Oh p*tain de...
Telle fut ma réaction à la fin de Filth, film sorti tout droit du Royaume-Uni mais pas encore sorti chez nous (alala j'adore Metropolitan...), bien qu'attendant ce film avec une certaine impatience (et que je devais aller voir au cinéma lors de sa sortie... si sortie il y a), ma surprise fut énorme, alors comment vous résumez ça en quelque mo... CE FILM EST UN CHEF D'OEUVRE !!!
Comment s'attendre à cette claque monumentale ? Comment peut-on se douter que ce long-métrage sera le premier gros coup de coeur de cette belle année 2014 ? Un indice, peut-être, pourrait nous mettre sur la voix, cette indice se trouve au générique du début et porte un nom : Irvine Welsh.
Vous le connaissez forcement par le biais d'au moins une de ses œuvres, la plus connue étant Trainspotting adaptée en film par l'anglais Danny Boyle où il fait d'ailleurs une apparition en dealer de suppos d'opium qui mettra par la suite le jeune Ewan McGregor dans la m*rde (c'est le cas de le dire). Ca se ressent d'ailleurs extrêmement bien dans Filth qui est juste une version plus trash de Trainspotting, on retrouve toutes les thématiques de l'écrivain : l'addiction à l'alcool, la drogue et le sexe, l'amour pour le trash mélangé à de l'humour noir, des personnages détestables et empathiques
mais surtout une critique acide de L'Ecosse, pays natal de Welsh (qui n'est pas Gallois comme son nom pourrait le laisser supposer). Et dans le genre acide et méchant, le film va très loin, il commence très fort dès le générique de début où le personnage principal, Bruce Robertson, s'exclame avec fierté que les écossais sont une "race" (rien qu'employer le mot "race" en dit long sur la mentalité de l'inspecteur) de vainqueurs et qu'à côté de ça l'on voit trois clochards, bouteilles en mains, clopes en bouches avec un léger embonpoint, contredisant ainsi totalement les dires du flic ripoux. Rien que le personnage principal EST une critique de l'Ecosse, un alcoolique accro aux médocs, à la poudre blanche (et je ne parle pas de farine) ainsi qu'au sexe et qui en plus est flic en dit long sur l'état de ce pays. Les collègues policiers du protagoniste joué par James McAvoy ne veulent guère mieux, on a un cocaïnomane, un nazi, un débile mental et un gay qui ne s'assume pas aux loisirs un peu... spéciaux. Cette bande de crétins est dirigé par un pseudo-intellectuel se targuant d'avoir un poster de 2001 : L'Odyssée de L'Espace dans son bureau (qu'est ce que ce truc vient foutre-là... mystère) mais finalement pas plus fin et aussi opportuniste que les autres.
On suit donc le personnage de McAvoy, s'enfoncer progressivement dans les bas quartiers d'Edimbourg pour résoudre une affaire de meurtre apparemment commis par... la femme de Robertson.
Mais très vite le film dévie de son sujet pour réellement se concentrer sur Bruce et ses passes temps (qui se résument à faire ch*er son monde, snifer des rails de coke, se branler et harceler la femme d'un pote) mais surtout sur son passé et ses émotions. Doucement mais surement, le film glisse de la comédie caricaturale mais drôle à un drame psychologique d'un homme bipolaire ayant tout perdu, psychologique lors des hallucinations à la limite de l'horrifique de ce chère policier dérangé, hallucination le comparant à un porc (ce qu'il est) notamment, et comme si le spectateur n'avait pas compris, le générique de fin mettra les choses aux claires, avec son dessin animé horripilant et brillant car assumant totalement ce qu'il a fait précédemment. Jusqu'au final, surprenant au possible, allant dans une direction que l'on n'imaginait pas du tout.
Le film nous conte finalement l'histoire d'un homosexuel refoulé, tombé dans la drogue et l'alcool pour faire oublier ses penchants que la société rejette, une histoire particulièrement dure mais étrangement traitée de manière constamment légère, la satire et le grotesque restant surement le meilleur moyen de critiquer une société. Si ce constant décalage des genres est aussi réussi et fait de ce Filth une pépite d'humour noir, c'est en grande partie grâce à l'incroyable interprétation de McAvoy, acteur aux multi-facettes s'essayant à tout les genres, l'exemple le plus parlant étant son rôle dans Trance de Boyle où il alternait le rôle de victime à bourreau de manière assez incroyable. Son regard profond et son sourire démoniaque (brillamment mis en scène par Jon S. Baird, qui signe ici son premier film) rendent son personnage extrêmement complexe à cerner (le propre d'une personne atteinte de bipolarité). McAvoy ne prend jamais la direction à laquelle nous nous attendions tout comme le film, dont son imprévisibilité et son mélange des genres le rendent captivant de bout en bout.
Portrait d'une Ecosse dégénérée, Filth marque le premier film d'un futur grand réalisateur, en adaptant Une Ordure d'Irvine Welsh, le metteur en scène Jon S. Baird signe un long-métrage totalement foutraque et jouissif mais très limpide et intéressant dans la critique qu'il fait d'un pays intolérent et beauf. Interprété avec brio par un James McAvoy en grand forme (une habitude dorénavant) et n'ayant peur de rien, Filth nous emporte dans les méandres d'un esprit détraqué car ne pouvant pas s'exprimer dans cette société qui ne veut pas de type comme lui. Une satire forte mais qui ne tombe jamais dans la facilité, alternant de manière constante le genre de la comédie bien grasse au drame, sans que l'un empiète sur l'autre.
Un fim surprenant qui ne démérite pas la mention "coup de cœur de 2014".
Mais par contre qui ne mérite pas sa distribution inexistante de la part d'un distributeur de plus en plus pitoyable, sérieusement Metropolitan, bougez-vous un peu le c*l !