Tandis qu'il se fraie un chemin au Mexique pour entamer une nouvelle carrière, Luis Buñuel fait le choix audacieux de lever le voile sur la misère humaine des zones défavorisées de Mexico. Sa vision crue et sans concessions dérangera tellement les actionnaires que le film sera retiré des salles au bout d'une semaine. La France permettra heureusement de le réévaluer en le faisant triompher au Festival de Cannes. Comme le narrateur nous l'indique en ouverture, les conditions de vie misérables auxquelles doit faire face le public ne sont pas fictives mais inspirées du calvaire vécu chaque jour par une partie de la population. Buñuel l'accentue en limitant le plus possible la durée des coupures, Los Olvidados ne semble jamais pouvoir s'arrêter, le parcours infernal des voyous des rues est tout tracé, ne montrant quasiment aucuns signes d'espoir ou les effaçant aussitôt qu'ils apparaissent. À l'image de cette prise inattendue où le gamin envoie son œuf à la caméra ou du dernier plan glauque résumant parfaitement la trajectoire morbide suivie par le cinéaste, ce drame social choque par son impudence, son abandon de compassion et l'encrassement de l'être humain. Sinistre et désenchanté, Los Olvidados est un vrai chef-d'oeuvre du cinéma latino-américain.
Luis Buñuel realisa un film marquant en son époque. Dès le début, le réalisateur impose une vision "inspiré de faits réels". Aussi dingue que cela puisse paraître, le film traverse des générations et est toujours aussi d'actualités. Par des personnages détestables, il nous montre un message important : Réussir sa jeunesse c est assurer son avenir. La tournure que prend le film, est parfaitement géré, avec une fin où l'on peut imposer sa propre interprétation. Avec "les 400 coups", "Aniki Bobo" et ce film "Los Olvidados", on tient une "trilogie" de film sur l'enfance importantissisme dans l'histoire des consciences. Brillantissime !
En quittant en apparence le surréalisme, le génie espagnole s'installe au Mexique pour une oeuvre sociale d'une noirceur intense. Film social? Pas vraiment, Bunuel se pose en témoin dès le début, et pas en accusateur ni en moralisateur. Los Olivadados est une chronique poignante de la misère infantile mexicaine. Bunuel multiplie les pistes, nous plonge dans la pitié, avant de redonner de l'espoir pour mieux nous briser dans un final terrible et magnifique à la fois. Le film nous hante très longtemps, mais au-delà de ça, ce sont tous ces enfants qui l'accompagnent dans cette hantise, ce sentiment d'impuissance qu'il procure face à cette misère qui rattrape sans cesse les enfants qui cherchent à la fuir. Ce film d'un pessimisme profond ne laisse finalement pas de place à l'espoir, même face à ce directeur bienveillant qui dit si justement "si au lieu d'enfermer les enfants, on pouvait enfermer la misère", mais dont le propos résonne si tristement 5 minutes après lorsque cette misère et cette délinquance rattrape ironiquement le jeune garçon qui voulait enfin faire quelque chose de bien. Los Olvidados a beau être une oeuvre grave, elle est surtout un chef d'oeuvre de cinéma.
Un réalisme qui nous éclate à la figure tourné avec une grande modernité. Une histoire qui traverse les décennies et qui ne vieillit pas. Quand on voit la fin on ne peut que saluer le génie de Bunuel qui a su éviter le happyend à la mode dans le cinéma de l'époque.
Buñuel raconte la vie d'une bande de petit délinquants dans un quartier défavorisé de Mexico City. Misère noire et crimes sont le lot du scénario, film sur l'enfance mais violent. La réalisation et la photo sont contrastés, les dernières minutes particulièrement sinistres.
Pas mal, mais pas complètement convaincu. J'aime bien le style de Bunuel d'habitude, mais là j'ai moins accroché.
Plusieurs trucs m'ont dérangés : Déjà quand un cinéaste explique sa démarche (un peu à la manière de Rosselini dans Allemagne année zéro) ça me dérange, est-il nécessaire de dire au spectateur ce qu'il va voir, et de le lui expliquer ? Bunuel pense t-il que le spectateur ne pourra pas comprendre par lui même ?
Bunuel montre donc la misère dans les bidonvilles mexicains (Fernando Mereilles s'en est-il inspiré pour son "La cité de Dieu" même si il se passe à Rio ?), mais le scénario tourne un peu en rond. On retrouve la noirceur des âmes que peint habituellement Bunuel cependant. Cette fois- ci toutefois on sent qu'il ne condamne pas tous ses personnages (c'est d'ailleurs pas plus mal). Son propos reste cependant très triste et très dur.
Revu, près de 50 ans plus tard, dans le cadre de "travelling Mexico" à Rennes. Le noir et blanc convient à cette fable sociale. Même aujourd'hui, le film garde toute sa force et donne envie de se révolter contre la misère, l'injustice. Les dés sont pipés dès le départ et il est difficile de s'en sortir. Le personnage de ce jeune pré-adolescent, qui a tant besoin de l'amour de sa mère et réclame son pardon, est bouleversant! Beau film à voir et à revoir
La renaissance d'un cinéaste unique et hyper-subversif après une longue période de purgatoire, "Los Olvidados" est très bien caractéristique du caractère de son réalisateur : cruel, réaliste, hyper-pessimiste, remarquable par son absence totale de misérabilisme et de manichéisme (il ne tombe jamais dans le piège "c'est la faute de la Société, point barre, alors fermez vos gueules!" puisque celle-ci est représentée comme étant plus impuissante qu'indifférente!!!), et sans la moindre concession. A travers des portraits mémorables de très jeunes habitants des bas-fonds mexicains, Luis Buñuel a réalisé une des oeuvres les plus puissantes sur la pauvreté et à portée universelle.
Le néoréalisme sur le modèle italien transfiguré par le surréalisme propre à Bunuel, avec références freudiennes, maternité et ses symboles, onirisme... Le tableau de la misère combiné avec cette symbolique donne une sorte d'âpreté tellurique terriblement impressionnante (le final...). C'est beaucoup plus fort à mon sens que les films où Bunuel fait la satire du mode de vie bourgeois. A remarquer que les fictions sur la misère se réfèrent à peu près fatalement à l'enfance : Dickens, De Sica, "Allemagne année zéro"... "Los olvidados" est tout en haut du panier de tout le cinéma.
Luis Buñuel dépeint de manière tre forte le quotidien d'un faubourg de Mexico, dans lequel la misère et la violence règnent en maître. Maître, le réalisateur l'est aussi. Tout ce qu'il filme est retranscrit de manière réaliste, toutes les séquences sont pleines de brio, des scènes les plus anodines, aux scènes où toute la violence et la furie des personnages éclatent. Et pour ce qui est des personnages, ils sont traités de façon non moins astucieuse. Leurs ambitions à tous sont de de sortir de la décrépitude de laquelle ils sont emprunts. Leur moyen d'y accéder sont plus ou moins louables, mais la vie est injuste, et toute cette saleté sera leur tombeau. "Ceci n'est pas un film optimiste". Comme ça au moins c'est clair. Grand film.
Un joyau, une référence, un chef d’œuvre. Buñuel remet en cause le système moderne dans son incapacité à considérer la misère comme facteur évident de la violence accrue. Pour en témoigner de multiples personnages tiraillés, des vies dont le seul véritable désagrément reste la condition sociale. D’apparence le seul à plaindre véritablement resterait le vieil aveugle que l’on découvre vite en fasho parano, ne souhaitant que la mort imminente de ces jeunes paumés, qui lui causent du souci. Il y a aussi Ojitos, gamin abandonné qui utilise le vieillard pour ne pas avoir le ventre vide. Et les deux personnages centraux : Pedro tiré par El Jaibo dans des affaires louches où il sera bientôt question de meurtre. Si l’on peut avant tout y entrevoir une certaine complaisance pour le premier, de part sa fragilité, la balance s’équilibre lorsque le cinéaste espagnol s’intéresse au second moins attrayant en le révélant mal gâté par la vie, qu’il étaye majoritairement de vices, seuls échappatoires à son mal-être ambiant. Plus qu’un film sur les problèmes d’éducation, la tolérance, c’est le manifeste des petites classes, des réprouvés, condamnés à vivre et mourir dans la merde.
«Los Olvidados» (Mexique, 1950) est un des grands films de Bunuel. Narrant lhistoire de jeunes délinquants mexicains des années 50, le film anticipe là où Larry Clark excelle de nos jours, c'est-à-dire dans le pessimisme caché de la jeunesse. Présenté comme non-optimiste, le film laisse pantois devant la crudité de faits pourtant réels. Les trois personnages principaux souffrent de maux dont les seuls coupables semblent être la société et aussi les parents : El «Jaibo» orphelin depuis toujours a été rejeté par la société est na pour seul solution que de jouer au tyran, Pedro souffre du mépris que lui affiche sa mère ( cette souffrance est dailleurs magnifiquement illustrée dans une scène onirique filmée avec tout le surréalisme bunuelien ) et Ojitos, petit abandonné par son père et qui, pour survivre, devient le sous-fifre dun aveugle extrémiste. Bref, tous trois malheureux, Bunuel illustre leur vie comme un coup de pelle de plus dans le creusement de leur tombe. La réalisation du cinéaste est à la croisée entre le cinéma mexicain atypique et farfelu de Bunuel et le surréalisme d «Un chien andalou» (France, 1928). Mais cest surtout du côté du néo-réalisme italien que lorgne ce «Los Olvidados». La vérité de lhistoire, le socialisme débordant de luvre, la peinture pessimiste de la société, inscrit «Los Olvidados» au même rang que «La Terra trema» (Italie, 1948) de Visconti ou que «Ladri di bicilette» (Italie, 1948) de De Sica. La musique, plus classique, vient ponctuer le film à point et ne va guère plus loin que de rendre plus vivace les images. En conclusion, ce film entre le surréalisme et le néo-réalisme est une grande uvre de Buñuel, ceci parce quelle réussit à nous donner pitié pour des enfants pourtant capable dactes monstrueux ( notamment El «Jaibo» ), cest dailleurs lun des titres français de «Los Olvidados»: «Pitié pour eux».
Los olvidados (les oubliés) sont tous ces jeunes mexicains miséreux des années 50 rejetés socialement à la périphérie de la capitale suite à une misère physique et intellectuelle que leurs ont légués des générations antérieures brisées par lalcool et lanalphabétisme.
Lenvironnement déplorable quotidien que subissent ces jeunes adolescents brise une nature fondamentale de bonté que lenfant possède par défaut.
Ces gosses positionnés dans une brutalité quotidienne croupissent au jour le jour dans un monde de combines et de rapines stagnantes.
Le drame de ces enfants est purement interne, le manque total damour maternel déclenchent pour certains une approche primaire de la vie. Nayant aucune notion de tendresse, ils sont dans lincapacité de redistribuer ce quils ignorent.
A linverse de « Miracle à Milan » de Vittorio de Sica qui montrait une misère sociale atténuée par la sensibilité et la bonté distillée par Toto envers son entourage, ici le ton est dur, sans pitié.
Il ny a pas de constat matériel « riche, pauvre » à faire. Cette misère interne est localisée dans un territoire bien défini, la sécheresse totale des esprits. Un manque de positionnement digne de ces enfants dans des comportements adaptés à la logique naturelle de leurs ages les rend semblables à de véritables pierres brutes de la société livrées à eux-mêmes.
Suite à labsence dun encadrement de départ complètement inexistant, ils créent leurs propres déséquilibres en appliquant des lois scélérates.
Un directeur de prison seul personnage encourageant par son discours tolérant envers ses enfants atténue la froideur de lensemble.
Le dénouement final semble une délivrance pour Jaïbo débarrassé enfin de toute cette crasse.
Los olvidados obtint le prix de la mise en scène à Cannes en 1951.