Je pense qu'il est important de noter que ce film est une adaptation cinématographique d'un livre du même nom, et qui, à la base, est une biographie. Je trouve compliqué de faire tout un travail cinématographique autour d'une biographie, mais encore plus quand ce film finit par être plat, avec peu d'actions ou, en tout cas, quelque chose de peu exaltant.
Dans Queer, on suit les déboires amoureux de Lee, un immigré américain gay dans la quarantaine qui enchaîne les conquêtes.
Dans sa nouvelle vie au Mexique, à Mexico, il côtoie uniquement ses paires (d'autres immigrés américains) ainsi que quelques personnes elles-mêmes queer (en tout cas, c'est aussi bien insinué que montré). Toute cette partie est intéressante à voir je trouve, car elle montre ce que ça fait d'être un homme gay dans un autre pays, et surtout dans les années 1950 où l'on sait que la société n'est pas favorable aux relations de même sexe/genre. Par contre, ce qui me dérange dans cette première partie, est ce manque cruel d'investissement de la part de Lee dans la communauté mexicaine : il ne parle pas la langue, ou seulement quelques mots, et ne se mélange pas à la population.
En ce qui concerne le choix du lieu, je me questionne car je ne sais pas si c'est judicieux d'avoir choisi le Mexique sans prendre en compte l'Histoire du pays et son rapport à l'homosexualité/la queerness en général. Tout au long de la première partie, et jusque la deuxième, Lee va être insulté de "puto gringo" par plusieurs personnes, et je me demande donc si le peuple mexicain, et surtout les premières nations du pays, avaient une telle mauvaise vision des relations non cishet ou si cela vient du fait que les US & la religion se sont implantés dans ces pays (Am. du Sud, Am. dite Centrale etc)? Pour moi, il aurait été judicieux de faire des recherches plus approfondies, et de peut-être placer l'intrigue du roman et du film aux Etats-Unis, tout en sachant que dans ce pays-là, à cette même époque, il y a une vive répression des personnes queers etc. Parce qu'il y avait vraiment matière à faire quelque chose de plus poussé que ça.
Ensuite, on va suivre Lee et son nouveau compagnon, Eugene, un jeune étudiant lui aussi immigré au Mexique. Ils s'entendent bien, se découvrent, mais je ne sais pas s'ils s'aiment. J'ai l'impression que tout est dans l'implicite, qu'il faut un peu chercher. Ils se plaisent, certes, mais est-ce qu'ils s'aiment? Ils se soutiennent parce que Lee est accro aux drogues, voyagent ensemble etc, mais je n'ai pas eu cette sensation d'alchimie entre ces deux personnages. Sans parler des nombreux plans et scènes où le flou et beaucoup de musique se mêlent pour exprimer quelque chose, des sentiments sans doute, mais j'ai eu cette impression de me retrouver à une représentation de danse contemporaine. Le jeu de lumières était chouette, les musiques apportent quelque chose au film ainsi qu'aux scènes mais, parfois, ça m'a perdu. Tout ce flou, toute cette musique et danse m'ont perdu. Je ne les aies pas comprises, je n'ai pas vu leur utilité dans le film et dans l'avancement de l'intrigue. Pareil pour ce rapport au corps et au nu, qui ne m'ont pas paru nécessaires. Je ne sais pas s'il y a eu une volonté de montrer que l'on peut se réapproprier un corps ou quoi que ce soit, mais je n'ai pas compris pourquoi il y avait tant de corps nus. Ca m'interroge maintenant sur l'utilisation du mot "Queer" : est-ce un jeu de mot pour décrire l'étrange (donc son sens de base, et qui colle bien au film) ou bien est-ce qu'il est utilisé pour parler, justement, des personnes queers/lgbtq+ afin de s'approprier le mot et d'en faire une force? Ce point-là aussi n'est pas clair. De plus qu'à deux reprises, il y a cette phrase : "I'm not queer. I'm disembodied" ; ainsi qu'une répétition constante de "You're not queer, are you?"/"I'm not queer". Donc, je ne sais pas s'il y a une référence à la communauté lgbtq+ ou bien au mot "queer" pour désigner l'étrange, le différent de soi.
Enfin, les deux dernières parties du film se sont concentrées sur Lee et son voyage en Am. du Sud afin de trouver une plante très spécifique dont il a parlé lors de son premier rendez-vous avec Eugene - j'ai eu l'impression de regarder Indiana Jones. Encore une fois, je n'ai pas compris le but de ces dernières parties. Lee était supposé se sevrer, ne plus être high car il commençait à tomber malade mais, finalement, il veut rependre? C'est pas logique. Pareil pour la relation entre Eugene et Lee : elle ne fait plus sens ; elle s'évapore, et encore une fois il faut le deviner. Ce n'est que lorsque Lee retourne au Mexique après deux ans en Am. du Sud que l'on apprend que leur histoire est terminée, que Eugene est parti avec quelqu'un d'autre six mois avant le retour de Lee.
C'est comme cette avant-dernière séquence où il y a un zoom sur une maquette du motel où séjourne Lee, puis Lee qui se met à regarder par une des fenêtres du motel. Quand il regarde, il s'y voit. Et, encore une fois, je ne sais pas si cet étrange est là pour montrer une rétrospective du personnage sur sa vie, ou si elle sert d'introspection, de réflexion sur la vie de Lee. Car, à aucun moment donné du film, le spectateur n'est plus spectateur. J'ai vraiment pas compris ce plan.
Je ne pense pas recommander ce film, néanmoins je trouve qu'il reste un film à découvrir afin d'essayer de comprendre Lee, Eugene, et leur relation un peu étrange.