Voici donc non sans une certaine émotion que les amateurs des films du Studio Ghibli découvrent ce qui sera le dernier film d'un des plus grands visionnaires que le cinéma d'animation ait connu.
Se penchant pour la première fois de sa carrière sur l'histoire de personnages non fictifs, le maître narre ici la vie de Jirô Horikoshi, futur concepteur du fameux Chasseur Zéro, très inspiré par le travail du célèbre concepteur italien Giovanni Caproni auquel il rend très souvent visite durant ses rêves.
Atteint d'une myopie l'empêchant de devenir pilote, il décidera donc de marcher sur les traces de son héros dans un seul objectif: construire de beaux avions, non pour la gloire, ni pour l'argent, seulement par passion. A ses yeux, les avions ne sont pas faits pour la guerre mais pour faire rêver.
Qu'en est-il donc de ce dernier film de notre Professeur ? Et bien à n'en pas douter, le Vent se Lève pourrait bien être le film parfait. Miyazaki étant lui-même un passionné d'aviation, le lien entre lui et le personnage de Jirô est immédiat, deux rêveurs voulant simplement faire de belles choses.
On pouvait craindre un réalisme qui se rapprocherait trop de la violence du choc émotionnel perpétré par le Tombeau des Lucioles de Isao Takahata. Mais même si ces deux films abordent des sujets semblables, Miyazaki n'est pas tombé dans le panneau et n'oublie pas de nous faire rêver à travers des enchaînements de paysages d'une beauté transcendante, de plans aériens vertigineux et d'escapades au pays des rêves riches en merveilles.
Appuyé par une dimension philosophique très imposante représentée par les vers du poète Paul Valéry, le film est la représentation d'un monde qui déchante, où le moindre instant de bonheur peut être à chaque instant proie au chaos, mais où il y a cependant toujours une note d'espoir, de détermination, un encouragement à continuer de vivre quoi qu'il arrive sans jamais oublier la poursuite de nos rêves.
Le vent se lève... Il faut tenter de vivre.
Cette leçon suivra le héros partout et durant toute sa vie qu'il s'agisse des bouleversements perpétrés par le grand séisme de Kanto, la Grande Dépression, les épidémies de maladie, la guerre ou le simple fait de voir ses œuvres partir sur les champs de bataille aériens pour ne jamais revenir.
Livré sous forme de testament, ce film n'est au final que le paroxysme de la beauté des thèmes chers à Hayao Miyazaki. Bercé par une émotion très puissante sans pour autant tomber dans la mièvrerie et accompagné de musiques d'une beauté stupéfiante de son compositeur fétiche Joe Hisaishi, le film nous fera graviter dans les nuages et il est probable qu'une partie de notre âme de revienne jamais sur la terre ferme tant ce rêve, véritable reflet d'une somptueuse conclusion à la carrière d'un des plus grands hommes que le cinéma nous a fait découvrir nous aura fait léviter de bonheur.