David Mackenzie est un réalisateur britannique avec une carrière déjà consolidée qui vient de tourner son deuxième film américain avec Taylor Sheridan. Cet acteur de rôles secondaires est devenu un excellent scénariste après avoir débuté avec le splendide récit de Sicario. Sans démériter le travail de Villeneuve ni de Mackenzie, ce nouveau écrivain doit être remarqué et loué par sa bravoure.
Sheridan a osé de traiter dans Sicario un sujet si épineux, réel et d’actualité comme le côté caché des alliances entre les gouvernements du continent américain et les différents cartels dans cette, soi-disant, « guerre contre la drogue ». Un secret de polichinelle, mais surprenant quand on le voit être traité dans un film d’Hollywood. En plus, avec une fin si fantastique, où les spectateurs voient comment la corruption vainque.
La barre était placée très haute, mais cela n'a pas intimidé Sheridan, qui retourne très confiant avec une critique acharnée contre le système financier des USA, aux banques qui oppressent la classe basse pour se sauver eux-mêmes de leur négligente gestion. À cause d’un piège bureaucratique, deux frères risquent de perdre la ferme de son père, qui vient de décéder. Comme conséquence, ils doivent suivre un plan désespéré, mais contrôlé au millimètre, pour sauver l’avenir de leurs enfants.
Comancheria était le titre original du film: comanche, dans la langue native du tribu, veut dire “enemie de tous”. Cependant, aux USA le titre a été changé pour un autre beaucoup plus poétique, Hell or high water, qu’on pourrait traduire comme « contre vents et marée ». Ce titre capte parfaitement l’affliction qui pousse les protagonistes au crime à fin de survivre.
Le film est un neo-western dans le sens le plus simple du terme : des hommes désaxés qui parcourent les champs secs du Texas et de l’Oklahoma, un village après l’autre, avec les autorités à leurs trousses et faisant connaissance d’une poignée de personnages pittoresques. Mackenzie nous offre tout ceci et il place l’ensemble dans un cadre poussiéreux et brut, moitié chemin entre le monde agricole et l’industriel. Un cadre qui suppose l’atmosphère idéale pour le sujet que le film dénonce.
Le genre a été ressuscité la décennie dernière avec la mise à jour des frères Coen, la magnifique No country for old men. Toutefois, en comparaison, Comancheria laisse de côté les scènes d’action pour focaliser sur le drame, sur l’histoire de perdition/rédemption des délinquants, mais aussi sur la crise existentielle du sheriff qui prend sa retraire. Il peut sembler contre-productif pour un western, par contre, le résultat est réussi et cette particularité aide à tenir le ton du film, où la morale et la légalité laissent leur place au violent espoir de ceux qui n’ont plus rien à perdre.