Les geeks ont toujours la côte à Hollywood et "Pixels" (adaptation d’un court-métrage du 2 minutes 35) devait être un cadeau offert à la première génération nerd qui a connu les premiers jeux d’arcade en salle tels que Space Invaders, Pac-Man ou Donkey Kong. Malheureusement, le film s’est ramassé lors de sa sortie et s’est fait déglingué par les critiques. Et j’avoue humblement ne pas comprendre ce torrent de haine tant le film m’a paru, non seulement, très sympa mais, surtout, étonnement proche des grands divertissements d’antan, tels que "SOS Fantômes"
(filiation confirmé par le caméo de Dan Akroyd)
. On retrouve, avec "Pixels", l’esprit délicieusement décalé du film d’Ivan Reitman avec ses méchants "extraordinaires" (ici des aliens prenant la forme de personnages de jeux vidéos pixélisés), son équipe de héros totalement décalés (ici des geeks spécialisés dans les jeux d’arcade), leur statut de sauveurs d’abord critiqués puis acclamés ou encore la présence d’un compagnon issue du camp adverse (le monstre orange Q*Bert)… et ça fait du bien ! Car "Pixels" ne se contente pas de reprendre les ficelles de son illustre aîné et fourmille d’excellentes idées, tant scénaristiques que visuelles. Difficile de ne pas rire devant les messages alien, délivrés par l’intermédiaire d’images TV des années 80, la confrontation entre Pac-Man et son créateur, le (double) cadeau final offert à Eddie Plant ou encore les malheurs du Président américain qui s’éloigne considérablement des sentiers battus. Ce sont d’ailleurs ces trouvailles formidablement décalées qui permettent de nourrir le film et de transcender le scénario, dont la structure est, par ailleurs, assez basique
(on se doute bien que la bataille va se tenir en 5 manches, ce qui laisse assez peu de suspens quant à l’issue des 3e et 4e confrontations)
et dont les motivations des personnages sont plutôt déjà vues
(les héros finiront, chacun avec une ou plusieurs filles)
. "Pixels" peut, également, compter sur des personnages qui jouent à fond la carte du décalage, que ce soit le Président US humilié (Kevin James), l’imbuvable légende du jeux d’arcade (Peter Dinklage), la femme lieutenant-colonel coincée (Michelle Monaghan) ou encore le parano adepte de la théorie du complot (excellent Josh Gad). Paradoxalement, le héros du film, campé par Adam Sandler, est, sans doute le personnage le moins intéressant et, incontestablement, le moins écrit. Les seconds rôles ne sont pas en reste et réservent quelques bonnes surprises (Brian Cox en militaire grognon, Sean Bean en caporal gueulard, Fiona Shaw en Premier Ministre anglaise…). Enfin, les effets spéciaux sont formidables (les personnages pixelisés sont superbes) et confèrent à "Pixels" une crédibilité qui permet une véritable immersion du spectateur. On peut, peut-être, regretter que le ton général du film n’ait pas été un peu plus mordant (on aurait aimé voir ce qu’un Simon Pegg et un Edgar Wright auraient fait avec un tel matériau) ou encore l’évolution un peu trop convenue de l’intrigue
(comment imaginer un boss final autre que Donkey Kong ?)
. Ce serai se montrer bien dur avec ce "Pixels" dont le sort funeste au box-office restera, à mes yeux, comme une des grandes injustices de l’année.