C'était le film que j'attendais le plus en ce début d'année 2015. Lauréat du prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes, "Foxcatcher" s'annonçait dors et déjà comme un film événement. Son sujet, quasiment inédit, n'avait, au premier abord, rien d'intéressant. Franchement, qui en a à secouer de la Lutte sportive ? Mais "Foxcatcher" est bien plus qu'un simple sport event réservé aux inconditionnels de la discipline. Le film est en fait tiré d'une histoire vraie (procédure devenue presque indispensable pour concourir aux Oscars !), et il fait beaucoup plus figure de thriller psychologique... C'est ce qui m'attirait, en plus de son casting et de sa bande-annonce, littéralement ensorcelante. Ensorcelant, le film l'est aussi. Il est même (n'ayons pas peur des mots) subjuguant. La mise en scène de Bennett Miller ("Truman Capote", "Le Stratège") n'a pas été primée à Cannes pour rien, on s'en rend bien compte, elle donne au film une ampleur et une force exceptionnelles. Dans son film, la violence d'une claque est multipliée par cent, et un simple regard s'avère être un véritable combat. Il instaure un climat ambigu, intrigant, voire pervers entre les trois protagonistes (Mark et David Shulz, incarnés respectivement par Channing Tatum et Mark Ruffalo, et John E. du Pont interprété par un Steve Carell méconnaissable). Parlons-en tiens de ce-dernier. (Re)connu pour ses rôles de mecs ordinaires et parfois gauches dans le registre de la comédie ("40 ans, toujours puceau", "Bruce Tout Puissant"...), il créa la surprise générale lorsqu'il fut annoncé au casting de "Foxcatcher" - un drame -, dans un rôle pour le moins insolite : celui du milliardaire excentrique, mégalo et quasi-sociopathe John E. du Pont. Son interprétation est absolument effrayante, troublante, tant elle est irréprochable et imposante, une impression également due à sa transformation physique incroyable ! Cet homme, ô combien ambigu (tant dans ses idéaux que dans son caractère), force le respect, mais inspire aussi la crainte car il est imprévisible ; on ne sait jamais ce qu'il va dire, si il va te flatter, ou au contraire, t'enfoncer ! Mais à quoi est-ce dû ? En premier lieu, à la vision que Carell nous donne du personnage, mais pas seulement. A sa richesse ? A son pouvoir ? C'est une bonne question, qui, pour ma part, restera en suspens. Mais Carell n'est pas le seul à mériter des éloges pour son interprétation. Tatum, imposant de par sa carrure, livre lui-aussi une composition époustouflante dans le rôle d'un lutteur paumé, désemparé, navigant entre deux figures de mentors ; fraternelle (par son frère Dave), et paternelle (par son coach : du Pont). La photographie, donnant au film ce côté froid, renforce ce sentiment d'anxiété et d'ambivalence, qui ne vous lâche pas de tout le film. "Foxcatcher" est une œuvre sociologique passionnante, un thriller psychologique captivant, et un film d'auteur admirable, dans lequel virtuosité est synonyme de sensibilité, et d'intensité. On est pas loin du chef-d'œuvre.