la maison se réduit, rétrécit. Le récit devient une vaste métaphore, l'horizon de Colin et son avenir se rétrécit à l'instar de la chambre de Chloé. Pour pouvoir acheter des fleurs à son amour, Colin doit à présent travailler et on découvre de belles pages sur le recrutement de salariés, les responsables renvoyant pour la réponse sur d'autres et ceci sans fin. Surréaliste et caricature réaliste aussi les procédures administratives qui oublient l'essentiel. Surréalistes les machines dans l'usine qui font penser à une aciérie avec ses fours, véritables menaces de tous les instants pour les ouvriers... Il y a bien entendu de belles pures pages surréalistes, notamment le suicide de la souris… Finalement à propos de surréalisme, les personnage de Picasso dans son époque de cubisme, ils sont bien surréalistes mais malgré tout des personnages que l'on peut même désigner, réduits à une forme d'essentiel. N'est-ce pas aussi le cas et voulu, dans le roman, L'écume des jours, une façon légère et totalement décalée de nous parler de choses graves, le temps qui détruit, la maladie, l'usure des ouvriers à l'usine, productivité sinon le renvoi, la dérision des papiers administratifs…. Revenons au titre qui n'a pas été choisi au hasard et qui n'a rien du surréaliste, "L'écume des jours". J'y vois à présent une sorte de gâchis, déchets, rebuts, écume au bord d'un lac les beaux jours printaniers, l'écume de nos propres jours, ce que nous avons produit après les jours limpides de notre jeunesse, les jours de Colin qui n'ont pas cessé de s'assombrir. Finalement le roman m'a mieux transporté dans ses fantaisies que le film. Victime de moi-même, plus assez enfant, je suis trop rationnel pour aller au-delà de 3/5.