Réalisé par Elia Kazan, nous avons sous les yeux un des premiers, si ce n'est le premier (mais je ne voudrais pas dire de bêtises) "chick flicks" qui, à la différence d'un teen movie classique, s'adresse principalement à un public féminin. Car oui, je ne vais pas refaire l'histoirique du teen movie mais c'est un genre qui englobe tout d'abord de nombreux sous-genres ou qui s'adapte plutôt à de nombreux genres (la teen romcom, le teenage horror movie, la comédie, le drame etc.) mais qui est surtout ultra codifié. Et évidemment, dans ces codes, les hommes et les femmes jouent des rôles bien différents. Alors que les hommes en sont principalement les héros, les losers ou les éléments comiques, les femmes n'en sont souvent reguées qu'au love interest des héros, bien évidemment victimes du male gaze (encore une fois, les films du genre, jusqu'à ces derniers temps, visaient principalement un public masculin). Mais pourtant, en 1961, suite à l'ampleur du genre, notamment grâce au succès de "La Fureur de vivre", une envie de s'étendre sur d'autres publics nait dans la tête des producteurs. Et c'est pour cela que nous avons sous les yeux un film dont le héros est une adolescente, éprise d'un adolescent de son âge et qui essaye de comprendre son corps et sa sexualité dans un monde encore très conformiste, puisque l'histoire se déroule à la fin des années 20. Effectivement, alors qu'un garçon se devait presque d'exprimer ses désirs (pour ne pas "perdre la tête" comme l'exprime Bud, le love interest de l'héroïne, chez le docteur), les femmes doivent quant à elles se préserver jusqu'au mariage pour ne pas être "déshonorées").
Alors bien sûr, le film n'en est pas moins moralisateur puisqu'il survient avant la libération sexuelle, à une époque où les femmes étaient encore opprimées dans leur choix et désir ; c'est ainsi que nous avons des personnages finalement punis de leur comportement, comme la sœur de Bud ou celle avec qui ce dernier a couché. Et puis bon, Deanie reste la petite amie complètement dévouée de son mec, sans que jamais le film ne remette cet état de fait en question. Certes, c'est lui qui la rend folle et, certes, il finit un peu craspouille avec une femme sans intérêt alors qu'il avait devant lui un avenir tout tracé, mais elle lui pardonne (de ses deux années passées en hôpital psy quand même) et reste toujours très éprise de lui. Alors oui, le film a mal vieilli sur pas mal d'aspects. Mais est-ce que l'on peut vraiment reprocher à un film des années 60 traitant des rapports homme/femme à l'adolescence d'avoir mal vieilli ? Non, pas vraiment, il faut avant tout le remettre dans son contexte et c'est ainsi qu'un film très moralisateur et sexiste en 2025 en était très avant-gardiste lors de sa sortie, tout début des années 60. Tout comme dans "La Fureur de vivre", dont l'un des thèmes principaux est le rapport conflictuel entre générations mais là où ce film-ci surpasse le précédent cité, c'est que le film sort du cadre du teen movie pour nous montrer les personnages évoluer dans le temps, devenant alors un coming of age féminin particulièrement intéressant, encore une fois pour l'époque, oscillant bien souvent avec le drame pur et dur.
Concernant les acteurs, nous retiendrons principalement Natalie Wood, particulièrement charismatique en plus de nous offrir une excellente performance et puis le très beau Warren Beatty. "La Fièvre dans le sang" est donc une pierre angulaire du chick flick mais également bien plus que cela !