Après le brillant Money Ball, Bennett Miller reste dans le domaine sportif avec son Foxcatcher, drame psychologique inspiré de faits réels. De passage sur la Croisette en 2014, acclamé par la critique lors de sa sortie en salle, ce nouvel exercice du réalisateur s’annonçait, sur le papier, comme indispensable. Le résultat confirme par ailleurs cet état de fait. Bennett Miller, après le Base Ball, démontre qu’il est aussi à l’aise dans les arcanes historiques de la lutte gréco-romaine, mettant en scène la rencontre chaotique entre deux champions olympiques, les frères Mark et Dave Schultz et un milliardaire mégalomaniaque, John Du Pont. D’une vie de sportif effacé, champion d’un sport méconnu, oublié du public américain, les belles paroles du nouveau mentor mettent du baume au cœur aux deux sportifs, d’abord le cadet puis, dans un second temps, à l’aîné. La gloire de l’Amérique, la patriotisme doit être associé à la lutte, sous la coupe d’un drôle de bonhomme plein aux as, égocentrique, maniaque et se révélant finalement fou dangereux.
Comment se fabrique-t-on une gloire en carton-pâte, à grand renfort d’argent, sur le dos de sportifs crédules? C’est à cette question véridique que tente de répondre Bennett Miller en mettant en scène un long-métrage hypnotique et psychologique, un film avant tout très méticuleux qui respecte aussi bien l’histoire que le domaine d’activité des protagonistes. Offrant quelques très belles séquences de combat, Channing Tatum et Mark Ruffalo sont, pour ce faire, très convaincants car investis, le cinéaste propose pourtant un récit dramatique allant bien au-delà de la discipline en elle-même. Sans s’attarder d’avantage qu’il n’est nécessaire sur le sport en lui-même, Foxcatcher est avant toute chose le portrait d’un trio, de deux frères radicalement différents mais très proches, et d’un magnat ambitieux mais trompeur, descendant d’une dynastie bourgeoise américaine, incapable, dans les faits, de faire briller le nom de sa famille. On notera que la véritable faiblesse mentale du personnage de John Du Pont est révélée par les apparitions de sa mère, la preuve en est avec cette formidable scène de coaching bidon alors que la doyenne, assiste, atterrée, à la nouvelle passion de son rejeton.
Pointu, accessible uniquement par le biais des sentiments très humains qu’il procure, Foxcatcher est un film à l’image des précédents long-métrages du réalisateur. S’adressant à un public avertit, passionné de 7ème art non pas pour le spectacle mais pour les émotions que le phénomène dégage, le réalisateur s’emploie à mettre à nu ses protagonistes, leurs offrant à la fois de maintes forces mais aussi toutes les faiblesses du monde. Le personnage de Mark, Channing Tatum dans son meilleur rôle jusqu’alors, en est l’exemple concret. De cette montagne de muscle, dévastatrice, rapide et têtue, le cinéaste parvient à en extraire toute la fragilité. Le personnage de Mark Ruffalo, lui, est plus nuancé, le comédien interprétant un rôle clef mais finalement annexe dans le combat d’égaux de son frère cadet et du mentor. La révélation du film, c’est bien entendu un Steve Carell métamorphosé, à mille bornes de ses rôles coutumiers, dans la comédie. Affublé d’une prothèse faciale pour le moins convaincante, l’acteur brille là où personne ne l’attendais, offrant de toutes belles séquences ou il captive à lui-seul tous les regards.
Bennett Miller réussit donc son pari haut la main, offrant un nouvel et brillant long-métrage. Subtil et émotionnellement captivant, Foxcatcher se termine par le drame, inévitablement. De par cette nouvelle démonstration, le cinéaste prouve qu’il est de ceux sur qui nous pourront compter à l’avenir pour nous offrir le meilleur du cinéma, l’essence même de ce qui fût le septième art depuis maintenant plus de 100 ans, un art. 16/20