Un bouche-à-oreille plus qu'encourageant a toujours de quoi susciter une attente démesurée chez les spectateurs, en particulier lorsqu'il s'agit de Comédies Françaises – remember les succès « surprises » de « Bienvenue chez les Ch'tits » et « Intouchables », tous deux lancés en grande pompe par des avant-premières bien fructueuses.
C'est donc avec une envie qui démange que nous découvrons aujourd'hui « Les Gamins », premier film du novice Anthony Marciano très bien reçu dans les salles où il fut projeté avant sa sortie nationale sur le territoire.
Synopsis Allociné : Tout juste fiancé, Thomas rencontre son futur beau-père Gilbert, marié depuis 30 ans à Suzanne. Gilbert, désabusé, est convaincu d'être passé à côté de sa vie à cause de son couple. Il dissuade Thomas d'épouser sa fille Lola et le pousse à tout plaquer à ses côtés. Ils se lancent alors dans une nouvelle vie de gamins pleine de péripéties, persuadés que la liberté est ailleurs. Mais à quel prix retrouve-t-on ses rêves d'ado ?
La Comédie Française, un genre hélas entaché ces derniers mois par une dramatique série de bouses infâmes, tout juste rattrapée par le freelance nommé « 20 ans d'écart ». Devoir de réhabilitation pour Anthony Marciano donc, épaulé de la plume du jeune premier Max Boublil, dont les débuts d'acteur reconnu dans le choral « Des gens qui s'embrassent » promettaient une carrière potentielle.
Max Boublil scénariste, Max Boublil acteur. M'ouais ! « Les Gamins » se propulse comme un « American Beauty » à la française – le père en pleine crise de la quarantaine, le beau-fils fumeur de pétards qui sympathise avec l'autorité parentale masculine, la cellule familiale en plein marasme – pour ensuite sombrer dans la vulgarité, la prétention, la facilité, la misogynie, l'immaturité et l'hypocrisie, se digérant enfin comme du Marc Lévy cinématographique à deux balles, tout juste bon à faire marrer quelques djeun's décérébrés.
Vulgaire lorsque l'humour promis se gaufre dans des vannes pipi – caca – sperme pas drôles, honteusement piquées chez les confrères américains Farrelly Brothers / Judd Apatow, dont la force réside avant tout dans le goût de la démesure pour mieux appuyer le propos, formule nullement appliquée ici, ou à peine lors de quelques dialogues croustillants entre Chabat / Boublil.
Bling-bling d'autre part, avec des gags écrits pernicieusement dans l'intention (malsaine) de faire rire le spectateur tout en frottant son argent, des € plein les yeux. Le rêve d'une vie abracadabrante exaucé par une carte gold scintillante ? Pour situer cet état d'esprit, citons en guise d'exemple deux séquences bien probantes : tout d'abord, celle du clip – single de la gamine, shooté au Maroc, certes un peu fou fou, mais qui tourne en dérision le starsystem et la télé-réalité de la manière la plus pédante, hypocrite et puérile qui soit. Une escapade paradisiaque pour l'équipe de tournage, voilà tout. L'insupportable itinéraire du héros qui veut à tout prix percer dans le milieu du showbiz et qui « performe » sa success story grâce à l'appui d'une vieille légende du rock mondial (que vient-elle branler là d'ailleurs ?) donne incroyablement la gerbe.
Seconde illustration : la scène avec la fausse racaille du 16è qui vend du shit.
L'immaturité, revendiquée dès le titre, transparaît, quant à elle, dans le fond de l'histoire, très « gamine » quand on y réfléchit, de deux ados (comme le réalisateur sans doute?) en quête d'une jeunesse éternelle. Waouh, quel script ! La promesse d'une 'rom-com' originale est en plus évaporée par le traitement social convenu du long métrage, sans saveur, sans rebondissements, aux clichés misogynes (les personnages féminins hyper caricaturaux et pas rock'n'roll pour un sous, qui veulent à tout prix s'engager dans une vie conjugale plan plan, bin voyons!). On préfère nettement la sensibilité d'un Apatow et de son mode d'emploi de la quarantaine.
Apothéose de la connerie lorsque les rouages du film de potes timbré deviennent ceux d'une romance ultra pépère et mièvre qui vogue en eau douce – le rachat de bonne conduite auprès de la dulcinée grâce à quelques fleurs, une chanson et une déclaration d'amour forcément publique, forcément barjo.
Quand au fameux « Grand Retour » du Nul Alain Chabat annoncé partout dans les médias, quel mensonge. L'acteur – réalisateur français, au départ fun dans un espèce de passage de flambeau plutôt sincère rappelant la grande époque « Didier » / « La Cité de la peur », se décrédibilise totalement dans une seconde partie carrément moins sucrée, où son personnage, devenu beauf entre temps (Fabien Onteniente, sors de ce corps !), porte un Marcel ridicule ou un short court sensé faire homo. Puisqu'on en est à parler casting, gageons le mauvais jeu d'acteur de Max Boublil, benêt au sourire eXtra-Large, qui fait pourtant quelques efforts appréciables pour assurer le minimum syndical. Seule bonne surprise du générique : Sandrine Kiberlain, décalée et drôle, comme toujours. Encore que condamnée à quelques farces répétitives, dommage !
Pour finir, la BO, chantée par la chorale Saint John's International School reprenant plusieurs titres célèbres est entièrement à l'image des « Gamins » : agaçante passée les quinze premières minutes de bobine.
Bilan : « Les Gamins », comédie transgénérationnelle parée à BOTOXer nos zygomatiques pour les vingts prochaines années ? Pas vraiment … plutôt malheureux un coup d'épée dans l'eau. Épaisseur inversement proportionnelle au degré potache ?