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fabien c.
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4,0
Publiée le 22 mai 2026
Âpre, réaliste et talentueux. La misère d'une favella à Mexico est parfaitement exposée, le scénario est très bien écrit avec seulement un petit creu au milieu.
Ce film mexicain est dans la lignée du néo-réalisme italien en décrivant, de façon réaliste [photographie en noir & blanc de Gabriel Figueroa, 43 ans, qui a travaillé pour de grands réalisateurs mexicains comme Emilio Fernández et Roberto Gavaldón, et même John Ford), le quotidien des classes populaires pauvres, ici à travers des enfants et adolescents, livrés à eux-mêmes. Un film noir, tragique, sans espoir qui rappelle les « Peintures Noires » (1820-1824) de Francisco de Goya (1746-1828). Aucun personnage n’est sympathique : des adultes survivant comme ils peuvent, maltraitant les enfants, des adolescents se ralliant par intérêt ou par peur à un chef de bande, Jaïbo (orphelin, qui s’est évadé de prison) et qui n’hésite à spolier et battre un aveugle ou un cul-de-jatte, ou se faire justice lui-même, prototype du pervers narcissique violent et cruel, sans foi ni loi.
Le temps ne fait rien à l'affaire, comme le chantait le poète dont on déplore toujours l'absence comme au premier jour. Tout ça pour dire que, les années ont beau passer, rien ne change. "Los olvidados" est quasi insoutenable à regarder car il ne montre et ne décrit jamais autre chose que la misère noire et la violence. Cela dit, il ne faut pas se méprendre, c'est un essentiel du cinéma. Pour ses qualités d'interprétation, d'histoire et de mise en scène, mais pas seulement. Il tord définitivement le cou à cette idée que toute sa vie durant, Bunuel s'est attaché à critiquer vertement la bourgeoisie, ça n'a jamais été le cas. C'est une opinion fausse, relayée par une certaine presse qui ne s'est que superficiellement intéressée à lui et qui n'en a jamais retenu que ce qu'elle voulait retenir. Quels que soient les thèmes qu'ils abordent et quels que soient les milieux dans lesquels ils prennent place, les films de Bunuel n'ont qu'un seul et unique fil rouge : ils sont des diatribes d'une rare férocité à l'égard de la pourriture humaine. Celui-ci ne faisait pas exception. Le regarder signifie automatiquement t'embarquer dans 85 minutes qui te dégoûtent de l'Humain. Il fête ses 75 ans cette année, mais si on en en restaurait l'image et qu'on le colorisait, il n'en serait pas affaibli tant il n'a pas pris une ride.
Sur le ton distancié d'un documentaire froid, cette plongée au sein de la délinquance juvénile mexicaine dénonce la misère, psychologique, émotionnelle, financière qui semble pousser les rejetons de pères alcooliques ou absents et de mères trop occupées ou indifférentes à la violence, à la cruauté, à l'immoralité - alors que les structures palliatives manquent de force. Constat amer sur une réalité que certains préfèrent oublier, le récit évite le misérabilisme autant que l'émotion, d'autant que les interprétations manquent d'une constante justesse et que certains dialogues dégoulinent de didactisme (à l'instar de la courte introduction dispensable). Une image frontale, brute, de ce que peut être un enfant...
Contemporain du néoréalisme italien, le film de Luis Bunuel n'a rien à envier aux drames sociaux de Rossellini et autre Vittorio de Sica. Cette proximité artistique, cette familiarité, n'empêchent pas Bunuel d'apposer sa griffe sur ce film qui, lorsqu'il délaisse un moment le réalisme brut, introduit des scènes oniriques troublantes ou d'étranges fulgurances qui rappellent la culture surréaliste du cinéaste. "Los Olvidados" (les oubliés) ont pour cadre un faubourg de Mexico, véritable cité-bidonville, et pour héros, ou plutôt sujets d'étude, les enfants de la rue. Ils sont quelques uns, plus ou moins livrés à eux-mêmes, à errer dans des rues sinistres, sur des terrains vagues sur lesquels les édifices en construction semblent en réalité des ruines. Parmi ces jeunes garçons, deux font l'objet, de la part de Bunuel, d'une attention plus particulière: Jaibo l'orphelin, adolescent violent et, déjà, délinquant irrécupérable; et puis, plus jeune, Pedro dont la fréquentation de Jaibo pourrait l'entrainer sur la mauvaise pente. Leur sort, à tous les deux, semble déjà réglé.
La direction d'acteurs est aussi juste que le propos, qui est celui d'un humaniste éclairé, évoquant modestement le renoncement familial et éducatif, la pauvreté et l'exploitation des enfants; des enfants perdus et bientôt oubliés... Des personnages "bunueliens" traversent le film, tels ce bourgeois qui tente d'acheter les faveurs de Pedro ou, surtout, cet aveugle intransigeant, brutal, en qui on est tenté de voir une incarnation divine, évidemment maltraitée par le cinéaste. On ne s'étonne guère, en tout cas, que soient absents de ce drame social la religion et les curés... Enfin, considérant le dernier plan du film, sombre, cruel et tragique, on a envie de paraphraser Jean-Luc Godard à propos du regard d'Harriet Anderson dans un film de Bergman: c'est le plan le plus triste de l'Histoire du cinéma.
Luis Buñuel realisa un film marquant en son époque. Dès le début, le réalisateur impose une vision "inspiré de faits réels". Aussi dingue que cela puisse paraître, le film traverse des générations et est toujours aussi d'actualités. Par des personnages détestables, il nous montre un message important : Réussir sa jeunesse c est assurer son avenir. La tournure que prend le film, est parfaitement géré, avec une fin où l'on peut imposer sa propre interprétation. Avec "les 400 coups", "Aniki Bobo" et ce film "Los Olvidados", on tient une "trilogie" de film sur l'enfance importantissisme dans l'histoire des consciences. Brillantissime !
Pour préparer « Los Olivados » Luis Buñuel passa six mois dans les bidonvilles de Mexico pour étudier ce microcosme. Avec Luis Alcoriza il écrivit un scénario auquel collaborèrent pour les dialogues Max Aub, Juan Larrea et Pedro de Urdimalas. Ainsi le film se présente comme une compilation autour du destin de Pedro (Alfonso Mejía), baignant dans la misère agrémentée d’une violence constante. Un « paradis terrestre inversé » selon André Bazin. Avec l’absence du père inconnu, privé de l’affection se sa mère (Estela Inda), il cherche une improbable relation tutélaire auprès d’El Jaïbo (Roberto Cobo) un voyou échappé d’une maison de correction, qui séduira sa mère le temps d’une passade. En dehors de la justesse de l’interprétation et des dialogues, le déroulé bénéficie d’une sécheresse qui évite à la fois le côté larmoyant du néo réalisme italien comme la démonstration du film à thèse. Mais pas que… Une stupéfiante séquence onirique, sorte de psychanalyse, résume en quelques minutes les aspirations, fantasmes et enjeux de Pedro quant au trio qu’il forme avec sa mère et El Jaïbo. Ce moment très brillant apporte, par contraste une puissance certaine à l’inéluctabilité de la tragédie. Même les rares bons sentiments sont punis, se retournant contre ceux qui les ont prodigués comme la « perte » des 50 pesos pour le directeur de la ferme. « Los Olivados » est le grand film qui relança la carrière du cinéaste (prix de la mise en scène à Cannes en 1951), bien décevante depuis « Un chien andalou ». Et de créer un nouvelle tendance au cinéma : la violence des pré adolescents dans les bidonvilles, qui passe par les Etats Unis, la France, le Brésil et bien d’autres, jusqu’au Maroc avec Nabil Ayouche. Indispensable.
Tandis qu'il se fraie un chemin au Mexique pour entamer une nouvelle carrière, Luis Buñuel fait le choix audacieux de lever le voile sur la misère humaine des zones défavorisées de Mexico. Sa vision crue et sans concessions dérangera tellement les actionnaires que le film sera retiré des salles au bout d'une semaine. La France permettra heureusement de le réévaluer en le faisant triompher au Festival de Cannes. Comme le narrateur nous l'indique en ouverture, les conditions de vie misérables auxquelles doit faire face le public ne sont pas fictives mais inspirées du calvaire vécu chaque jour par une partie de la population. Buñuel l'accentue en limitant le plus possible la durée des coupures, Los Olvidados ne semble jamais pouvoir s'arrêter, le parcours infernal des voyous des rues est tout tracé, ne montrant quasiment aucuns signes d'espoir ou les effaçant aussitôt qu'ils apparaissent. À l'image de cette prise inattendue où le gamin envoie son œuf à la caméra ou du dernier plan glauque résumant parfaitement la trajectoire morbide suivie par le cinéaste, ce drame social choque par son impudence, son abandon de compassion et l'encrassement de l'être humain. Sinistre et désenchanté, Los Olvidados est un vrai chef-d'oeuvre du cinéma latino-américain.
Luis Buñuel cinéaste inclassable aura connu plusieurs carrières successives et aura bizarrement très peu œuvré dans son pays d'origine alors sous l'autorité d'un caudillo avec lequel il ne pouvait faire bon ménage. Converti à l'art cinématographique presque par hasard suite à sa rencontre avec le groupe des surréalistes dans lequel l'a introduit son ami d'enfance Salvatore Dali, il devient l'assistant de Jean Epstein et Jacques Feyder avant de réaliser les deux chocs visuels que furent "Le chien andalou" en 1929 et "L'âge d'or" en 1930. Fâché avec les surréalistes à qui il reproche leur embourgeoisement, il réalise un documentaire saisissant sur les conditions de vie encore moyenâgeuses d'une population vivant dans la région des Hurdes (Estrémadure) avant de disparaitre de la circulation pendant plus d'une dizaine d'années. Durant cette période, il voyage à Hollywood pour parfaire sa connaissance du cinéma, rencontre Chaplin et travaille même un temps au Museum of Modern Art de New York. Mais il doit s'exiler au Mexique quand paraît en 1942 le livre de Salvatore Dali ("La vie secrète de Salvatore Dali") qui expose clairement ses positions marxistes et son anticléricalisme. Il y rencontre le producteur Oscar Dancigers, d'origine russe qui lui propose de repasser derrière la caméra. Après deux films de commande, il obtient l'autorisation de Dancingers de porter à l'écran "Los olvidados" dont il écrit le scénario avec Luis Alcoriza après avoir vu "Sciuscia" (1946) de Vittorio De Sica, le père de néo-réalisme italien, qui faisait le constat amer de la misère de l'Italie d'après-guerre à travers le rêve brisé de deux jeunes cireurs de chaussures après qu'ils ont fait l'expérience de la violence. . Si Buñuel choisit lui aussi le parcours de deux adolescents, Pedro et Jaibo, dans les faubourgs de Mexico, il en vient directement au constat d'une violence consubstantielle à la misère. Pas d'apprentissage ni de moyens d'en sortir comme le montre fort bien le passage où Pedro (Alfonso Mejia) est envoyé dans une ferme-école tenue par un directeur aux idées libérales qui s'il fait le bon constat, prononçant cette phrase lourde de sens : '"Ce n'est pas les enfants qu'il faudrait enfermer, mais la misère ", admet avec celle-ci que la solution ne peut-être qu'économique. Chez Buñuel, la misère est présente sans le moindre romantisme au contraire de chez De Sica, plus enclin à la commisération et à la légèreté comme le prouve son parcours d'acteur et sa deuxième partie carrière. Pas question pour le tempétueux ibère de dédouaner les autorités en glorifiant les élans de solidarité où les effets positifs du hasard. Le jeune Pedro en est l'illustration parfaite qui cherchant à s'acheter une conduite pour retrouver l'amour de sa mère est à chaque fois ramené vers le fond par Jaibo (Robert Cobo) son chef de bande. Irrespirable, filmé au plus près des visages torturés, "Los Olvidados" est un véritable coup de poing qu'il convient de regarder à intervalles réguliers pour se rappeler que l'homme n'en a pas encore fini avec ce fléau (la misère) qu'il déclenche souvent lui-même par son goût immodéré pour la guerre. A sa sortie le film a fait bien sûr scandale notamment au Mexique qui ne supporta pas le miroir tendu. On reprocha à Buñuel de ne proposer aucune solution. Mais c'est sans doute grâce à ce parti-pris que le film résonne encore si fort aujourd'hui. On notera enfin que l'on trouve dans ce film réaliste au possible la présence d'images insolites, érotiques et oniriques qui occuperont une place centrale dans la carrière française du Buñuel de la grande maturité dont il ne faut jamais oublier qu'il reste une figure majeure du mouvement surréaliste
Un film cruel et désabusé sur l'enfance malheureuse. Terrible misère qui affecte les enfants des rues et les pousse, en quête d'amour, aux pires méfaits. La paix ne veut pas d'eux, ils sont tout le temps poussés vers la violence qui les fait dégringoler de leur condition humaine. "Sciuscia" est son pendant italien. Deux films exemplaires.
Ce film mexicain de Bunuel est important malgré des défauts qui empêchent un consensus général sur son contenu. Son rythme est inégal et son montage surprenant; quant aux plans surréalistes fort nombreux, il faut bien connaitre Bunuel pour les accepter dans un contexte aussi douloureux. C’est sans doute le film sur l’enfance abandonnée le plus implacable qui existe. Bunuel ne lâche rien et ne se donne aucune sortie heureuse, tous ses personnages en dehors des gendarmes et des enseignants sont détestables. Tous ont des excuses certes mais si les jeunes enfants sont peut-être récupérables, les grands adolescents et les adultes ne le sont plus y compris l’aveugle qui n’arrive même pas à faire pitié aux spectateurs. La responsable de ce que l’on voit à l’écran se nomme la misère, elle est traitée comme elle le mérite, sans aucune complaisance, avec comme seul remède énoncé par Bunuel lui même : le progrès social tant espéré par ce grand humaniste dont chaque film est un enrichissement sans équivalent. Ce n’est que sur le plan cinématographique que je me permets d’émettre quelques réserves car l’avenir montrera ce dont Bunuel est capable quand il introduit de la rigueur dans son montage. Dans Los Olvidados, la réalité est si désespérante que je n’ai pas supporté le coté surréaliste qui convient si bien à sa période française.
Revu, près de 50 ans plus tard, dans le cadre de "travelling Mexico" à Rennes. Le noir et blanc convient à cette fable sociale. Même aujourd'hui, le film garde toute sa force et donne envie de se révolter contre la misère, l'injustice. Les dés sont pipés dès le départ et il est difficile de s'en sortir. Le personnage de ce jeune pré-adolescent, qui a tant besoin de l'amour de sa mère et réclame son pardon, est bouleversant! Beau film à voir et à revoir
Un drame poignant avec des acteurs très justes, Luis Buñuel réalise un véritable documentaire sur le Mexico pauvre des années 50, un film très intéressant donc. A voir.
"Los Olvidados" (Les Oubliés) est un film réaliste qui nous plonge dans un quartier défavorisé du Mexique où la misère règne. Une bande de jeunes plus ou moins délaissé par leurs parents s'organisent en bande pour survivre. Le jeu d'acteurs est très juste.