On ne sait pas par où commencer quand il faut dire quelque chose sur son film préféré.
Bon, faisons comme ça : Matrix, c'est génial de bout en bout. Et chaque investissement que le spectateur accorde est récompensé instantanément. Tout trouve un sens, et laisse pourtant encore aujourd'hui une part de mystère sur les nombreux messages disséminés par les sœurs Wachowski. La philosophie derrière Matrix a notamment été abordée dans son 4ème opus, mais c'est une autre histoire. Donc dans quoi s'embarque-t-on ? Une ode à l'identité ? Une critique politique ? Un hymne à l'amour ? Un conte à la fois religieux et anti-religieux ? Un peu de tout ça, certainement. Ce simple film a alimenté des théories extraordinaires, si bien qu'aujourd'hui, l'hypothèse de vivre dans une simulation est parfois traitée par des chercheurs avec sérieux.
Mais au-delà de toutes ces considérations qui passionnent, Matrix c'est avant tout un film de SF dingue, qui a plus un côté steampunk qu'avant-gardiste selon moi. Les ordinateurs font datés mais semblent tout à fait crédibles dans cet univers par exemple. Les scènes de fusillades, de combat ou même simplement d'entraînement sont cultes, le tout dans un univers qui se passe dans un ordinateur géant, avec des bugs, des glitchs et des agents antivirus forcément meilleurs que les héros et qui imposent une atmosphère oppressante constante.
Le traitement des personnages est réussi : si forcément on adore suivre Neo, Trinity et Morpheus, les personnages secondaires ont de la personnalité, leurs répliques restent en tête, comme par exemple le "pas comme ça" qui reste glaçant dès que j'y repense. Les antagonistes sont menaçants, on peut même se surprendre à comprendre leur point de vue (et vous ? Vous auriez pris la pilule rouge en sachant ce qui vous attendait ?)
Mais la palme revient tout de même à l'Oracle qui, dans le plus grand des calmes, nous spoile tout le film, et nous parle directement à nous spectateurs en nous disant qu'on ressortira de cette scène en pensant qu'elle a dit que des bêtises. Revenez à cette scène et écoutez vraiment tout ce qu'elle dit... Allez quelques indices en spoilers :
Quand elle dit que Neo pour être l'élu, attend "une nouvelle vie peut-être ?" et "être l'élu c'est comme être amoureux" : Neo devient l'élu quand il tombe amoureux et est ressuscité par cette sensation, donc il devient aussi l'élu dans "une nouvelle vie".
Et Hugo Weaving, en Smith, donnant naissance à un personnage d'anthologie, un style, une aura, des répliques folles. Sa comparaison de l'humain et des virus est un coup de poignard mortel.
Nous n'avons même pas encore évoqué les autres aspects : l'ambiance trip-hop assumée, mêlée à une bande-son aux cuivres hurlants, donne du caractère à l'univers, une identité propre. Grâce aux nombreuses idées de mises en scène, cette sorte de filtre constant qui se superpose sur nos yeux, la matrice est un bijou de créativité, on s'y sent dérangés, même en tant que spectateurs. Tout sonne faux, et c'est parfait. Et bien sûr, les ralentis, le bullet time, le kung-fu zéro g, la scène de l'hélicoptère, tout ça participe à cette identité propre. Matrix est génial car aucun univers ne lui ressemble au moment où le film sort. Avoir bâti un tel univers, en partant du principe que le MONDE ENTIER, et même la réalité était l'ennemi de l'homme, c'était fort : en partant de ce principe, il n'y a aucun safe space. La mort peut surgir de n'importe où.
Je suis à un tel point d'admiration pour ce film que je ne comprends même pas comment on peut ne pas l'aimer, ou au moins le trouver objectivement bien. J'ai l'impression qu'à chaque fois que je tends la main, on me donne un bonbon, que chaque détail est potentiellement un élément de plus à analyser pour mieux comprendre ce film. Au final, on a la sensation que nous-mêmes, pour pleinement apprécier le film, nous devons libérer notre esprit, car c'est là la vraie liberté : se laisser aller dans un monde où tout est possible. Je suis redevable à tout ce que film a apporté dans ma vie, et contrairement à ce que certains ont pu comprendre, il ne critique pas ceux qui acceptent le système (la pilule bleue n'est jamais présentée comme mauvaise), il demande à ce que l'on accepte que certains se libèrent, non pas forcément de la bureaucratie, mais des normes et des cases.
Le message serait donc plutôt : ouvrez votre esprit et il sera libre. Et c'est précisément en adéquation avec tout ce que revendiquent les sœurs Wachowski.