C'est d'abord un film d'ambiance magnifiquement photographié et à la mise en scène soignée (la scène de la fête est grandiose). Si Charles Boyer est étonnant dans son rôle de macho, Florelle crève l'écran de son charme et de son talent (et en plus elle chante !) Nous avons là un bon petit film sur le milieu de la pègre berlinoise (et le fait qu'ils aient tous l'accent de Paris n'a aucune espèce d'importance). La fin est malheureusement complétement ratée, le commissaire semblant approuver la pseudo philosophie misogyne du mauvais garçon.
Un mélo populiste des années 30 qui appuie tellement sur les conventions du genre que c'en est presque kitch. La composition de Charles Boyer en marlou vaut son pesant de pittoresque. Le plus curieux est l'aspect franco-allemand du film. Les décors, la photo, la mise en scène de Siodmak, les uniformes... sont typiquement germaniques. Mais les acteurs, français, parlent le "popu" parisien des années 30, les intermèdes chantés sont typiques du cinéma français de l'époque. Tout cela donne au film un coté décalé ou suspendu qui le sort de la banalité.
A peine sorti de prison, Ralph Schwartz (Charles Boyer) renoue avec son milieu de petits malfrats et, surtout, avec sa maitresse pas farouche (la jolie et méconnue Florelle). L'action se déroule à Berlin, les personnages sont allemands et leur francisation donne au film un aspect décalé et un peu étrange, impression renforcée peut-être par le formalisme de la réalisation, les cadrages et les éclairages particuliers de Robert Siodmak. Son éclectisme fait aussi l'originalité du film en même temps qu'il détermine un certain manque d'unité. "Tumultes" est simultanément un récit policier, un drame passionnel, une chronique populiste au centre desquels Charles Boyer fait une pittoresque composition de mauvais garçon à l'ancienne, rictus à l'appui. Cette multiplicité fait la valeur du film, cependant que l'intérêt, pour le sujet, reste relatif. Conjointement à une intrigue assez décousue et pas vraiment palpitante, la personnalité des protagonistes a ce côté réducteur conforme au cinéma des années 30 peu enclin encore à la complexité et aux nuances. Ainsi, les bonnes intentions du metteur en scène sont-elles quelque peu décrédibilisées par des comportements trop simplifiés ou une interprétation parfois trop appuyée.