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Deux heures et demie dans un froid d’automne, à suivre un homme qui pense pouvoir battre la mort. Pas de grands discours, pas de théories brillantes. Juste un scientifique fatigué, la peau tirée, le regard qui glisse un peu trop longtemps sur ses instruments. Oscar Isaac joue un Victor presque banal, presque contemporain : quelqu’un qui veut prouver qu’il n’était pas fou d’y croire. Pas un démiurge. Un obstiné. Et ça pique un peu, parce qu’on connaît tous ce besoin de justifier des années perdues. La créature — Jacob Elordi — apparaît sans fracas ni foudre dramatique. Ce qui surprend, c’est sa lenteur. On a l’habitude des monstres qui rugissent pour exister ; lui, il se cherche. Son bras ne sait pas comment tomber au repos, son souffle ne sait pas quel rythme adopter. C'est presque gênant à regarder, cette naissance qui ne veut pas se donner en spectacle. On scrute un corps qui apprend la gravité, pas un mythe qui s’éveille. Del Toro laisse traîner la caméra sur des gestes simples : attacher une chemise avec des doigts qui tremblent, comprendre où poser son poids pour ne pas s’effondrer. À un moment, la créature touche sa propre joue, comme pour vérifier qu’elle est bien là. Pas de musique dramatique. Juste un souffle heurté. Ce plan-là vaut tous les sermons du monde. Ce qui fonctionne le mieux, ce sont les moments où le film oublie son propre prestige — quand Mia Goth entre dans le cadre sans effort, quand un regard dure une seconde de trop, quand quelqu’un détourne la tête parce qu’il ne sait pas comment nommer ce qu’il voit. Là, le film respire. Là, on y croit. Ce qui fatigue, c’est l’élégance constante. Trop de velours, trop de mise en scène qui se sait belle, trop de décor qui se met en avant comme si chaque objet voulait que la critique parle de lui. Par moments, j’aurais voulu de la maladresse, de la poussière, du ricanement, un verre renversé. La perfection finit par creuser une distance. Mais quand la créature lit un mot qu’elle ne comprend pas encore, quand elle regarde quelqu’un avec cette naïveté qui n’appartient qu’aux êtres qui n’ont pas choisi de naître… le film touche quelque chose de très simple : l’idée que vivre n’a rien de sacré. Ça fait du bruit, ça hésite, ça rate. Et c’est là que Del Toro est le meilleur. Note : 14 / 20
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