Petit coup de gueule contre ce film récompensé en mai dernier par la Caméra d'Or 2012 au festival de Cannes et qui, dès lors, a été porté aux nues par l'ensemble de la critique professionnelle. Ce film apocalyptique est en effet présenté comme une fable naturaliste, symbole de la résistance des opprimés face au monde moderne et leur volonté de conserver un mode de vie proche de la nature et des émotions les plus primitives afin - je suppose - de dénoncer cette société qui corrompt l'homme et l'éloigne de son "état de nature". Eh bien, détrompez-vous, ne vous fiez pas à cette affiche enchanteresse ainsi qu'à toutes ces critiques dithyrambiques car si vous cherchez toute forme de lyrisme dans ce film, vous risquerez d'être forcément déçu. L'univers dans lequel Hushpuppy évolue est brutal, sauvage et solitaire. Même si le réalisateur ne cherche pas à cacher le caractère rude et cru de ce bassin, de ces bayous de Louisiane et de tous les êtres qui y vivent (l'esprit même du film et de ses personnages restant finalement fidèle à son titre) , cette nature farouchement défendue n'est à aucun moment magnifiée, se résumant à un vivier grouillant. Malgré l'hostilité même que représente cet environnement avec la montée des eaux, les derniers habitants de ce bassin semblent faire preuve de solidarité dans leur aliénation en refusant de quitter un lieu qui semble en pleine putréfaction, renforçant ainsi le côté a priori amoral du monde vivant. En ce qui concerne les rapports qu'entretiennent Hushpuppy et son père, bien que non dénoués d'amour, ceux-ci se rapprochent davantage de rapports géniteur/progéniture, mettant en exergue leur animalité. En effet, Wink, le père, gravement malade, cultive une certaine distance et brusquerie vis-à-vis de sa fille afin que celle-ci apprenne à ne dépendre que d'elle-même une fois que celui-ci aura disparu. La situation cataclysmique et la frénésie collective de cette poignée d'hommes, de femmes et d'enfants rendent l'atmosphère de ce film pesante, glauque et inconfortable, prenant le spectateur en otage et ne lui laissant pas de véritable piste de réflexion. De même, bien que le film mette en vedette un enfant n'indique pas pour autant que celui-ci est visible par tous, je pense que Les Bêtes du Sud Sauvage est fortement déconseillé aux plus jeunes tant les images et les propos du film sont crus voire sans concession. Au final, ce film est davantage empreint d'un mysticisme lugubre que de quelque forme de lyrisme que ce soit.