Un mélodrame flamboyant et inoubliable, où Elia Kazan dénonce l'hypocrisie et le puritanisme de la société américaine, sublimé par une Nathalie Woods bouleversante.
Oeuvre d'une grande qualité et d'une grande sensibilité. 'Splendor in the Grass' est une des plus belles histoires d'amour du Cinéma. Un film troublant et profond mettant en scène des personnages intéressants, incarnés avec brio par tous les acteurs, premiers comme seconds rôles. Natalie Wood est sublime, et Warren Beatty affiche un immense talent dans un de ses premiers rôles. De grands thèmes sont ici peints, à remettre dans le contexte des années 20-30 : les valeurs sociétales, les relations familiales, le sexe hors mariage.
L'adolescence traité avec fragilité par le grand cinéaste Elia Kazan !! Le film est sortit en 1961 mais l'action se passe dans le Kansas en 1929, peu avant la crise économique, on y suit une adolescente follement amoureuse d'un camarade d'école auquel les deux tourtereaux s'aiment passionnément mais le père de celui-ci, domine les orientations sentimentales et scolaires du genre homme ne voulant pas l'épouser avec la jeune demoiselle qui, de son coté, révèlera de sérieuses faiblesses de santé au point de devenir folle. Un long métrage fort en émotion auquel on ne peux pas rester insensible. Le metteur en scène Elia Kazan dresse le portrait d'une Amérique qui se veut puritaine d'une jeunesse en mal de vivre. Natalie Wood incarne une fille gentille et dévouée à son amoureux qui basculera dans la folie à leur séparation, elle est magnifique et bouleversante dans ce role. Warren Beatty , dont c'est le premier role au cinéma, marque lui aussi les esprits en petit ami plongé dans les dérives amoureuses et de projets futurs. Le reste du casting est remarquable aussi. J'appelle cela un chef d' oeuvre.
Malgré une tendance marquée de Natalie Wood à l'hystérie, la peinture émotionnelle et psychologique d'un amour de jeunesse se révèle très juste, prise dans ce contexte socio-historique entre élans charnels, insouciants, et considérations moralisantes (outre la réalité d'une potentielle grossesse à l'heure où les filles mères suscitent honte et rejet). A l'élégante mise en scène s'ajoute la justesse des interprétations parentales, là encore pertinentes dans leurs propositions de rapports filiaux et maritaux. Sans omettre d'illustrer le vain orgueil des possessions matérielles, ce mélodrame mélancolique en appelle à la résilience amoureuse et au deuil de "l'éclat de l'herbe"...
Le couple que forme Natalie Wood et Warren Beatty est le premier atout de cette histoire d’amour passionnelle et enfiévrée qui bénéficie qui plus est de la mise en scène classieuse d’Elia Kazan et de son incroyable talent de directeur d’acteurs. L’histoire bien que plutôt classique est parfaitement emmenée par des interprètes inspirés et une réalisation qui donne beaucoup d’ampleur sans tomber dans la grandiloquence au récit.
Ce film est un peu le symbole de l’idée que je me fait du drame à l’américaine. Des personnages aux destins contrariés, une période historique en toile de fond (ici le krach boursier de 29) des moyens à l’écran et une manière de montrer les choses de façon très démonstrative. Ce film brocarde la société conservatrice américaine, qui se drape de probité alors que la cupidité est son moteur. Une manière de vivre et un dogme à suivre qui façonne une jeunesse qui aspire à autre chose quitte à aliéner cette dernière. Sur le fond je n’ai rien à dire c’est très bien écrit et parfaitement déroulé. Mais mise à part sur quelques scènes je ne peux pas dire que cela m’a emballé. Je dirais que c’est juste mais que cela ne m’a pas touché.
Les histoires d'amour ne sont généralement pas celles que je préfère au cinéma. Il existe toutefois des exceptions et "La fièvre dans le sang" fait partie de celles-ci. Loin de basculer dans une quelconque mièvrerie, ce long métrage dégage au contraire une réelle intensité émotionnelle qui doit à la fois à la mise en scène d'Elia Kazan qu'à l'excellente prestation de Natalie Wood (qui efface totalement celle de Warren Beatty). Le propos, comme certaines scènes, sont carrément subversives pour l'époque et font un joli pied de nez au puritanisme et au conservatisme américain. "La fièvre dans le sang" est un magnifique mélodrame, loin des teen-movies habituels.
Réalisé par Elia Kazan, nous avons sous les yeux un des premiers, si ce n'est le premier (mais je ne voudrais pas dire de bêtises) "chick flicks" qui, à la différence d'un teen movie classique, s'adresse principalement à un public féminin. Car oui, je ne vais pas refaire l'histoirique du teen movie mais c'est un genre qui englobe tout d'abord de nombreux sous-genres ou qui s'adapte plutôt à de nombreux genres (la teen romcom, le teenage horror movie, la comédie, le drame etc.) mais qui est surtout ultra codifié. Et évidemment, dans ces codes, les hommes et les femmes jouent des rôles bien différents. Alors que les hommes en sont principalement les héros, les losers ou les éléments comiques, les femmes n'en sont souvent reguées qu'au love interest des héros, bien évidemment victimes du male gaze (encore une fois, les films du genre, jusqu'à ces derniers temps, visaient principalement un public masculin). Mais pourtant, en 1961, suite à l'ampleur du genre, notamment grâce au succès de "La Fureur de vivre", une envie de s'étendre sur d'autres publics nait dans la tête des producteurs. Et c'est pour cela que nous avons sous les yeux un film dont le héros est une adolescente, éprise d'un adolescent de son âge et qui essaye de comprendre son corps et sa sexualité dans un monde encore très conformiste, puisque l'histoire se déroule à la fin des années 20. Effectivement, alors qu'un garçon se devait presque d'exprimer ses désirs (pour ne pas "perdre la tête" comme l'exprime Bud, le love interest de l'héroïne, chez le docteur), les femmes doivent quant à elles se préserver jusqu'au mariage pour ne pas être "déshonorées"). spoiler: Alors bien sûr, le film n'en est pas moins moralisateur puisqu'il survient avant la libération sexuelle, à une époque où les femmes étaient encore opprimées dans leur choix et désir ; c'est ainsi que nous avons des personnages finalement punis de leur comportement, comme la sœur de Bud ou celle avec qui ce dernier a couché. Et puis bon, Deanie reste la petite amie complètement dévouée de son mec, sans que jamais le film ne remette cet état de fait en question. Certes, c'est lui qui la rend folle et, certes, il finit un peu craspouille avec une femme sans intérêt alors qu'il avait devant lui un avenir tout tracé, mais elle lui pardonne (de ses deux années passées en hôpital psy quand même) et reste toujours très éprise de lui. Alors oui, le film a mal vieilli sur pas mal d'aspects. Mais est-ce que l'on peut vraiment reprocher à un film des années 60 traitant des rapports homme/femme à l'adolescence d'avoir mal vieilli ? Non, pas vraiment, il faut avant tout le remettre dans son contexte et c'est ainsi qu'un film très moralisateur et sexiste en 2025 en était très avant-gardiste lors de sa sortie, tout début des années 60. Tout comme dans "La Fureur de vivre", dont l'un des thèmes principaux est le rapport conflictuel entre générations mais là où ce film-ci surpasse le précédent cité, c'est que le film sort du cadre du teen movie pour nous montrer les personnages évoluer dans le temps, devenant alors un coming of age féminin particulièrement intéressant, encore une fois pour l'époque, oscillant bien souvent avec le drame pur et dur. Concernant les acteurs, nous retiendrons principalement Natalie Wood, particulièrement charismatique en plus de nous offrir une excellente performance et puis le très beau Warren Beatty. "La Fièvre dans le sang" est donc une pierre angulaire du chick flick mais également bien plus que cela !
Elia Kazan critique vertement l’Amérique puritaine dans ce film dont le support est une magnifique histoire d’amour contrariée construite autour de deux jeunes pousses au charme fou Natalie Wood/Warren Beatty. Kazan avait déjà traité du fossé entre les générations 6 ans plutôt avec « A l’Est d’Eden » ; là, il livre une partition tout aussi intense mais en mode mélancolie. Kazan situe ce film dans les 20’s. Dans la première moitié de la décennie, le rêve américain bat son plein et tout le monde profite de cette période économiquement faste. Les masques tomberont en 1929. L’hypocrisie générale est centrée sur les valeurs puritaines de l’Amérique, une société rongée par les interdits où les enfants se conforment aux valeurs parentales… mais le monde change. Kazan dénonce l’argent facile et le culte de l’argent qui rend sourd les adultes aux désirs profonds de la jeunesse ; l’argent passe avant l’épanouissement. L'incommunicabilité intergénérationnelle est montrée à de nombreuses reprises. Kazan fait preuve de retenu et d’intelligence par rapport à son aversion pour la religion, il n’affronte jamais frontalement et de manière manichéenne la morale religieuse. Pour se concentrer sur le scénario du film, Kazan aborde l’éveil à la sexualité de deux jeunes gens contraints d’attendre 4 ans avant de pouvoir se marier et passer à l’acte. Que de souffrance à devoir attendre si longtemps à un âge où l’impatience d’expériences nouvelles est viscérale. Kazan insuffle dans sa première heure une tension sexuelle bien palpable conduisant les deux amoureux dans une forme de folie. La frustration sexuelle est filmée ici avec beaucoup de modernité. Le désir animal est bien retranscrit par une cascade omniprésente. Mais comment s’affranchir des conventions sociales pour ces deux jeunes gens castrés par le modèle parental ? La rupture parait incontournable et prendra les traits d’un beau texte de William Wordsworth : « Ce qui fut alors baigné d’une lumière radieuse a maintenant disparu pour toujours à mes yeux. Bien que rien ne ravive la splendeur de ces heures ni la gloire de ces fleurs, nous ne sombrerons pas dans le chagrin mais nous raffermirons face au destin. »
Et puis le final de Kazan est brillant sous forme de happy end mais à l’image du film… hyper mélancolique sans chercher à satisfaire le spectateur avec une fin facile et bêtement heureuse. Kazan en disait : «Ce que je préfère, c'est la fin. J'adore cette fin, c'est la meilleure que j'ai réalisée : il y a quelque chose de si beau dans cette scène où Deanie rend visite à Bud qui est marié. J'ai même du mal à comprendre comment nous sommes arrivés à ce résultat, ça va au-delà de tout ce que j'ai pu faire. C'est un happy end, au vrai sens du terme, pas au sens hollywoodien : on sent que Bud a mûri, on le voit à la façon dont il se comporte avec elle, et lorsqu'il prend sa femme dans ses bras pour la rassurer. C'est cette fin qui m'a donné envie de faire le film. ». Y-a tout dans cette fin : acceptation de la médiocrité, passage à l’adulte, renoncement aux idéaux de jeunesse, regrets, amertume… Mais il montre surtout qu’un fossé s’est creusé entre les deux ex ou toujours amoureux, chacun en décidera. Oscar du scénario en 1962… Un vrai chef d’œuvre pour un metteur en scène majeur du cinéma.
Bien que le film ait obtenu, en 1962, l’Oscar du meilleur scénario original [alors que « West Side Story » (1961) de Robert Wise et Jerome Robbins, où jouait aussi Natalie Wood, récoltait 10 Oscars], le scénario est celui d’un roman de gare : en 1928, au Kansas (état du Midwest, traditionnel, acquis aux Républicains), dans une petite ville, Deanie (Natalie Wood, 23 ans) et Bud (Warren Beatty, 24 ans, dont c’est le 1er film), lycéens, s’aiment mais leurs familles s’opposent à leur mariage, l’une de condition modeste et l’autre aisée [père ayant investi dans le pétrole et souhaitant que son fils étudie à l’université Yale (Connecticut)]. Dans les deux cas, des parents toxiques (aliénés par le puritanisme et l’appât du gain), comme dans « Family life » (1971) de Ken Loach. Seul le contexte de la crise économique de 1929 est intéressant. Le titre original fait référence aux vers (un peu mièvres) du poète romantique britannique William Wordsworth (1770-1850) : « Though nothing can bring back the hour, Of splendour in the grass, of glory in the flower ; We will grieve not, rather find Strength in what remains behind » (Bien que rien ne puisse ramener le temps, De la splendeur de l'herbe, de l’éclat des fleurs ; Nous ne nous lamenterons pas, mais puiserons des forces dans ce qui en subsiste »).
revu sur Arte hier soir, film magnifique même si les propos sont un peu datés aujourd'hui. Natalie Wood et Warren Beatty déchirés, forment un couple sublime.
Des drames sociaux d'Elia Kazan, je n'avais jusque là vu qu'Un tramway nommé désir et Sur les quais, films avec lesquels j'avais quand même eu beaucoup de mal. Déjà un poil vampirisés par Marlon Brando, ils échouaient à me séduire par un ton excessivement théâtral et des thématiques sociétales qui me parlent en définitive assez peu, alors qu'une histoire intime qui épluche ses personnages sans prétendre en faire des archétypes représentatifs d'une réalité plus vaste me touchera beaucoup plus facilement. C'est ce qui s'est passé avec ce magnifique Splendour in the grass, qui pourtant débutait plutôt mal. J'ai en effet, au démarrage, à nouveau été effrayé par l'hyper-émotivité et les effusions incessantes des personnages, à vif jusqu'à frôler l'hystérie et rebuter complètement. La manière dont Kazan mène son récit, d'ailleurs, est à l'avenant, à base de fondus enchaînés rapidement entre chaque scène, comme si le cinéaste débitait son intrigue, qu'il ne pouvait retenir un mouvement déjà bien en marche. Cela crée certes un certain trouble, mais empêche également de laisser s'exprimer totalement certaines scènes. A nouveau, cependant, cela donne l'impression d'une histoire en cage, jamais libre de s'épancher sur elle-même, aussi contrainte que ses personnages. Tout de même, j'aurais eu énormément de mal à soutenir une telle narration jusqu'au bout. Heureusement, j'ai su être patient, et cette fois Kazan m'a conquis, désarmé. En définitive, c'est précisément lorsque les névroses de ses personnages s'intensifient que le cinéaste pose enfin son récit et demande à ses acteurs davantage de retenue. Ce mouvement progressif qui plonge vers la mélancolie est la parfaite mise en abyme qui offre à nous l'intimité profonde de personnages soumis à la terrible usure du temps et de la perte de leurs illusions. La douleur atteint son paroxysme lors du traitement séparé des destins des deux amants joués par Natalie Wood et Warren Beatty, qui sont justement eux-mêmes privés l'un de l'autre. Étudiés isolément, par longues plages qui dépassent souvent dix minutes, les deux héros sont progressivement isolés dans une dynamique implacable, qui restitue si bien l'horreur de se sentir banni de la vie de l'autre, ostracisé de ce vers quoi on tend justement de plus en plus. Splendour of grass tire sa force de là, du fait qu'il souligne si bien ce cruel jeu du sort qui a fait des humains des créatures inaptes au lâcher-prise, qui créent leur propre désespoir en se raccrochant d'autant plus qu'ils se sentent tomber, plutôt que d'accepter la chute pour se relever ensuite. De scène désarmante en scène désarmante, on y voit des Hommes incapables de changement, damnés par le cruel truchement des plus beaux de leurs sentiments, pris au piège de ce qu'aucune beauté n'existe sans la souffrance qui en est la rançon. Et cette conclusion finalement plutôt sobre, montre bien que tant qu'il restera du chemin à parcourir, ces vérités sur nous-mêmes nous tiendront par la main. La mélancolie est l'impossibilité à être au Monde comme celle à accepter de le quitter pour de bon. La fièvre dans le sang en déborde, et est justement bouleversant parce qu'il l'infuse à ses personnages avant de nous les révéler dans la profondeur de leurs douleurs et l'insolubilité qui les rend si inacceptables. Un chef-d'oeuvre.
Un film assez mythique. Ça fait partit de ces premières romances hollywoodiennes teintées de tradition puritaine ou d'adolescent en rébellion ou les deux, ce film fait un peu penser à "La fureur de vivre" où Natalie Wood était encore présente. Parlons en de Natalie Wood, véritable sex symbole de son époque, même encore aujourd'hui si on là compare aux têtes d'affiche, une des actrices les plus belles de l'histoire, intemporelle. Elle nous offre peut être les meilleures scènes du film dont celle de la crise de nerf face a sa mère vers la fin. Warren Beatty n'est pas en reste non plus pour ses débuts, une tronche et suffisamment de charisme pour poursuivre carrière. Elia Kazan à la baguette montrait une nouvelle fois qu'en lui filant un scénario quelconque, il serait toujours capable d'en tirer quelque chose, en plus d'une réelle maîtrise esthétique ce qu'on attendait pas forcément sur ce film. En résumé il faut le voir d'abord pour Natalie Wood, ensuite pour Elia Kazan. Même un non cinéphile peut le visionner sans forcément se faire CH**ER tout du long.
Le genre de film qui laisse un peu étourdi tellement il dépasse sa promesse initiale. En tant que film sur le désir, il est d’une vérité et d’une audace étonnantes pour l’époque, parfait symbole des dernières heures vacillantes du code Hays. Comme film sur l’adolescence, il est d’une finesse rare, porté par deux acteurs au charisme immense (je n’avais jamais réalisé que Natalie Wood était une grande actrice jusqu’à ce film). Sur le thème des rapports filiaux, il est d’abord un peu caricatural, mais s’achève sur une émotion d’une justesse imparable. Mais ce qu’on voit moins venir, c’est cette transition de la simple chronique adolescente à une sorte d’épopée amoureuse étalée sur plusieurs années, jusqu’à un final bouleversant. Je me suis par moments surpris à fantasmer ce qu’aurait pu faire un Douglas Sirk avec ce matériau, mais la dernière partie du film m’a rappelé que les leçons les plus universelles ont parfois besoin d’un certain académisme pour être délivrées dans toute leur pureté, comme c’est le cas ici.
Sans hésiter, un chef d'oeuvre, comme on n'en voit plus guère. Tout est somptueux, mise en scène, acteurs, couleurs, et ce type d'émotion propre au cinéma de Kazan. Quelle joie de revoir ce film disparu des écrans depuis des années. La fin est un sommet de ce que peut faire le cinéma. On n'oublie plus Nathalie Wood dans sa robe blanche.