Ça fait mal de noter "nul" un film français indépendant, a fortiori signé Pascale Ferran. Mais hélas, je ne vois aucune qualité à ce "Bird People" sinon qu'il est parfaitement raté. Après une introduction chorale un poil énigmatique mais longuette, ce film supposé poétique et aérien est plaqué au sol, ras de bitume, par le genre de séquence qu'on ne voudrait plus jamais voir : une réunion d'hommes d'affaire dans un bureau de la Défense, sommet de dialogue ridicule, filmée avec les pieds, d'une banalité de sitcom sans l'excuse du manque de moyens, absolument débile de la première à la dernière réplique. Abattu alors qu'il a à peine décollé, l'aéronef de Ferran ne s'en remettra pas. Dépourvu d'épine dorsale, construit sur une pauvre fausse bonne idée et lesté d'intentions envahissantes (dire poétiquement la folie de notre monde moderne...), le film se traine lamentablement, chaque minute s'écoulant comme une demi-heure. Incapable d'installer une ambiance, de sculpter un vrai climat faute de cadre, de lumière ou d'une bande-son adéquate, Pascale Ferran accumule les bêtises et les fautes de goûts, comme changer de registre sans arrêt (Amalric qui surgit de nulle part en off et aligne une litanie de commentaires aussi incongrus qu'inutiles), tartiner d'exclamations béates et redondantes - façon attraction du Futuroscope - ses séquences tremblotantes de survol nocturne ("Oooh, aaaah, ça alors, mais que m'arrive-t-il ?..."), sans oublier le couplet sur les économiquement faibles avec l'épisode Roshdy Zem et le documentaire appliqué sur le métier de femme de chambre, et va jusqu'à coller "Space Oddity" de Bowie sur le survol d'une tour de contrôle. Si ! "Ground control to Major Tom". Pauvre David. Bref, la réalisatrice se vautre dans les habituelles ornières du cinéma français d'auteur estampillé fonds d'aide, et ramasse une quasi-unanimité critique qui doit lui faire chaud au cœur, mais ne sauvera pas le film d'une déroute en salles. Elle aurait pu se contenter de faire un court-métrage avec la séquence du peintre japonais qui dessine le moineau. C'est mignon, gratuit, limite niais, mais joliment fait : prix du public garanti dans de nombreux festivals. Etirée sur plus de deux heures, cette "naïveté poétique" revendiquée devient insupportable de maladresse, on reste effaré par les efforts et les moyens déployés pour un résultat aussi lamentable, qui culmine dans une séquence finale affligeante de crétinerie. Résultat : "Bird people" est l'un des films les plus antipathiques de l'année.