Dire que j'ai dû rouler autant de temps que dure le film pour le voir en avant-première, voir si Kechiche allait encore une fois mettre à mal tous les autres films pour les deux ou trois années à venir.
Non mais soyons sérieux, pouvait-il en être autrement ? Qui pouvait en douter ? Qui pouvait douter que la vie d'Adèle serait un putain de chef d'oeuvre ? Le seul film qui pourrait rivaliser cette année c'est FoxFire, et Cantet qui a lui aussi obtenu la palme d'or fait pâle figure (non j'exagère, Foxfire ça déchire aussi) à côté de Kechiche.
J'ai râlé un peu pour le changement du titre, le bleu est une couleur chaude est un très beau titre, sauf qu'après avoir vu le film, certes, le bleu est une couleur chaude c'est plus classe, mais La vie d'Adèle chapitre 1&2 ça colle tellement plus.
J'ai lu la BD lorsque j'ai su que Kechiche allait l'adapter, et mouais, c'est sympa, mais trop mélo, ça ne fonctionne pas totalement. Sauf que Kechiche lui petit futé qu'il est, il vire tout le mélo, vire le côté flashback lourdingue, vire toutes les histoires sur l'acceptation des l'homosexualité par les parents d'Adèle, il vire tout. Il fait table rase. Il prend la ligne principale : une ado qui se rend compte qu'elle est amoureuse d'une fille aux cheveux bleus !
Et devinez quoi ? il n'en faut pas plus, ça fonctionne divinement bien. C'est un film qui te fait passer du rire aux larmes, de la joie à la mélancolie, comme ça, l'air de rien. Et il le fait parce que Kechiche sait diriger ses actrices. Il est actuellement le meilleur directeur d'acteur au monde, c'est incontestable. Bien que LVT ou bien Bonello ne soit pas loin derrière. Et Seydoux (qui est finalement n'est pas tant que ça à l'écran) peut râler autant qu'elle veut, ça reste un fait. Elle ferait mieux de se taire et d'être honorée d'avoir pu jouer pour Kechiche.
Mais celle qui porte le film, c'est pas Seydoux, c'est Adèle ! Et le film s'appelle la vie d'Adèle ce n'est pas pour rien, on est tout le temps avec elle, on vit l'histoire d'amour uniquement de son côté, on vit sa vie. Jamais on ne suivra un autre personnage et ça putain c'est merveilleux. Voir ces petites mimiques, ces petits regards, ces petites faiblesses, je crois ne pas avoir éprouvé autant d'empathie pour un personnage de fiction depuis… ouh depuis… ben… ben je ne m'en rappelle pas. Elle est tellement belle, naturelle, spontanée, c'est juste sublime. La voir évoluer, grandir, c'est un régal. Et non seulement je me suis attachée à elle, comme si elle existait vraiment, mais en plus je me suis totalement identifié à elle (bien que je ne sois pas gay pour un sous). Et c'est là la force du film. Tous les détracteurs qui hurlent (sans avoir vu le film et se vautrant dans leur propre ignorance) au film qui veut surfer sur le mariage gay ou je ne sais quoi, ils n'ont rien compris. Parce que l'histoire d'Adèle et d'Emma elle aurait pu arriver entre n'importe qui. Là il est arrivé que le coup de foudre soit entre deux filles. C'est la vie.
Jamais le film ne va se politiser, chercher à revendiquer des choses. Non, il montre juste la vie d'Adèle. Et ça c'est cool, on vire aussi cette partie de la BD sur la recherche de l'identité sexuelle. Adèle elle aime Emma. Emma aime Adèle, c'est tout.
Et en face d'Adèle on a Seydoux qui est d'une grande sobriété, et tant mieux. Du coup ça fonctionne vraiment bien. On a la fille qui sait ce qu'elle veut et l'autre un peu plus jeune qui se cherche.
Le film est fait de pleins de petits moments de bonheur tout simple, de pleins d'instants vrais, beaux, purs. Je pense à ce gamin qui offre à sa maîtresse des pâquerettes toutes moches. Le plan dure 5s, c'est beau, on a compris, ça suffit, c'est dans le flux de la vie. Et toutes ces scènes sur l'école n'auraient pas été là avec un autre réalisateur. Parce que Kechiche s'intéresse à la vie d'Adèle il montre sa vie. Un autre type aurait filmé une fois 10s. Sauf que là non, on y revient souvent, on la montre au travail, on la montre lire une histoire.
Et j'en viens à ce qui est génial chez Kechiche, la longueur des scènes. Putain, enfin un film qui prend le temps. Juste ça. N'importe qui d'autre aura bâclé la scène finale. Là elle dure, on est avec Adèle, dans le doute, notre coeur bat avec le sien, je doute (oui je parle d'Adèle à la première personne du singulier), j'ai peur, je ne sais pas ce qui va se passer et… (je ne révèle rien).
Et le fait que ça soit long participe à l'empathie que l'on développe pour Adèle. La pauvre qui se fait insulter au lycée, qui se fait chasser par Emma… On est là, avec elle, "non, mais vous ne comprenez pas…". Bordel, c'est prenant ! C'est la quintessence du cinéma de parvenir à faire ça. Voir même la quintessence de tout art. Qu'est ce que tu peux vouloir faire de plus après un tel film ? Tu es estomaqué, sous le choc, branlant !
Et je suis désolé, des baisers comme ça, j'en ai jamais vu au cinéma. Les baisers d'Adèle sont si vrais, si beaux.
Kechiche sait également utiliser admirablement bien la musique, surtout les deux musiques que l'on entend dans la bande annonce. J'adore ce petit morceau de percussion joué à deux moments clefs. Et bien sûr la scène de danse aux 18 ans d'Adèle.
Et là je vais cracher sur Ozon, Ozon qui se vautrant dans la médiocrité la plus crasse avec son Jeune & Jolie, qui montrait des ados "analysant" Rimbaud (comprendre par là, récitaient par coeur des âneries), et bien cette scène se fait atomiser la gueule dès le début de la vie d'Adèle. Elle lit Marivaux et on voit que les thèmes du livre rejaillissent sur elle dans la vraie vie. Que c'est grâce à la littérature qu'elle parvient à mettre des mots sur ce qu'elle a. Et si ce n'est pas le plus bel hommage que l'on peut faire à un auteur ? Bon l'hommage de l'esquive était déjà pas mal.
En tous cas c'est le genre de film que j'ai envie que personne ne voit car ils vont forcément le souiller avec leurs yeux sales, leur esprit malformé, leur mauvais goût et le traîner dans la boue.
Mais une chose est certaine, c'est un putain de grand film. Chef d'oeuvre à n'en pas douter !
Mais on a là un film universel sur l'amour, beau, vrai, pur, juste…