UN FILM PRENANT, PALPITANT ET QUI A QUELQUE CHOSE A NOUS DIRE…
Film de genre à petit budget série B, il fait surgir un questionnement profond en brisant les coventions. Et cela une certaine critique n’aime pas cela… Mais pas du tout !
Car DeMonaco interroge les vanités humaines et la réussite sociale. Avec un talent hors pair, il inspecte les tréfonds les plus sombres de la société américaine... Cette obsession des armes, cet appel constant à la violence, ce désir de dominer l’autre, l’individualisme, la toute-puissance de l’argent, le puritanisme bien-pensant. Et il pointe aussi le rôle de l’état dans une société soumise au capitalisme ultralibéral où le souci de l’autre est très subalterne.
Bien qu’ici la violence soit totale, le réalisateur nous épargne les effets sanguinolents et gores, pour nous offrir un « Halloween » délirant, faisant parfois référence à Orange Mécanique avec, compte tenu du petit budget de ce film, un talent consommé… Pour faire chic et pro on dira qu’il s’agit d’un film s’inscrivant dans la la lignée des houses
Mais d’abord repérons ceux qui ont, en quelques phases, assassinés cet « American nightmare » bien foutu : TF1 News, Télérama, Ecran Large, Critikat, les cahiers du cinémé, Charlie Hebdo… On constatera que ce sont les mêmes qui portent aux nues les produits coûteux (on ne peut parler ici de films) de réalisateurs à très gros budget vides et creux. On devine leur motivation profonde... Ils bataillent pour conserver leur embonpoint en défendant la grosse artillerie commerciale amerloque !
Car ces nantis détestent tout questionnement sur le rôle de l’état dans la société américaine où le souci de l’autre est subalterne. Surtout s’il surgit par l’intermédiaire d’une claque jouissive assénée sous forme d’un thriller horrifique !
Et DeMonaco de s’interroger sur les vanités humaines, sur la réussite sociale qui se fait au détriment des faibles et des rejetés avec un talent hors pair. Car au travers de ce métrage il inspecte les recoins les plus sombres de l’âme humaine... Mais ici, selon ces apologistes du conventionnel, le propos est trop sommaire, trop simpliste… Sommaire, simpliste… Entendre cela par les défenseurs d’un cinéma commercial militant pour l’idéologie amerloque cela est trop fort ! Des mecs qui louangent les « produits » de Verhoeven, Zemeckis et, leur Dieu, Tarantino !
Ici, avec cet « American nightmare » rien à voir avec le cinéma commercial : les poncifs et les grosses ficelles sont oubliées… Le préambule du film et sa conclusion en voix off en témoignent… Et bien que la violence soit totale, le réalisateur nous épargne les effets sanguinolents et gores, pour nous offrir un « Halloween délirant », faisant référence à « Orange Mécanique »… un film ficelé malin, compte tenu de son petit budget…
Pour ceux qui trouvent le pitch du film débile : point n’est besoin d’une journée de « purge » institutionnelle pour que soient massacrés les pauvres, les faibles, les délaissés du monde moderne… Les barbares sont déjà parmi nous : ceux qui décident de déplacer manu militari les sans papiers de Sangatte, ceux qui envoient des bulldozers sur les camps miséreux des Roms, ceux qui vendent des armes aux dictateurs et à leurs opposants, les va en guerre qui ne mouftent pas devant les massacres résultant d’une « purge » qu’ils ont organisé, en Libye par exemple ; ceux qui se battent pour maintenir la vente libre des armes aux USA ; les financiers qui spolient les peuples en les faisant crever de faims au nom du capital… La « purge », elle, a bien lieu tous les jours ! Et nous ne bougeons pas plus que le héros petit bourgeois, bon chrétien, bon père de famille et qui vend des systèmes de sécurités aux beaufs qui le jalousent parce qu’il se fait un fric fou sur leur dos… Alors, ces frustrés sont tout contents de cette journée «nationale » où le crime est permis !
DeMonaco tire à boulets rouges sur le fonctionnement même de nos sociétés occidentales. Et pointe du doigt l’exclusion sociale, l’intolérance face à la différence ou encore la banalisation d’une violence en partie induite par la libre circulation des armes, phénomènes en pleine recrudescence depuis le début des années 2000. Et ça énerve! Forcément ! On a tous nos « têtes de turc » !
« American Nightmare » vise les adeptes et serviteurs zélés de l’économie libérale qui « engraissent » au détriment des catégories plus modestes. Bizarre pour un réalisateur dont le patronyme évoque l’une des plus importants paradis fiscal ! Economie libérale qui pollue la société en faisant accepter, via les médias, quasiment n’importe quoi : la vente libre des armes, le nationalisme érigé en mystique, les certitudes et les dogmes !
Le protagoniste principal du film en est d’ailleurs l’archétype. Numéro 1 des ventes, faisant fortune dans les systèmes de protection généré par « la purge », celui-ci est brusquement mis à mal par le dispositif dont il soulignait l’utilité à ses gogos de clients sans en connaître la réelle efficacité…
Dans une société obsessionnelle où l’individu est appelé à libérer ses instincts primaires via des stimuli/détournements : thrillers « pan-pan », sport spectacle, jeux télévisés débiles, nationalismes exacerbés, dogmatisme normatif et institutionnel, on peut craindre une dérive telle que celle décrite dans le métrage de DeMonaco… Lucidité ! Une réponse qui pourrait sembler délirante, mais qui tellement attendue, espérée même par la fameuse « majorité silencieuse » celle qui sort ses bâtons pour casser du « différent » à la moindre occasion : match de foot, descente de milice, échauffourée inter-clanique! Ceux-là sont tout prêts d’accepter des « purges » pour pallier aux maux dits «inadmissibles» que sont la pauvreté étalée dans la rue, les crève-la-faim qui essaient de trouver chez nous le bout de gras et la délinquance des quartiers à 75% de chômage … Et qui aurait le mérite de faire marcher le petit commerce et le marché déréglementé… Celui des armes par exemple! Ca a si bien « fonctionné » il y quelques décennies… Et ça repart doucement, insidieusement. On voit les chiffres des violences antisémites, racistes, homophobes… monter, monter, monter… Et le pire c’est que l’on s’y habitue !
Une journée de « purge ? Le pied pour les dominants, les puissants, les extrémistes ! Ils pourraient tranquillement et légalement se débarrasser des ceux qui les gênent : les indigents, les « différents », ceux dont les cheveux ou le taux de mélanine n’est pas dans la norme européenne, et ceux aussi qui n’adhèrent pas aux religions normées. Bref, de tous ces gens qu’ILS définissent comme vivant au crochet de l’état ou dangereux pour celui-ci. Des demi hommes ! Oh la belle société bien policée ! Le rêve : chacun possède son petit pavillon et sa verte pelouse, sa femme bonne maîtresse, son chien, son poisson rouge et le père travailleur exemplaire s’entraine au tir chaque week-end, gardant chevillé en lui la certitude que Dieu est à ses côtés !
Hélas le vernis craque parfois et c’est ce que montre ce petit film exemplaire… Sous la respectabilité se dissimulent les désirs les plus abjects…
C’est pour tout cela que j’aime le cri d’alerte intelligent de DeMonaco … Bien plus profond que ne le laissent entendre les beaufs droits comme Artaban dans leurs bottes cloutées !
Et techniquement parfait. Bon scénario, belle prestation des acteurs, montage réussi et photographie talentueuse. Unité de lieu, de temps, d’action : l’empreinte des classiques et… dub manque de moyens. Le génie du réalisateur c’est d’avoir transformé cet handicap en plus !
Maintenant il est temps de libérer la bête… Que la tuerie commence !