Récit de ma nouvelle rencontre avec le cinéma de Benett Miller.
Bien qu'assez différents, les films de Miller me laissent dans un état comparable aux films de Todd Haynes après le visionnage.
Ce que je ressens et ce que j'ai envie d'écrire à leur sujet, sort de la technique ou d'une envie d'exactitude tant ils sont des films qui savent se faire petits, pour servir un dessein bien plus grand.
J'avais adoré Truman Capote et Le stratège, deux films maîtrisés, relevant pour certains d'une forme de classicisme tant la caméra est élégante et se fait oubliée.
Pour autant, la force tranquille et les choix filmiques se révèlent lorsqu'on s'y penche bien plus originaux et subtiles qu'il n'y parait.
Il en va de même pour ce Foxcatcher. Stocké sagement dans ma bluray-thèque depuis plusieurs années, comme si le bon moment pour le visionner allait apparaître, de lui-même.
Effarant, fascinant, élégant, déroutant, stupéfiant ; autant de qualificatifs qui ont pris part à la danse lors de ma séance.
Le vocabulaire cinématographique de Miller est extrêmement riche. Le réalisateur est en totale maîtrise des possibilités offertes par son cadre et de la façon dont proposer ses intentions de cinéaste. Chaque image en dit énormément, car elle en montre davantage qu'elle ne dit. Il fait partie de ces cinéastes qui savent captiver et faire ressentir toute la complexité d'une situation donnée, sans chercher l'overdose ou la surenchère.
En quelques instants, les situations et les personnages se dévoilent, complexes, plein de nuances, sans artifices tape à l'œil.
L'art de la caractérisation des personnages est aussi grisant de maîtrise. Chaque geste, dialogue, non-dit laisse apparaître de vastes mondes intérieurs.
Chaque acteur peut alors librement délivrer des performances bluffantes tout en s'effaçant suffisamment pour donner corps au personnage.
Steve Carell déploie son jeu avec une force contenue, prête à exploser à tout moment, brillante d'ambiguïté.
Rufallo rayonne d'humanité, de calme et de sagesse.
Channing Tatum sur mesure dans ce rôle de colosse taciturne mais sensible.
Sienna Miller en second plan, mais toujours aussi belle et saisissante.
Vivement le prochain brulot sur l'IA, sujet qu'il travaille depuis des années maintenant !