Après un Steak (2006) pas vraiment saignant, mais porté par le duo comique Eric & Ramzy, Quentin Dupieux a précisé les contours de son univers cinématographique avec Rubber (2010) et Wrong (2012), deux succès publics et critiques qui l’ont auréolé d’un statut d’auteur. Pour évoquer la singularité de son style, mieux vaut éviter l’expression éculée « d’humour décalé », affublée à outrance au point que l’on ne distingue plus par rapport à quoi se situerait le dit décalage. Ses films témoignent de l’influence du cinéma bis au sens large : horreur, zombie, nanars, parodies, comédies de genre… le tout drapé par les ingrédients de la télévision américaine populaire et parsemé de sons électroniques, autre passion de l’auteur (plus connu sous le nom Mr Oizo quand il investit les platines). Le format bref de ses longs métrages (1h25 ici) est partie prenante de leur réussite. En effet, la succession d’incongruités et de dialogues défiant la raison sont d’autant plus recevables qu’ils évitent l’overdose. Niveau français, on ne voit guère qu’un Albert Dupontel pour nourrir une vague familiarité avec cet univers. Barré donc. Et totalement absurde. Mais prendre le parti d’un cinéma en apparence récréatif ne signifie pas oublier de mettre en scène. À ce titre Wrong cops passe un nouveau palier par rapport à ses prédécesseurs, de part sa déconstruction chronologique maitrisée, sa multitude de points de vue, sa boucle scénaristique retombant sur ses pieds. Quant à l’humour il dénote de toutes les productions hexagonales du moment, par son irrévérence, son côté crado, son absence de moralité, son goût de l’excès et plus que tout sa totale gratuité. Loin de se reposer sur le gag physique, le scénario réserve quelques répliques assaisonnées de rigueur. Les hommages plus ou moins explicites (Tarantino, Lynch) et les autocitations sont également de la partie (une mère et sa fille en train de regarder Rubber). Ajoutons à cela le casting de « gueules » dont a su s’entourer le réalisateur (également scénariste, monteur et chargé de la photographie) : aux côtés de son acteur fétiche Eric Judor, nous retrouvons des visages connus du cinéma indépendant américain, ainsi que Marilyn Manson en post-ado un brin bêta. Au-delà des qualités propres à ce nouvel opus, le plaisir cinéphilique est renforcé par la sensation d’assister, pierre après pierre, à la construction d’un édifice cohérent. Vivement le prochain pavé.