Adapté d’une bande dessinée, "La vie d’Adèle" est avant tout une chronique de vie d’une jeune fille. Une jeune fille que nous retrouvons adolescente, une jeune fille à la recherche d’une identité, une jeune fille qui SE cherche tout simplement. Timorée, sûre de rien, elle se laisse parfois influencer. Ainsi elle se voit poussée dans les bras d’un garçon, mais il manque quelque chose dans cette histoire. Quelque chose d’essentiel. Aussi elle choisit de rompre, assise avec lui sur un banc, sous un splendide arbre abondamment fleuri tout de rose. Bien que la scène ne s’y prête pas, le romantisme est déjà présent et marque de son empreinte cette production. La tête en proie à des questions non posées mais que nous devinons, elle va être épaulée par un vrai pote que nous aimerions tous avoir, Valentin (Sandor Funtek, parfait), lequel va être responsable sans le vouloir du vrai tournant de la vie d’Adèle. Alors qu’il n’y a rien de concret, Adèle subit le regard des gens, notamment des personnes qu’elle croyait être ses copines, par le biais d’un interrogatoire poussé et agressif, elle se voit jugée sur des apparences. Amélie (Fanny Maurin, excellente) et une de ses camarades particulièrement agressive représentent fort bien la violence du monde social, et c’est là que réside le premier vrai fond du film : l’intolérance des gens, dès lors que nous ne sommes pas dans la normalité. Je ne voudrai pas philosopher sur les sentiments, mais y-a-t’il seulement une normalité dans l’amour ? Ne tombe-t-on pas amoureux d’une personne au lieu d’une enveloppe ? Le film est basé aussi sur cette question qui ressemble plus à une affirmation qu’autre chose. "La vie d’Adèle" ne doit donc pas être vu comme un film militant sur l’homosexualité. Devant l’intolérance générale due à une certaine incompréhension, et quel que soit le monde social dans lequel évolue les deux personnages principaux (l’une tournée vers un milieu raffiné, l’autre vers un milieu plus modeste), il a fallu développer cette quête de soi, cette évolution. Cela a donné un film de 3 heures. Pourtant il existe bon nombre de longueurs par le biais de plans que je considère comme inutiles. Mais pas tous. Certains sont certes assez parlants, bien que dénués de tout dialogue et de musique. Malgré une mise en scène maîtrisée, tout en intelligence en laissant une part de dialogue au langage corporel, on fait l’impasse sur des années, sans transition aucune, et c''est un peu déroutant. Exemple : nous découvrons Adèle au lycée à l’âge de 15 ans, nous assistons d’un seul coup à ses 18 ans, et d’un plan sur l’autre, les cheveux d’Emma passent du bleu à une couleur plus académique alors qu’Adèle est devenue institutrice. Kechiche a voulu se concentrer sur l’essentiel, et c’est tant mieux. Il a su donner à son film une vraie dimension humaine, sans apparat ni fioriture, aussi réaliste que possible, y compris dans les scènes de sexe. Il propose également une kyrielle de plans propices à une belle photographie. D’accord, Kechiche sait filmer, mais certaines scènes sont entachées par des dialogues parfois quasi-inaudibles. Mon avis est donc assez partagé. Je donne pourtant ma mention spéciale à Adèle Exarchopoulos, elle qui a su interpréter avec brio tous les états d’âme qu’on peut connaître : le questionnement, les attentes, la désillusion, le bonheur, la détresse, l’espoir… la liste n’est pas exhaustive, mais elle a su tout interpréter, et ça la rend attachante avec cette petite dose de vulnérabilité. Outre ma mention spéciale, je lui adresse ainsi qu’à Léa Seydoux ma plus grande admiration quant aux scènes de sexe, plutôt crues (notamment pour la première qui a eu lieu entre elles). Ca ne doit pas être évident de tourner de telles scènes entre "action", "coupez", "on la refait", etc… Le fait est qu’elles interprètent un couple tout à fait normal, avec les aléas de la vie et la routine qui s’installe. Rien de bien nouveau en somme, si ce n’est que nous avons affaire à un couple homosexuel, en proie lui aussi aux mêmes soucis qu’un couple hétérosexuel, sauf que les sentiments sont, parait-il, démultipliés par rapport à un ménage conventionnel. Aussi nous assistons à la scène la plus intense émotionnellement parlant au bout de 2h15. Un film polémique, à l’heure de la mise en place du mariage pour tous, et qui en aura surpris plus d’un par le côté sulfureux, et qui a pourtant été accueilli à bras ouvert par la presse. Dans tous les cas, il vaut d'être vu au moins une fois.