Il s’agirait donc ici de l’avant dernier film dans la carrière prolifique de Steven Soderbergh, cinéaste caractérisé principalement pour son inégalité, capable du meilleur comme du pire. Effets secondaires, de but en blanc, se situe dans la catégorie du meilleur, au même titre que le très explicite Contagion, à des années lumières du misérable Piégée. Soit, la critique n’aura pas été charmée par l’aspect très lisse d’Effets secondaires, son coté téléfilm, mais toute de même, comment jeter la pierre au cinéaste alors qu’il s’efforce ici de rester très terre à terre en traitant d’un sujet primordial, en terme de santé publique, aux Etats-Unis. Alors que l’antidépresseur prend d’avantage la place d’un antidote que d’un remède dans une société de plus an plus détraquée, Soderbergh s’amuse a en démontrer le coté néfaste. C’est du moins ce que le pitch laisse penser.
Sur ce fait, le cinéaste construit un thriller que d’aucun jurement trop traditionnel. Quoiqu’il en soit, l’aspect financier, en surplus de la problématique médicale, font d’Effets secondaires un triller très fortement documenté, comme pouvait l’être contagion dans la catégorique de film catastrophe. Très lisse, soit, très ronflant, mais encore, Effets secondaires est aussi un film très mature, très soigné. Soderbergh s’acharne parfois à développer des sujets qui tombent littéralement à plat, Piégée ou encore Girlfriend Experience, mais il parvient souvent, comme ici, à traiter la fiction d’une manière si naturelle qu’il en deviendrait presque un documentariste au sein d’un cinéma populaire et accessible.
Non pas que son film soit destiné à tous, non pas qu’il soit le fruit d’une écriture laborieuse ni même nécessitant d’astronomiques moyens techniques, il est simplement un film intelligent et honnête, sans prétention aucune. Par ailleurs, le casting, principalement Judd Law et Rooney Mara, est excellent. La belle demoiselle, actrice montante mais relativement discrète, porte sur l’une de ses épaules un film, dont elle partage le poids avec son compère, qui l’amène à devoir poursuivre dans la voie de la femme mystérieuse, comme elle pouvait l’être chez Fincher. Qu’elle s’illustre comme étant joyeuse ou triste, son jeu est toujours très juste, émotionnellement juste. Quand à Judd Law, souvent très inexpressif, il interprète, paradoxalement, l’un de ses personnages les plus réactifs, actifs ou énergiques.
Traiter la psyché par la chimie est un thème de société très à la mode. La fraude fiscale également. Soderbergh frappe juste sur deux terrains d’actualité, ajoutant à son œuvre une pointe d’érotisme, un brin d’intrigue policière, n’offrant à aucun de ses personnages, bien heureusement, la possibilité d’en faire trop. Tout est sous contrôle du cinéaste qui dicte un rythme parfois un peu lent mais qui permet de s’imprégner pleinement du cadre. Habilement documenté, l’ami Steven parvient à faire ce que peu de ses confrères son capable, ennuyer pour divertir. Oui, s’il n’était pas aussi riche en information, s’il n’était pas aussi bien filmé et interprété, Effets secondaires ne serait rien d’autre qu’un film profondément ennuyeux. 15/20