Mr Abdel kéchische,
Au-delà des critiques, des polémiques, des affrontements, des réconciliations, il reste l’œuvre, magnifique, violente, pleine de tendresse, courageuse, en un mot « LA VIE. »
Combien il est difficile de raconter, de filmer une véritable histoire d’amour sans tomber dans la niaiserie, l’érotisme voire la pornographie. Heureusement vous avez évité ces écueils avec talent. Le jeu de rôle des deux comédiennes est magnifique, empreint d’un réalisme saisissant, la caméra à disparue, nous sommes là, un peu voyeur, nous spectateurs, troisième personnage, présent au cœur même de l’histoire. Exercice de haute voltige, toujours sur le fil du rasoir, tant dans l’émotion, le doute, l’expression des visages que le partage des sentiments. Et pourtant, même si les scènes d’amour, « trop longue à mon gout », traite d’une façon sans équivoque la passion physique entre ces deux êtres, filmées de façon esthétique et très belles, si l’amour se nourrit de la communion des corps, il se nourrit également de la narration amoureuse. Hélas, trois fois hélas Mr Kéchiche ou sont les dialogues amoureux entre vos personnages durant leur liaison. La passion physique ne peut être vue, comprise, et bien entendu admise sans heurter si belle soit elle, si elle est habillée de sentiments amoureux traduits par la parole. « Alors tu ne m’aimes plus » dit Adèle à Emma dans ce bar, seul crie d’amour du film provoqué par une désespérance, dommage, oh ! Combien dommage.
Le montage d’un film n’est certainement pas une chose aisée, il peut être même un crève-cœur, le choix de telles scènes au détriment de tel autres, soumis à des impératifs de longueur, de présentation, de compréhension de l’œuvre et autres exigences qui me sont inconnues n’étant pas du métier, m’impose d’être dubitatif et malgré tout admiratif. Pourtant le traitement des différentes époques de vie du personnage d’Adèle manque de transition, de compréhension, de fluidité. Passant sans transition d’une vie de lycéenne à celle d’une enseignante, d’une vie commune avec Emma, d’un être délaisser, à une rupture, s’attachant avec longueur sur des scènes de repas de famille, de discutions pseudo-intellectuelle sur l’art, réaliste certes mais sans grande importance. Si ce n’est pour souligner la confrontation de deux mondes improbables. Cette peur pour un réalisateur d’être toujours trop long, ( J’ai vu des films d’une heure trente qui m’en paressai quatre tant ils étaient ennuyeux et d’autres de plus quatre heures que j’ai trouvé trop cour.) « Le temps ne fait rien à l’affaire » comme dit l’autre, seule la puissance de l’œuvre compte.
Je ne sais si vous lirez un jour ces quelques lignes, ces quelques critiques, mais sachez que je reste un inconditionnel de votre travail de réalisateur, depuis vos débuts, depuis votre premier film, pour conclure ces quelques mots, Mr kéchiche osez la réalisation du troisième volet de « La vie d’adèle » votre courage et votre talent sont les forces premières de votre personne et beaucoup d’admirateurs ne peuvent se contenter de cette dernière scène : Adèle de dos, dans sa robe bleu, s’éloignant dans cette rue.
Bien amicalement à vous, Bernard ARISO.
PS : « La critique est aisée mais l’art est difficile »