Frankenstein, de Guillermo Del Toro.
Film évènement et film très personnel en même temps pour ce réalisateur.
Del Toro sur le monstre par référence cela donne à rêver.
Je suis terriblement mitigé, et assez déçu par le projet.
Je crois que Del Toro ne tourne pas suffisamment. Il a ses obsessions et elles prennent le dessus sur tout. Il s’encombre pour moi de références, de détails, qui ne font pas l’intensité d’une narration. Il fait de mauvais choix de casting pour ses rôles principaux, et étrangement les seconds couteaux s’en tire bien mieux, mais Isaac cabotine et joue comme dans une comédie espagnole, Elordi semble chercher en direct quel tête avoir pour jouer l’innocence et de quelle manière se tenir, Goth parait trop monotone dans chaque apparition…de l’autre côté Waltz, Kammerer, Mikkelsen et Bradley pour moi font preuve d’une certaine sobriété.
Par ailleurs le film me parait avoir été charcuté, il semble manquer des morceaux.
En particulier pour l’attirance d’Elizabeth pour la créature, ou alors c’est que c’est mal écrit. Ou bien que le personnage est un peu « fou »…
En tout les cas des choses ne vont pas. Les morceaux de bravoures -combats de chiens, combats avec les hommes, déplacement du bateau- sont assez expédié
et la caméra est souvent affreusement statique.
La camera est d’ailleurs souvent un problème pour moi. Cela manque de course, de « parcours ». J’ai remarqué chez Del Toro cette stagnation. J’ai envie de voir de la course, de l’épique, mais non, la caméra flotte, stagne et bien souvent même recule alors que les personnages avancent.
Les décors sont écrasants, mais souvent bien trop démesurés et au final assez vide.
L’imagerie christique, les références bibliques, la volonté de faire passer par le décor l’accouchement du monstre, c’est toujours intéressant, mais ça n’apporte pas forcément un réel plus. À part peut-être cette chute dans les eaux derrière le château, comme une seconde naissance.
D’ailleurs le personnage ressuscite plusieurs fois. Cela confirme son immortalité, mais ça revient encore une fois au parcours du Christ. Et les lectures évoquées par le monstre sont d’ailleurs quasiment toutes bibliques et il y a de quoi se demander si ce n’est pas un peu trop insistant.
Bon sang mais où est la légèreté et la poésie dans tout ça ? Nulle part.
L’histoire est bien évidemment tragique mais ça devrait pouvoir respirer un peu et là non…même en plein air tout semble confiné.
Et sans parler de certains intérieurs et certaines scènes très fashion, qui donne la sensation de voir une pub pour parfum gothique.
En parlant de fashion, j’ai été assez dérangé par le look, qui bien qu’original n’est pas pour moi, vraiment et totalement satisfaisant. Sans compter que ses vêtements ne le couvrent pas suffisamment ou paraissent absurdes
(il est torse nu sur la banquise, il a des bandages pendant une bonne partie de sa vie, alors qu’apparemment il peut cicatriser en quelques minutes…) Mais encore plus par la relation presque en tension homosexuelles entre Victor et sa créature.
Il y a quelque chose ici que je ne voyais pas forcément dans un « Frankenstein ».
Mais bon, pourquoi pas…
Cela donne à l’ensemble un ton un peu trop attendu et ennuyeux.
Dans les autres choses qui m’ont dérangé il y a la cabane de l’aveugle. Déjà j’ai du mal à croire à cette cabane au milieu de nulle part et en même temps au milieu d’un vaste terrain vide. Mais où sont les terres cultivables ? Le potager ? Il ne peut pas vivre que de manger ses 6 moutons…
Ensuite la lumière !
Mais pourquoi mettre autant en lumière la créature et toutes les scènes. Les lumières sont très travaillées, mais bien trop lumineuses, et il n’y a pas le côté clair-obscur qui aurait été bienvenu. Et cela enlève d’ailleurs une partie de l’aspect Gothique des choses.
Del toro trop amoureux de sa création veut tout montrer, mais oublie ici l’ambiance…
Alors heureusement la silhouette mystérieuse dans la neige fonctionne un peu. Mais c’est bien trop rare.
Et puis, le plus catastrophique pour moi dans cette histoire, c’est que je n’ai rien ressenti. Rien du tout. À aucun moment.
Le clou du spectacle
avec le bateau à la fin et le tour de force est l’instant où j’ai trouvé qu’il se passait quelque chose, mais c’est bien trop court. Pourquoi ne pas avoir accompagné la créature dans sa prouesse sur quelque pas ? Pourquoi ne pas avoir insisté sur la force qu’il déploie pour pousser ce navire ?
Je ne sais pas…ça fait pchiit, comme plein de choses dans ce film.
C’est aussi pour cela que je pense que Del Toro ne tourne pas assez. Il n’a plus l’occasion d’avoir assez de retour sur son travail.
Et pourtant il a été capable de faire de l’action dans Blade II, de faire de l’horreur aussi dans l’échine du diable, ou du mystère dans Hellboy.
De m’émouvoir à en pleurer avec le labyrinthe de Pan.
Mais là, les diapositives ont perdu de leur magie.
J’ai de plus en plus la sensation avec son cinéma de voir quelqu’un qui collerait les pièces de son puzzle.
Tout est très construit, ça fourmille visuellement. Mais c’est contraint, cela ne respire pas. Le manque de fantaisie est réel. Et l’on voit trop tôt le tableau final.