"On ne présente plus Ridley Scott; c' est indiscutablement un des plus grands cinéastes de la planète. Il s' est attaqué à tous les genres cinématographiques, et a réalisé parmi les plus grands films. Même si, tempérance oblige, il faut bien admettre que certaines de ses oeuvres ne laisseront pas une trace indélébile dans l' histoire du 7è art; je pense notamment à "A ARMES EGALES" (". JANE"), sorti en 1997, avec Demi Moore.
"ALIEN, LE HUITIEME PASSAGER" (1979), "THELMA ET LOUISE" (1991), "GLADIATOR" (2000), "LA CHUTE DU FAUCON NOIR" (2002), "AMERICAN GANGSTER" (2007) sont toutes des oeuvres indispensables dans toute DVDthèque qui se respecte. Merci m. Ridley Scott!
Et il y a le chef d' oeuvre absolu, la pépite immanquable, le joyau de la science-fiction! Cette merveille s' appelle "BLADE RUNNER" et Ridley Scott l' a réalisé en 1982. Si les réactions de la presse et des spectateurs ont été mitigées lors de sa sortie (le film a été un échec commercial aux Etats-Unis), il a, depuis, acquis un véritable statut de "film culte". Et ce n' est là que justice!
Nous sommes en 2019. Deckard (Harrison Ford) est un ancien flic devenu "blade runner", ou chasseur de "réplicants" (des androïdes réalisés à partir de cellules humaines). Ce sont des créations génétiques que la société, après les avoir conçues, veut mettre hors d' état de nuire. Les réplicants sont, en tous points, physiquement humains. Grâce à un processus de questions qui leur sont posées, appelé "test de Voigt-Kampff", ils peuvent néanmoins être confondus. Voilà pour le rapide résumé!
Inspiré assez librement d' un roman de Philip K. Dick ("Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques?"), "BLADE RUNNER" a aujourd' hui de quoi décontenancer les jeunes générations par son narratif soigné, assez lent, ainsi que par des scènes d' action savamment distillées pour ne servir que l' histoire. Ici, ni effusions de sang à chaque scène, ni explosions ou mitraillages abrutissants destinés à un jeune public plus absorbé par son I-Phone pendant la projection d' un film, que par la finesse d' un scenario.
"BLADE RUNNER" se déguste comme un excellent plat dans un restaurant étoilé. Au menu? Les meilleurs ingrédients pour permettre au consommateur/spectateur de vivre une expérience rare, en visionnant un film dont l' empreinte restera à jamais indélébile. L' ambiance (tout le film se déroule de nuit et sous la pluie), les décors futuristes extraordinaires (gardons bien en mémoire que le film date déjà de 1982), ainsi que la géniale partition musicale de Vangelis participent à cela.
Deckard est un type désabusé, sans illusions. Il réalise le boulot pour lequel on le paye. Point barre! Tout va changer pour lui lorsqu' il soumettra Rachel (magnifique Sean Young, dans un personnage de prime abord très froid, mais qui va se révéler d' une fragilité cristaline) au test de Voigt-Kampff. Sa rencontre finale avec le glaçant Roy interprété par un extraordinaire Rutger Hauer ("LADYHAWKE, LA FEMME DE LA NUIT" de 1985, "LA CHAIR ET LE SANG" de 1985 également, "HITCHER" de 1986) complètement habité par son rôle, ici leader des réplicants, reste comme l' un des grands moments du film, un des plus beaux face à face de l' histoire du cinéma. Son monologue face à Deckard (avec en point d' orgue l' envol de la blanche colombe), sur le toit d' un immeuble et sous une pluie battante est juste gravé dans les mémoires de toutes celles et ceux qui ont vu et revu "BLADE RUNNER". C' est un moment unique, magique, empreint de lyrisme et de beauté! La marque des chefs d' oeuvre! Harrison Ford trouve dans le film de Ridley Scott peut-être son plus beau rôle, loin de ses personnages caricaturaux de Han Solo ("LA GUERRE DES ETOILES") et d' Indiana Jones ("LES AVENTURIERS DE L'ARCHE PERDUE"). Il démontre avec son personnage de Deckard, toute l' étendue de son talent. Le film est aussi une vraie réflexion sur la vie, sur le temps qui nous est imparti, sur les notions de bien et de mal. Finalement, où nous situons-nous sur cette échelle de valeur? Et qui sommes-nous pour juger?
"BLADE RUNNER" nous administre une vraie leçon de philosophie, pendant que Ridley Scott nous offre une exceptionnelle démonstration de cinéma parfaitement maîtrisé. On ressort du visionnage complètement chamboulé, conscient d' avoir assisté à l' équivalent cinématographique d' un opéra de Richard Wagner; "J' ai vu des rayons fabuleux briller dans l' ombre de la porte de Tannhaüser" nous dit d' ailleurs Roy, dans une scène inoubliable, touchée par la grâce, dont je fais déjà référence plus haut dans le texte.
Alors, spectateurs de France et de Navarre, préparez-vous à goûter "BLADE RUNNER" et à le savourer sans modération. Il s' agit là d' un film indispensable, tout comme le sont "LE PARRAIN" de Francis Ford Coppola (1972), "VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER" de Michael Cimino (1978), "LES AVENTURES DE ROBIN DES BOIS" de Michael Curtiz (1938) ou encore "L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE" de John Ford (1962), dans d' autres registres. Installez-vous confortablement dans votre fauteuil, planquez votre portable dans un tiroir, prenez une grande inspiration; les lumières s' éteignent, "BLADE RUNNER" va commencer!"