Quitte à se faire foudroyer sur place par l'avis général qui a plutôt aimé le film, on va resserrer nos boulons pour ne pas en perdre un seul volt : Frankenstein ne nous a pas électrisé. Alors, oui, les costumes sont somptueux, la musique d'Alexandre Desplat est (comme d'habitude) un ravissement pour les oreilles, la photo est très propre, et le casting étoilé s'investit à fond. Et une mention toute particulière pour le maquillage de la Créature qui est absolument magnifique (elle a nécessité 10 heures de travail quotidien sur la peau de Jacob Elordi : à l'ancienne, car c'est ce que mettait Boris Karloff pour se transformer en monstre en 1931). Mais alors, qu'est-ce qui fait que le courant n'est pas passé ? Son rythme amorphe (on a été plus qu'accablé d'ennui par les 2h32 de cette version), son académisme trop propret (cette nouvelle adaptation semble presque craindre le bouquin, tant elle le suit à la virgule près, limite religieusement...), et pas mal de fautes de goût. Quand on appelle Guillermo Del Toro à la barre du rafiot, le roi du Monstre de Prothèses et de mécanismes cachés, de la poésie pure visuelle, comment ne pas vomir et défaillir devant le numérique dégueulasse qui salit les plans jusque-là très beaux ? Les loups, ce n'est pas possible, le château de l'ouverture, ce n'est pas possible, absolument tout ce qui bave à l'écran, ce n'est pas possible. On manque aussi de s'étrangler (la faute aux boulons, ça) devant le "français" parlé par les personnages au début du film en VO : "Mais...qu'est-ce qu'ils disent ? Remettez-nous les sous-titres, par pitié..." (apparemment, se payer un linguiste ou même juste un orthophoniste était au-dessus des moyens pharamineux de la production). Et enfin, la surenchère de flashbacks et leur narration en voix-off balourde qui comble tous les manquements visuels (une béquille ultra-repérable) sont vite pénibles, ampoulées, empesées, enfermant tout doucement dans un cercueil de facilités et d'ennui poli cette version de Frankenstein beaucoup trop sage. Et "non", ce ne seront pas les petites scènes de touche-sang gratuites et assez puériles qui vont le rendre plus mature et audacieux...enfin, ça impressionnera quand même le public-cible très jeune de Netflix. Les autres se rappelleront les versions précédentes souvent beaucoup plus trash. Un peu comme la Créature, cette version a de superbes pièces détachées (la mise en scène est sublime), mais cousues sans fantaisie par sur un cadavre un peu décharné.