Un film magnifique avec une relecture excellente. Del Toro déplace l’intrigue en 1857, et l’intervention d’un mécène marchand d’arme : la révolution industrielle s’est davantage déployée, et avec elle une marchandisation de la guerre, qui entre en résonnance avec la course au progrès qui gangrénera l’esprit de l’inventeur. La direction artistique déplace ainsi le motif gothique traditionnel vers une relecture plus moderne, dans une approche presque cyberpunk qui permet au cinéaste de brasser ses marottes esthétiques. Le mélange opère plutôt bien, particulièrement dans les intérieurs (le laboratoire, le sous-sol), même si la CGI fait encore quelques dégâts dans les vues d’ensemble ou certaines séquences, comme la très laide spoiler: attaque des loups . Del Toro parvient à un point d’équilibre, et la greffe de ses motifs obsessionnels (la monstruosité, le gore graphique, la religiosité) se marie plutôt habilement au matériau d’origine de Mary Shelley. La photographie riche en contrastes alliée au design presque organique des formes (cercueils, vitraux, la courbe en syphon du sol du laboratoire) les grands angles sur ces intérieurs emplis comme des cabinets de curiosités génère une saturation presque écœurante, cette démesure qui va dévorer les protagonistes. L’horreur à proprement parler est quant à elle toujours traitée par le prisme des enjeux du récits : d’abord traitée par la fascination scientifique (expérience, planches anatomiques et dessins), elle évolue vers une pratique cynique (la découpe des cadavres) avant de s’incarner dans la créature, mue par une haine destructrice face au rejet du monde.
Si cette version élargit quelque peu le nombre de personnages (le rôle donné au frère, celui du mécène), tous semblent proie à la même fuite en avant : la fortune, le savoir, l’ambition trouvent leur source dans une enfance traumatique et une révolte contre la mort, la maladie, ou le sort, autant d’éléments traditionnellement dépendants de la volonté divine.
C’est là que del Toro abat sa carte maîtresse, par le contraste saisissant de deux personnages à rebours de toute cette euphorie délétère. Elisabeth (Mia Goth, parfaite), érudite et sensible, dans un sublime écrin d’étoffes, qui regarde en surplomb un monde dont elle a déjà compris la beauté et la folie des hommes. La créature, d’une étonnante finesse, dont la texture marbrée rappelle les gisants de l’Alpha de Julia Ducournau, et qui déçoit son géniteur non par sa laideur, mais sa candeur et les limites de son langage. L’action ou la débauche visuelle restent toujours au service du récit ou des dérèglements des personnages, un privilège devenu rare dans ce type de budget ; le cinéaste prend son temps pour étudier chaque interaction : l’amour déçu de Frankenstein, la répétition tragique de ses traumas dans l’éducation au forceps de sa créature, et le récit initiatique de cette dernière, lors d’une longue parenthèse enchantée où un « esprit de la forêt » ménage une place au conte de fée.
La complexité du roman est certes simplifiée dans l’empathie beaucoup plus manifeste accordée au monstre, motif central dans toute l’œuvre de del Toro. Mais le jeu complexe des relations entre Victor et sa création s’en voit aussi enrichi par de nouveaux motifs, où la question religieuse (du sens de la vie, mais aussi de l’amour du prochain et du pardon), permettant, au-delà du sublime gothique entre la créature et Elisabeth, un duo père/fils tout à fait convaincant entre Oscar Isaac et Jacob Elordi. De la table d’opération transformée en crucifix à l’étendue de la banquise, cette traque obstinée dresse un poignant tableau de la condition inhumaine, et lie à jamais l’être non né à qui on refuse de mourir à son père, éternel insatisfait de n’avoir rien su lui transmettre.
Benicio Del Toro réalise le film de ses rêves, on sent que Netflix lui a donné les moyens et la liberté pour réaliser son adaptation de Mary Shelley. le casting est excellent, les décors et l'image soignés et la mise en scène parfaite.
Difficile de choisir entre 3,5 et 4 étoiles. Les costumes, les décors, les jeux d’acteurs sont de haut niveau. Malheureusement certains effets spéciaux sont de mauvais effet par moment, ce qui déconnecte un peu l’immersion. Mais surtout, l’histoire en elle même semble inaboutie, ou du moins toutes décisions/émotions des personnages n’ont pas toujours fait sens pour moi. La scène finale aussi a été décevante : spoiler: on passe le film à se demander ce qu’il va se passer maintenant qu’ils sont face à face (en fait, ils l’ont été à plusieurs reprises) donc on s’attend à un événement particulier une véritable confrontation … et … non ! La fin laisse une sensation de « tout ça? Pour ça ? » regrettable.
Alors je suis embêté avec ce film car j'ai vécu 2 expériences au sein de la même séance. Je me suis ennuyé durant la première partie consacrée à Victor et j'ai adoré la seconde concernant la créature. Points négatifs : - musique peu attachante et pas assez mélancolique pour la seconde partie. - image un peu trop numérique à mon goût. - première partie laborieuse, on ne s'attache à personne.... Points positifs : - l'acteur qui joue la chose est phénomènal. - seconde partie terriblement addictive. - de très belles images néanmoins. Bon j'avoue avoir préféré les séquences frankenstein de la série PENNY DREADFUL mais ça reste tout de même un bon film.
Je n’ai vraiment pas adhéré ! Guillermo Del Toro es un réalisateur d’exception qui le montre une fois de plus avec une réalisation et un univers visuellement très réussi. Mais c’est bien la seule chose qui m’a plu. Le reste est vide et long, sans aucune âme ni suspens. C’est gore et sale, s js appuyer le propos. De plus j’ai trouvé le propos rébarbatif et finalement superficiel après « Pauvres Créatures ». Une occasion ratée.
Petite sieste polie devant le trop long Frankenstein de Del Toro qui décidément ne me parle plus du tout depuis la forme de l'eau. On a un film qui est long, fade, sans subtilité aucune et qui passe son temps à se regarder filmer ses décors, ses maquillages, ses costumes et qui jamais ne s'intéresse à ses personnages, à leurs relations, à comment elles évoluent. Il n'y a rien dans ce film qui ne soit pas dit explicitement, qui ne soit pas montré, remontré, par les décors, par les acteurs, par la musique, par ce qui se passe à l'écran... On a vraiment l'impression d'être pris pour un enfant. C'est un téléfilm Netflix qui est fait pour connaître l'histoire de Frankenstein en faisant son repassage et vu que les images sont zolies on a l'impression, vu qu'on est peu attentif vu qu'on fait son repassage, que c'est du grand cinéma...
Comment on peut décider de découper son film en deux parties qui sont censés aborder deux points de vues différents, pour finalement que ça ne change rien à ce que l'on comprend ou à notre vision de l'histoire ? Le rôle de Frankenstein, créateur fou, maltraitant est montré dès la première partie, à partir de là quel est l'intérêt de découper en deux de faire croire à une multiplicité des points de vue ? Avouez que c'est particulier d'opter pour deux points de vue différents et que ça ne change rien ?
J'ai l'impression que Del Toro a passé une éternité à se demander comment il allait filmer pour que ça soit beau, plutôt que de se demander ce qu'il allait filmer. On a une succession de références qui s'étalent sur 2h30, mais jamais on n'a un peu de personnalité, d'aspérité, quelque chose à se mettre sous la dent autre que ces images qui feront de beaux fonds d'écrans sur les téléphones d'adolescents, mais rien de plus. Des plans qui ne disent rien, qui n'évoquent rien... Qui sont lourds, poussifs...
Voir la créature se mettre à pleurer à la fin, j'ai tellement soufflé.
Pour un film sur la question de l'humanité, basé sur un savant fou monstrueux qui crée une créature à base de cadavre et où cette dite créature est particulièrement sexy, ça manque quand même d’ambiguïté. Vas-y, crée un trouble érotique, que sais-je, mais fais quelque chose.
On a un film qui manque d'audace, qui veut adapter fidèlement le bouquin (je l'ai lu en 6e, donc peu de souvenirs pour comparer) mais qui n'en fait rien, il ne s'en dégage rien. C'est bien poli, bien propret, ça ne pose aucune question sur la création, ses risques... Franchement avec une direction artistique similaire de créature, sur le même thème et en bien plus dérangeant autant revoir Prometheus... C'était un film qui posait des questions sur ce qu'est un créateur, son rôle, son ambition, sa relation avec les choses crées...
C'est quand même plus intéressant que ce filet d'eau tiède qui est un vide thématique et qui provoque autant d'émotions qu'un surgelé Picard.
Décidément bien accueilli chez Netflix, Guillermo del Toro continue de proposer ses nouvelles réalisations sur la plateforme, notamment via ce "Frankenstein". Réadaptation d'une histoire devenue culte et connue de tous, l'idée de voir le réalisateur fan de monstres s'attaquer à celle-ci semblait réellement intéressante. Et ce que l'on peut dire, c'est que ce résultat en valait fortement la peine ! Sur le papier, le film emprunte une direction assez intrigante où, tour à tour, le créateur et sa créature vont raconter leur parcours afin d'offrir une approche complète de cette histoire. Évidemment, connaissant Guillermo del Toro et les thématiques de base de cette licence, l'objectif est de remettre cela en perspective. Qui est réellement le monstre ? À quel point ce que nous vivons transforme la pureté que nous avons à la naissance en quelque chose de plus sombre ? En bref, on sent que l'auteur a totalement mis sa patte sur ce scénario. Globalement, je trouve cette exécution assez appréciable et plutôt intéressante en matière d'évolution dans le ton. Dans l'ensemble, je trouve notamment que le casting réussit à donner beaucoup de vie à cela. Par exemple, j'ai vraiment aimé la prestation d'Oscar Isaac, qui manie assez bien le style du "faux-héros". Il est tout autant attachant de par le parcours de son personnage, que méprisable par ses accès de colère et d'obstination. Par ailleurs, j'ai également trouvé très intéressante la prestation de Jacob Elordi. Cela m'a fait beaucoup de bien de le voir interpréter autre chose qu'un personnage détestable, et il retrouve beaucoup d'humanité via son approche de Frankenstein. Malgré tout, cette sensation peut-être également due à son costume et à son maquillage, bien plus humain que je ne l'avais imaginé, mais qui fonctionne à merveille. Mais surtout, j'ai pris beaucoup de plaisir à retrouver l'actrice Mia Goth. Je la trouve absolument formidable et je suis heureux de voir que sa carrière continue de se développer. Et enfin, il m'est difficile de continuer à encenser ce film sans parler de son approche visuelle. Honnêtement, c'est vraiment magnifique. À la limite, je trouve que certains fonds verts sont un peu trop visibles, mais cela ne gâche pas le plaisir du visionnage. Je trouve notamment qu'un vrai travail a été effectué sur les décors, ils sont très imposants, très grands et le réalisateur travaille donc à les rendre encore plus forts via son approche visuelle. C'est un film vraiment beau à voir, et c'est un point à souligner. Malheureusement, je ne peux pas dire que tout m'est apparu comme réussi au sein du long-métrage, et cela m'ennuie. J'aurais apprécié placer ce projet dans ma liste de mes films préférés de l'année, mais ce ne sera pas le cas. Pour tout ce qu'il fait de bien, je trouve que le projet manque vraiment d'émotions pour me toucher complètement. Même si j'aime la conclusion, je trouve qu'elle manque un peu d'âme à certains instants. Je prends notamment la séquence de mariage pour exemple, qui passe un peu trop en coup de vent pour vraiment m'attraper dans ce qu'elle souhaite raconter. C'est donc dommage, même si cela n'en fait pas un mauvais film. L'ensemble reste très bon, et je vous conseille vraiment d'aller jeter un œil à ce long-métrage. Ce n'est pas souvent que nous avons d'aussi bonnes productions sur Netflix, alors autant en profiter ! Pour conclure, une belle réadaptation.
Guillermo del Toro met en scène, pour Netflix, l’un de ses plus vieux projets : « Frankenstein ». Fidèle au texte original de Mary Shelley, cette relecture porte pourtant la patte du réalisateur mexicain qui lui insuffle une homérique bouffée d’humanité, de poésie et de mélancolie. À la fois créatif et novateur, son film est aussi techniquement que visuellement admirable, en plus d’être magnifiquement mis en musique par Alexandre Desplat. En ajoutant à cela les engageantes interprétations d’Oscar Isaac et de Jacob Elordi, c’est assurément l’adaptation la plus belle et aboutie du mythe. Sur grand écran, elle aurait encore gagné en grandeur.
Pour celles et ceux qui ont lu le roman et qui l’ont adoré : c’est probablement l’adaptation qui ressemble le plus (avec de grosses altérations pour élargir le public cible, quand même) à ce qu’a voulu transmettre Mary Shelley dans son unique roman éponyme. Pour une fois, la créature n’est pas là pour faire peur. Son destin tragique et sa rencontre solitaire avec le monde conservent son caractère dramatique.
Pour ce qui est du film en lui-même, il est si pétri de clichés que l’on croyait enterrés depuis les années 90, que j’ai du mal à comprendre comment cela peut toujours nous être proposé sans craindre de nous endormir. Les critiques dithyrambiques m’étonnent (surtout celles écrites par des cinéphiles) : au delà même des grosses redondances scénaristiques qui allongent le film, de façon parfois grotesque, la bande originale composée par Alexandre Desplat est ringarde et berce plutôt qu’elle ne sublime, les décors ressemblent à du carton pâte bas de gamme, les acteurs ne jouent rien puisque leurs personnages sont stéréotypés (il suffit donc d’enfiler le costume du stéréotype et de déclencher le pilote automatique). En bref, on dirait le remake gros budget d’un remake low budget d’un truc qui ne passerait plus que sur les chaînes publiques le dimanche soir une fois tous les quatre ou cinq ans.
Un énième Frankenstein mais si différent, dans le soin apporté aux décors, personnages, effets spéciaux. Aucun ennui, le film est ce captivant. J'ai lu "trop long... Sans âme"... Ce n' est pas mon avis, j'ai adoré !
Avec Frankenstein, le réalisateur — maître du fantastique élégant et baroque, déjà derrière La Forme de l’eau ou Le Labyrinthe de Pan — livre une adaptation visuellement somptueuse du roman de Mary Shelley. On retrouve immédiatement sa patte : des décors stylisés, presque oniriques, une ambiance crépusculaire soignée, et une créature dont la présence à l’écran est d’une fidélité impressionnante. Sur le plan esthétique, le film est un vrai plaisir.
Là où l’ensemble convainc un peu moins, c’est dans l’émotion. Malgré la richesse du matériau original, certaines relations — notamment celle avec la jeune fille — arrivent de manière forcée, comme un élément greffé sans véritable organicité. Ce manque d’intensité affective se ressent sur la durée, au point que le récit paraît parfois un peu long et moins immersif qu’il pourrait l’être.
Reste un film solide, cohérent et marqué par un style immédiatement reconnaissable. Si l’adaptation n’exploite pas pleinement toute la puissance tragique de l’œuvre de Shelley, elle n’en demeure pas moins une belle proposition visuelle, à découvrir pour les amateurs de fantastique poétique. À voir.