On est vendu à cette saga depuis notre enfance (notre préféré restant à jamais le 3 : cabines UV forever), et c'est avec un œil suspicieux mais très impatient (comme tout bon fan, composé à 50% de "ils vont massacrer mon doudou" et de 50% "oui, mais quand même, imagine que ça soit bien...") qu'on a appris l'arrivée de ce Bloodlines, avec en guest-star pas moins que le cher Tony Todd (Candyman). Disons-le de suite : Bloodlines est truffé de bonnes intentions, mais aussi de défauts, ce qui en fait un bon divertissement, loin derrière la première trilogie, mais qui n'est pas si honteux mis en concurrence des deux derniers opus peu affriolants. On retrouvera même le principal défaut du 4, à savoir cette 3D clinquante et inutile, qui fait tout jaillir en face caméra (pour un effet risible en 2D), couplé à une très médiocre qualité d'effets spéciaux numériques... Dès l'accident du début, on comprend que nos yeux vont brûler plus intensément que la dame qui court dans le restaurant, à chaque utilisation de numérique baveux pour les morts subites, à tel point que dans ce Skyview tout de fond vert grossier, on n'a parfois plus su ce que l'on regardait (l'accident part dans tous les sens, le feu numérique bave de partout). A noter cependant : le principal atout de ce sixième film est qu'il rebat les cartes (de tarot ?) de toute la saga, prenant à rebrousse-poils son concept. Non, contrairement à ce que vous pensez, vous n'allez pas suivre les survivants de ce crash de restaurant aérien (ce qu'on a pensé d'abord, comme on nous présentait longuement le groom de l'ascenseur, le gamin insupportable, le maître d'accueil, la chanteuse et son fils, etc... Un sacré étonnement, quand le film nous plaque un magnifique "40 ans plus tard" sur le pif, juste après l'accident !), idem cela change la recette du "on sait qui crèvera ensuite, d'après l'ordre de l'accident" (d'ailleurs, on n'a pas capté pourquoi la mère passait après Bobby, dans l'ordre de décès évoqué par l'héroïne...), s'autorisant des petits twists "la Mort est pas contente, donc elle va faucher n'importe qui, n'importe comment", et a vraiment bien géré la disparition de Tony Todd (décédé pendant le tournage) en refusant de montrer le devenir de son personnage (visible trente secondes), le faisant donc joliment "finir" (symboliquement) sur une morale épicurienne du "Carpe Diem". Ce Bloodlines essaie donc de moderniser son concept, quitte à dénaturer ce qui faisait le charme de cette saga (cela ne ressemble plus vraiment à un Destination Finale, espérons que les suivants reviennent un peu dans le chemin de l'accident du début qui nourrit tout le reste du scénario, car une sortie de route narrative, on n'est pas contre pour changer des habitudes, mais au-delà : changez de titre). Le divertissement est assuré (une fois que l'on a passé le ventre mou entre l'accident du début et la 50è minute où il y a enfin la première scène d'action - totalement survendue par la bande-annonce : l'accident du barbeuc est pitoyable comparé aux possibilités que cette situation offrait -), la BO ironique est sympa ("You know you make me wanna shout" dans l'ouverture où tout le monde hurle, "Rain is falling on my head" quand les corps tombent sur les voituriers, etc...), l'audace de changer le concept est bienvenue pour éviter les redites, mais le numérique médiocre (jusque dans la dernière scène : et non, "ce n'est pas une référence au 2, il n'y a pas d'autres évocations des autres opus, donc n'allons pas attribuer des idées à ce film qu'il n'a pas franchement eues...") et la 3D clinquante gâchent parfois la fête. Allez, un petit effort pour les suivants, pour ne pas "nous donner envie de crier" ("You know you make me wanna shout...").