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Eowyn Cwper
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1,0
Publiée le 11 novembre 2019
Il faut connaître son Histoire quand on regarde Dans la brume : c’est une URSS depuis peu dans le camp Allié que dépeint Loznitsa. Alors tout le monde est un peu dans la brume : qui est qui dans ce front diffus et piqueté de résistants ? Comprenez : ceux qui n’avaient pas changé de camp et que les exécuteurs appellent les lents d’esprit.
Malheureusement, il n’y a pas que l’esprit de lent et Loznitsa demeure pour moi un réalisateur insupportable – pourtant je suis très tolérant vis-à-vis du cinéma qui prend son temps. Il y a une limite à ce qu’on peut faire subir d’inaction, et il la franchit avec une multitude de scènes qui n’ont que la photographie et une poignée d’acteurs extrêmes pour tenir le coup. Il faut tout de même louer l’inconfort et l’effort physique qu’ont dû fournir les interprètes dans cette épopée militaire froide (dans tous les sens du terme) qui fait craindre l’escarmouche sur un front trop vaste.
On ne peut pas juger un film parce qu’il est minimaliste, surtout quand la dureté minutieuse du tournage est visible à chaque instant, mais c’est une légitimité critique largement héritée du fait que le vide est volontaire et vraiment intenable.
Mise en scène assez impressionnante, le tout premier plan séquence en est un exemple. Une image formidable, contres jour nocturnes avec la lune. Bruits de la forêt subtilement transmis. Des personnages taciturnes qui laissent du temps aux silences. Casting réussi, avec des acteurs très crédibles. J'ai beaucoup aimé cette histoire fournie de tensions typiques des temps de guerre. Très fort; hautement recommandé.
Alors, quand on lit dans les critiques "Une fresque magistrale, d'une lenteur calculée, d'une ampleur majestueuse" (Le Figaro), "Superbement mise en scène et photographiée, la chose s'étire inconsidérément" (Le Nouvel Obs), "Beau, âpre et implacable, "Dans la brume" évite l'écueil de l'ennui grâce à l'efficacité glaçante de ce qu'il donne à voir" (Les Fiches du Cinéma) ou "Aride, "Dans la brume" repousse les limites physiques du spectateur par sa forme" (Excessif), on devine bien que ce film de 130 minutes ne va pas avoir le rythme de "Skyfall" ou de " The Dark Knight Rise", ou, pour rester à l'Est, de " Tsar". Quand on lit par ailleurs la profession de foi de Sergeï Loznitsa : "Je pense qu’il est nécessaire pour un cinéaste, ou tout artiste, d’établir une distance avec le sujet dont il traite. C’est une étape nécessaire pour contrôler sa matière, sinon l’émotion prend le dessus et les puissances de la raison et de la création sont mises en péril. En physique quantique, c’est que l’on appelle le principe de superposition", on en a confirmation : on n'est pas menacé par la facilité.
Le film commence par un plan séquence assez virtuose : d'abord cadrée en plan fixe sur un baraquement, la caméra se met en mouvement pour suivre trois hommes escortés par des soldats allemands et des miliciens biélorusses avec en arrière-plan une composition fouillée, puis les quitte pour s'attarder sur des détails : les miliciens qui repoussent violemment la femme d'un détenu, un soldat allemand qui embarque des œufs dans son casque, alors qu'on entend la déclaration d'un officier collabo, jusqu'à ce que la caméra s'arrête sur une charrette pleine de carcasses de viande et que retentisse hors-champs l'ordre : "Pendez-les !" Ce plan d'ouverture qui se place d'emblée au niveau des plus grands ("La Soif du Mal", "Short Cuts", "Snake Eyes") est malheureusement le seul à avoir cette complexité. Dans la suite du film, on a bien de nombreux plans séquence, mais qui se contentent de suivre de façon linéaire et quasiment en temps réel la progression des trois hommes dans la forêt.
Je ne suis pas un adorateur des montages clipesques et du rythme pour le rythme. Je suis le premier à approuver quand des réalisateurs comme Khéchiche, Malick ou P.T. Anderson laissent une scène s'étirer pour aller au bout de sa tension. Mais là, le sentiment au début légèrement hypnotique laisse très vite la place à l'ennui, si ce n'est pas l'assoupissement, d'autant plus que tout adopte ce tempo larghissimo : le déplacement des personnages qui semblent tous souffrir d'arthrite, les dialogues qui rendraient Droopy hyperactif, et même les flashbacks qui s'étirent eux aussi, et dont seul le deuxième apporte quelque chose à la compréhension de l'intrigue.
La suite sur Les Critiques Clunysiennes http://www.critiquesclunysiennes.com/
La seconde réalisation de Loznitsa (déjà auteur de My Joy) est d’une beauté visuelle froide et âpre. Une œuvre tragique et dramatique qui ne laissera pas insensible. Mais la lenteur parfois trop présente et parfois un peu indigeste vient gâcher un peu le plaisir de cette œuvre à l’ambiance glaçante.
My Joy contenait mieux que des promesses quant au supposé talent de Sergei Loznitsa. Davantage en termes de mise en scène, puissante et viscérale, que de maîtrise du scénario, singulièrement opaque. Dans la brume se situe plusieurs crans au-dessus, confirmant, quel euphémisme, que l'on affaire à un très grand cinéaste, exigeant certes, mais dont les qualités de réalisateur sont difficilement contestables. Après une ouverture d'anthologie (admirez la profondeur de champ !), le film suit pendant plus de deux heures trois hommes qui s'enfoncent peu à peu dans les vastes forêts de Biélorussie, alors que la région est contrôlée par les troupes allemandes, durant la seconde guerre mondiale. C'est à une fresque intime, en forme de chant funèbre, que nous convie Loznitsa, d'une ampleur intérieure inouïe, la violence restant hors champ. La lenteur étudiée du récit envoûte et dévaste peu à peu. Les flashbacks, consacrés à chacun des protagonistes, participent à l'entreprise de manière subtile éclairant le propos et le renforçant. De voir ce que réussit à faire Loznitsa, sans ostentation esthétique, en évoquant de manière métaphysique la victoire de l'ombre de la mort sur la lumière de la vie, est simplement prodigieux.
Un film qui porte un nom dont on suscite l'intérêt que vaguement pendant 2 heures pour finalement comprendre une chute très cruelle et poétique si l'on peut dire. En effet, ce film a une allure photographique soignée et contemplative d'une certaine légèreté de mouvement dans l'action qui se déroule devant nos yeux et qui ne peut empêcher de dévoiler la perversion lente d'exécutions entre deux camps : La Russie et l'Allemagne. Située dans une forêt sombre et sous silence, l'intrigue est jetée dès le départ avec un plan séquence très bien ajusté où seul le son peut nous guider dans la compréhension de la scène. S'en suis une mise en scène où nous devons faire l'effort de situer chaque personnage, dont le principal peine à se mettre en valeur; de situer chaque situation et d'en découdre progressivement l'attente que l'on peut espérer s'écourter à tout instant. Malheureusement, le réalisateur a juste voulu nous peindre une photographie aussi juste dans la réalité visuelle que dans la durée. Et, c'est bien cela qui va causer un certain ennui que l'on voudrait chasser car pourtant, le montage rappelle la forme Tarantinesque de " Pulp Fiction " où les actions sont chronologiquement désordonnées. Mais, le temps que cela prend d'arriver au bout d'une action nous fais perdre vite le fil parfois. C'est bien dommage, car chaque action est très bien située dans la narration et suscite en nous un réel intérêt et un réel questionnement. Sans la révéler, je félicite une fin très bien scénarisée et soulignée d'une belle mise en scène ou le nom du film prend toute son ampleur.
Ceux qui n'aiment que le cinéma trépidant, ceux pour qui, dans un film, il faut que les plans se succèdent à un rythme effréné, ceux-là feront bien de s'abstenir: ce film n'est pas fait pour eux! Ils manqueront cependant un joyau, un film à la fois beau et âpre, un film qui prend son temps certes, qui aime s'attarder, scruter, mais pour nous raconter la plus terrifiante et la captivante des histoires. Nous voici dans la campagne biélorusse en 1942. Le premier plan du film, inoubliable, étonnant, nous montre des soldats allemands conduisant au gibet trois hommes. Ils sont pendus hors champ, mais qui sont-ils? Qu'ont-ils fait? La suite nous l'apprend: ils sont coupables de sabotage! Mais on apprend aussi et surtout que leur complice Souchénia a, lui, été épargné et libéré par les nazis. La conséquence est évidente: on soupçonne ce dernier d'être un traître. Deux partisans viennent donc le chercher dans sa ferme et l'emmènent dans la forêt pour l'abattre. On découvrira rapidement que Souchénia n'est pas coupable de ce dont on l'accuse. Mais comment prouver son innocence? La suite du film, au moyen de quelques flash-back, sonde toute la complexité des êtres. Qui sont les innocents? Qui sont les coupables? La guerre peut-elle laisser qui que ce soit indemne? Sans grandiloquence, mais avec beaucoup de précision, le réalisateur invite à réfléchir à toutes ces questions, et ce sans jamais lasser le spectateur, car chaque plan du film est à la fois superbe et oppressant. Les nombreux plans tournés dans la forêt m'ont rappelé "L'enfance d'Ivan", le beau film d'Andréi Tarkovski. Grand film donc que cette oeuvre de Sergueï Loznitsa, dont beaucoup de scènes me hantent encore. Comment oublier, par exemple, Souchénia portant sur son dos le cadavre de celui qui devait l'abattre mais qui, au moment d'appuyer sur la gâchette, a été lui-même la victime d'une embuscade? Il y a presque quelque chose de christique dans cette scène-là! Tout est filmé avec le plus grand soin, et en laissant hors champ quasiment tous les actes de violence. Enfin un réalisateur qui ne se croit pas tenu de tout montrer mais qui parie sur l'intelligence du spectateur!
C’est le deuxième long-métrage de fiction de Sergeï Loznitsa, après My Joy (2010). Présenté au festival de Cannes en 2012, il y a reçu le Prix de la critique internationale (Fripresci). L’histoire, adaptée d’un roman de Vassil Bykov, V tumane, brosse un tableau de la guerre de 1939-1945, côté biélorusse, côté rural, avec ses occupants allemands et surtout sa population locale, fortement divisée dans un contexte qui met à mal les liens sociaux. Mais l’ambition du réalisateur n’est pas de se livrer à une ample reconstitution historique. Il donne au récit une orientation intimiste via le portrait de trois hommes, Sushenya et les deux résistants venus l’exécuter, qui font l’objet de trois flash-back expliquant leur situation présente. Trois rapports différents à la guerre et à l’engagement. Le portrait du personnage central, Sushenya, est le plus intéressant : homme simple, innocent meurtri, embourbé dans une situation cruelle, aussi injuste qu’inextricable, et qui se lance dans un chemin de croix pathétique… Où il est question d’honneur, de morale, de culpabilité. L’acteur Vladimir Svirskiy, avec son regard abattu ou embué de larmes, est particulièrement touchant. Côté réalisation, on apprécie certains plans-séquences, l’esthétique « forestière » (jolie photo au fond des bois) et une façon singulière de diffuser une tristesse brute et quasi muette. Cette qualité artistique et cette sensibilité sont malheureusement un peu plombées par des choix radicaux et austères : absence de musique, extrême lenteur de la narration, ton monocorde… L’ensemble n’en demeure pas moins intéressant.
Eprouvant et admirable, d'une très grande beauté visuelle et servie par une des meilleure bande son qu'il m'ait été donnée d'entendre depuis longtemps. Un film qui mérite vraiment qu'on s'y attarde. Rappelons quand même que le cinéma, à l'Est, n'a pas qu'une identité qui serait restée figée depuis Eisenstein. Il serait plaisant que parfois les distributeurs français soient plus audacieux et ne se limitent pas à nous servir des films pour cinéphile en mal d'image d'Epinal...
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1,0
Publiée le 18 octobre 2020
Le film est composé presque entièrement de scènes d'une durée généralement de plusieurs minutes chacune sans pratiquement aucun montage. Ce qui signifie une absence presque complète de grammaire cinématographique normale. S'il faut 2 minutes à quelqu'un pour penser à quelque chose à dire c'est exactement ce que vous verrez. En fait vous obtenez 2 ou 3 personnages debout et regardant en silence entre de brèves lignes de dialogue. Pour plus de variété ils s'assoient et regardent parfois. La moitié du temps vous regardez l'arrière de la tête de quelqu'un pendant des minutes ou écoutez quelqu'un parler hors écran. Parce que tout est montré à partir d'une seule position de caméra et qu'il n'y a pas d'édition. Vous verrez des personnages regarder quelque chose pendant une minute entière avant que le film ne vous montre enfin ce qu'ils regardaient. Mon expérience de visionnement est passée de l'intrigue à la confusion, à l'espoir, à l'impatience à la contrariété et enfin à une sorte d'ennui exaspéré. Le jeu des acteurs n'est pas mieux. Pratiquement tout le monde parle d'une voix lente et monotone que la situation soit détendue ou tendue. Ce n'est pas le stoïcisme des personnages qui essaient de contrôler leurs émotions. Non ils sont simplement robotiques pendant tout la durée du film...
Au départ on n'y comprend rien Au centre d'un village, un jour de marché, trois résistants soviétiques sont pendus par la Wehrmacht Puis, sans transition, au fond des bois, deux soldats de l'armée rouge cheminent lentement vers une cabane abandonnée. Ils y trouvent un homme, lui demandent de les suivre et s'apprêtent à l'exécuter. Il faudra un moment avant que les morceaux du puzzle de l'histoire se mettent en place : Souchenia, le paysan sur le point d'être exécuté, avait été arrêté avec les trois camarades voués à êtres pendus et relâché par les Allemands afin de tendre un piège à l'Armée rouge qui viendrait lui demander des comptes. Lorsque le piège se referme et qu'un des deux soldats soviétiques, que peut faire Souchenia ? S'enfuir au risque de retomber entre les mains des Allemands ? rester auprès de l'autre soldat soviétique qui veut l'exécuter ? Dilemmes moraux incarnés avec une âpre lenteur dans la forêt biélorusse noyée dans la brume. Ce film d'un réalisateur ukrainien exilé en Allemagne a la beauté grave des romans russes. Son héros semble porter sur son épaule tout le poids de la douleur du monde. On souffre avec lui.
Autant on trouve quelques fulgurances et quelques plans magnifiques, autant on s'ennuie pas mal quand même. S'il est vrai que l'histoire est belle, et le réalisateur manifestement doué, tout est fait pour garder le spectateur à distance du sujet, pourtant poignant. Le jeu des acteurs est extrêmement sobre, le montage très lent, aucune musique, aucun effet superflu de mise en scène. Alors on admire l'intégrité du gars et la radicalité du film. Mais bon. Pour moi ça va trop loin.
En fait je pense qu'on regarde ce film par hasard, on tombe dessus quoi ! L'histoire n'est pas banale, car c'est en fait une histoire surement commune mais qui ne fera jamais un blockbuster. Bref au début c'est lent à se mettre en place, on ne comprend pas où le metteur en scène veut nous emmener. C'est lent mais on voit de jolis paysages et c'est très bien filmé. Dans une 2ème partie les choses se mettent en place, on rentre dans l'histoire et on comprend l'identité des personnages. Ensuite il y a les flashbacks, cela fonctionne pour le 1er d'entre eux mais plus ensuite à mon avis. On retombe dans quelque chose d'assez plat. La fin quand à elle même si elle n'est pas magistrale est néanmoins forte. On aurait préféré une autre fin surement. On compatit pour le personnage principal qui est un symbole d'injustice comme il y a du en avoir des milliers.
Le terrible portrait d’hommes livrés à des choix éthiques cruciaux. Malheureusement, le récit traîne la patte, la caméra s’attarde pesamment, voulant saisir une vérité qu’elle finit par diluer dans l’ennui.