Carol
Note moyenne
4,0
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412 critiques spectateurs

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86 critiques
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JimBo Lebowski

447 abonnés 1 080 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 12 janvier 2016
Todd Haynes a choisit comme ligne de conduite il y a 20 ans avec Safe puis Far From Heaven de filmer la femme au foyer américaine, de sa capacité à exister dans un milieu ne favorisant pas nécessairement son émancipation, Carol se place dans cette même lignée en abordant cette fois en majeure partie l’homosexualité. La couleur était d’ores et déjà affichée et ma première crainte fut que le film tombe gracieusement dans un discours pro-lesbianisme des plus consensuels, ce genre de campagne prisée par les académies encourageant la bienséance d’un ordre moral au cinéma contre vents et marées de celle d’une inquiétante ligue grandissante et manifeste. Toujours bousculer les consciences, le monde en est irrémédiablement au même point, la mission était donc ardue et sensible, à ce niveau tout peut se jouer sur des détails, principalement la mise en scène et le ton donné au sujet. Périlleux.

Dans le New York des années 50 la jeune Thérèse Belivet (Rooney Mara) travaille un peu par défaut dans un grand magasin de jouets, elle rêve de devenir photographe à temps plein mais reste craintive du monde, un jour sa vie va changer lorsqu’elle croise Carol (Cate Blanchett) une femme d’une classe gracieuse et ensorcelante supportant le poids d'un mariage instable, c’est le coup de foudre. Les deux vont alors rester en contact pour partager leurs secrets et leurs désirs de liberté, cette complicité naissante va devenir rapidement vitale, quitte à prendre des risques dans une époque où ce genre de relation très rapprochée du même sexe n’est pas publiquement reconnue.

Le premier réel potentiel du film réside dans le choix du casting où Rooney Mara et Cate Blanchett semblent parfaitement à leur place, la première représente la jeunesse ingénue et fragile au visage de poupée brunette de porcelaine et la seconde la maturité à la blondeur flamboyante d’une carrure cicérone, deux actrices au charme et au talent certains qui se démarquent dans ce sens. Haynes a déjà prouvé par le passé ses qualités de metteur en scène et son travail ne pouvait en être que facilité, la justesse des regards et de l’expression corporelle se suffisent pour comprendre ce qui se passe entre ces femmes, de même qu’une caméra qui arrive à dépeindre subtilement l’idée reçue, toute la séquence de la rencontre dans le magasin de jouets est très réussie. L’idée du flashback aide aussi évidemment mais n’apporte que peu de pistes, le scénario avance en prenant son temps et l’ambiguïté sensuelle s’affirme au fur et à mesure, c’est je dois dire bien pensé et réalisé, car de prime abord il n’est pas criant que Thérèse et Carol soit homosexuelles, le doute est réellement permis dans la première partie, l’une fréquente tant bien que mal et timidement des garçons de son âge et l’autre est une mère de famille impliquée. Il n’est pas forcément question de verser dans la gratuité provocatrice pour choquer le spectateur réticent, Haynes veut simplement parler d’amour entre deux êtres perdus cherchant désespérément leur âme sœur, un message pouvant être reçu par n’importe qui, et c’est cette profonde sensibilité qui fonctionne.

Cependant ce qui m'a dérangé dans l'application de ce schéma c'est que les hommes n’ont eux pas vraiment de rôle consciencieux, ils sont forcément maladroits, fourbes, profiteurs ou ivrognes, j’ai eu l’impression que cette pointe de manichéisme avait comme volonté de déblayer le terrain pour favoriser ce rapprochement, le jeune garçon qui tente de séduire Thérèse ne fait absolument pas illusion, je pense que le film n’avait pas besoin de ça pour étayer son propos, un vrai triangle amoureux aurait même pu par exemple être encore plus pertinent. Et la musique se place un peu trop souvent pour appuyer avec insistance des moments qui auraient pu s’en retrouver encore plus intéressants dans la manière croissante de distiller ce magnétisme charnel, heureusement le film retrouve de la grâce et du raffinement dans la séquence du piano avant que le mari de Carol n'entre en scène. Là on ose comprendre le passé de cette mère de famille et de ce couple qui bat sérieusement de l’aile, il y a de la suspicion dans l’air, la crainte du personnage de Kyle Chandler ne peut pas être infondée, il en va de même pour sa fréquentation avec celui de Sarah Paulson, tout semble lié. Puis vient l’éloignement forcé et la dépendance de l’une à l’autre, c’est la fascination de Thérèse pour Carol qui saute premièrement aux yeux, agissant autant comme une figure matriarcale qu’un fantasme inexprimable, encore une fois le film prend son temps et fait durer ses rapprochements jusqu’à l’étreinte annoncée.

Tout l’aspect road-movie reflétant la fuite ne met pas forcément le rythme en valeur il faut bien l’admettre car provoquer le délai fini par avouer le vide laissé en route, les étapes en deviennent redondantes, forçant l’instant du contact à n’être qu’exceptionnel de grâce pour marquer un climax émotionnel tenant toutes ses promesses. La scène en question est plutôt réussie même si elle aurait pu être à mon sens bien meilleure, j’ai aimé cet aspect initiatique et le distinguo du rapport de force où Carol dépose Thérèse sensiblement pétrifiée sur le lit, les actrices y vont à fond, puis l’équilibre des corps et le "My angel from outer space" lâché de la bouche susurrante de Blanchett, c’est convaincant, juste dommage que ça ne dure pas un petit peu plus longtemps (je ne demande pas La Vie d’Adèle non plus) tout en multipliant les angles de caméra, et puis sincèrement la harpe en guise de fond mélodique c’est un tantinet cliché niveau abondance mielleuse. Le dernier tiers nous replongera au plus prêt du regard de Thérèse, cette carence vitale soulignant les cernes de ses yeux, les murs de sa vie ont besoin d’être repeints pour y loger un avenir suivant les conventions; Carol retrouve ses repas dominicaux routiniers, souffrant également de l’absence de sa fille lors de la procédure de divorce contre son mari; la morosité est bien captée, comme un train qui reprenait son chemin initial après avoir déraillé vers une parenthèse enchantée.

Le flashforward justifie les actes manqués, la conclusion est je pense réussie car malgré, j’insiste, cette bande originale ratée et à mon goût trop académique (pourtant signée du compositeur habituel des frères Coen), l’émotion est là, j’ai trouvé ça touchant, le message sur l’amour universel et ce besoin irréversible de l’être désiré transparaît réellement, le cheminement est cohérent avec la volonté d’expliquer ce qu’est l’attraction d'une vie, ce don du ciel, le dernier plan est sublime. Haynes réussi son pari, son film n’est pas exempt de petits défauts mais on saurait lui pardonner, le duo Blanchett-Mara est irréprochable, sans doute le rôle majeur qu’attendait cette dernière après son passage fort prometteur chez Fincher, les consciences ne sont pas forcément bousculées mais le projet a au moins le triomphe modeste de sortir des sentiers battus du sur-conformisme hollywoodien, bien plus qu'un simple "film à Oscars"
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 23 janvier 2016
Esthétiquement sublime, presque trop ; deux actrices au sommet (prix d'interprétation à Cannes pour Rooney Mara) ; un scénario simple mais émouvant ; musique envoutante de Carter Burwell ; un très beau film et peut être même le meilleur film de Todd Haynes.
Barbara C.
Barbara C.

6 abonnés 93 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 23 janvier 2016
Todd Haynes aime bien les années 50 : "Loin du paradis" avait été une superbe intrusion dans les dessous de cette époque où tout semble tiré à quatre épingles et lisse.
"Carol" est une femme apparemment typique des fifties. Mère au foyer, rouge aux lèvres, oeil de biche et taille de guêpe. Sauf que sa vie n'est pas aussi sage qu'elle en a l'air... On veut même nous faire croire qu'elle est traversée d'une folle passion...
Le problème, c'est qu'à cadrer trop parfaitement (certains plans ressemblent à du Hopper), qu'à ne rien laisser déborder, les sentiments passionnés et passionnels sonnent creux. L'émotion peine à émerger, la faite à une prestation de Cate Blanchett trop cadenassée ? Quant à Rooney Mara, même si on a su mal à comprendre son parcours, elle a au moins le mérite de s'épanouir à l'écran.
Requiemovies
Requiemovies

240 abonnés 1 153 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 19 janvier 2016
On pense assez rapidement à « Loin du paradis » un des premiers Todd Haynes par sa lenteur caractérisée. Lenteur qui procure une force intense au film, tant dans la découverte et le temps pris pour scruter ce duo sublime Mara-Blanchett, que par la générosité du réalisateur à composer son mélo. Décors, musique, costumes, tous sublimes et dans le détail, ne font qu’accompagner la réalisation précieuse de Todd Haynes. Notre préférence de jeu se tourne plus vers Kate Mara, de plus en plus épatante, et qui trouve ici son plus beau rôle à ce jour. Si les avis seront partagés sur le film, le jeu des comédiennes restera de manière unanime le point fort de cette adaptation qui manque certainement d’élan, mais très touchante. Ode à l’amour et à la différence, comme souvent chez Haynes.
TTNOUGAT

701 abonnés 2 530 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 23 janvier 2016
C'est indiscutablement à première vue un beau film d'amour sur le saphisme en 1952/53, intelligent, équilibré plein de pudeur et de retenue. Les deux femmes sont parfaites et Cate Blanchet fait un festival notamment dans la scène de conciliation ou l'on ne peut savoir si elle est sincère ou comédienne, comme la fin du scénario tendrait à le prouver. Si les scènes d'attirance pour Thérèse ou de séduction pour Carol respirent la vraie vie, il n'en est pas de même pour le contexte. Mettre en présence deux personnes vivant dans des cadres si différent, avec des moyens financiers disproportionnés, l'oisiveté pour l'une, le travail obligatoire pour l'autre, plus les 16 ans de différence d'âge...Voila de quoi transformer l'histoire d'amour en une histoire de passion passagère. Je n'ai pas du tout aimé le final peu courageux et ambigu;  ce n'est pourtant pas dans les habitudes de Haydes de ne pas prendre plus partie. Il demeure à la sortie un magnifique cinéma et une musique une fois de plus au niveau du reste.  Cependant, comme  Carol  se veut un document explicatif, J’attendais à vrai dire une conclusion plus tranchée quitte à laisser l’avenir incertain comme celle de '' loin du paradis'' qui est un film parfait. Avec une fin se produisant juste après l’achèvement du flashback, j’aurais sans hésitation donné 5 étoiles. ..
vidalger

378 abonnés 1 311 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 13 janvier 2016
La perfection de la photo, le soin pris par les décorateurs à la reconstitution des années 50, la finesse des choix musicaux, la classique majesté de la réalisation masquent au final l'émotion qui aurait dû nous étreindre à l'évocation de ce drame très littéraire. La passion qui fait se rejoindre les cœurs d'une grande bourgeoise new-yorkaise et d'une petite vendeuse d'un magasin de jouets, malgré la qualité de jeu de deux grandes actrices, ne nous emporte jamais au delà du raisonnable. Après le très grand La Vie D'Adèle, sur le même thème des amours saphiques transgressant les classes sociales, on reste sur notre faim, comme après une promesse non tenue. Un film qui reste à voir cependant pour quelques très belles images d'échanges de regard entre une Cate Blanchett tout en retenue et une Rooney Mara, frémissante de désir et peu sûre de vouloir briser les conventions sur lesquelles elle avait bâti sa vie.
poet75
poet75

298 abonnés 703 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 14 janvier 2016
Le genre mélodramatique sied à merveille à Todd Haynes ; il l'a prouvé, en 2002, avec la réalisation de « Loin du Paradis », grand film dans lequel le personnage joué par Julianne Moore découvrait, dans l'Amérique des années 50, l'homosexualité de son mari et tombait amoureuse de son jardinier noir. En 2011, sortait sur les petits écrans de la télévision une mini-série intitulée « Mildred Pierce », elle aussi superbement mise en scène et se déroulant dans le contexte de l'Amérique de la Grande Dépression. Aujourd'hui, avec « Carol », adaptation d'un roman de Patricia Highsmith, Todd Haynes déploie à nouveau son savoir-faire en situant son récit au début des années 50, fin 52 et début 53 exactement. Et, comme dans « Loin du Paradis », il s'intéresse à une histoire de transgression ou de ce qui paraissait tel dans l'Amérique puritaine de ces années-là.
Tout commence par la rencontre de deux femmes dans un magasin où l'on se presse pour la course aux cadeaux de Noël. Des regards échangés, quelques mots, puis une paire de gants oubliée et rien ne sera plus comme avant ni pour Carol (Cate Blanchett), femme bourgeoise qui fait ses achats, ni surtout pour Therese (Rooney Mara), vendeuse gracile et très séduisante malgré le ridicule bonnet rouge qu'on l'oblige à porter. Entre les deux femmes se déploie petit à petit l'éventail d'un rapprochement, d'une amitié, d'un amour et d'une passion qui atteindra son acmé à l'occasion d'une échappée en voiture.
Cependant, ni pour l'une ni pour l'autre des deux femmes, vivre une telle passion n'est quelque chose de simple. Therese est liée à un petit ami qui souhaite fort l'épouser, mais qui ne tarde pas à se poser des questions. Mais c'est Carol qui affronte le plus difficile : elle est mariée, en instance de divorce, et mère d'une très jeune enfant dont son son mari menace de lui retirer la garde. La tension est grande, palpable et ô combien dure à supporter.
Sans jamais être démonstratif, par sa mise en scène soignée, Todd Haynes réussit parfaitement à faire percevoir au spectateur ce que la passion vécue par les deux femmes comporte à la fois de douceur et de complicité, mais aussi de douleur et de désespoir. Impossible de poursuivre cette aventure de manière apaisée et heureuse. Tout est dit, tout est suggéré plutôt par le jeu habile des deux actrices, toutes deux formidables. Ce qui se lit sur les visages des deux femmes, et particulièrement dans leurs regards, est primordial. Car tout est affaire de regard dans ce film : regards échangés qui dévoilent et dissimulent en même temps, regard de Therese qui prend une photographie de Carol (elle qui ne photographiait jusque là que des objets), regards de passagère apercevant la silhouette de l'être aimé dérrière la vitre d'une voiture...
Méfions-nous de ceux qui, même parmi les critiques, ont cru bon de déplorer le manque d'émotion de « Carol ». L'émotion est là, bien présente d'un bout à l'autre du film, mais elle n'est jamais surlignée comme on le fait quand on veut que coulent les larmes des spectateurs. Todd Haynes s'est bien gardé de réaliser un film de ce genre, mais il a su intelligemment multiplier des signes qui, pour le spectateur attentif, sont autant de raisons d'être ému. L'émotion, ici, est discrète et légère, à la manière de la « chanson bien douce » de Verlaine « qui ne pleure que pour [nous] plaire ».
Avec ce film, nul doute que Todd Haynes compte désormais comme un des meilleurs réalisateurs de mélodrames, digne successeur des maîtres du genre que furent, au cours des années 50 et 60, des cinéastes de génie ayant pour noms Douglas Sirk et Vincente Minnelli. 9,5/10
vincenzobino
vincenzobino

132 abonnés 390 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 16 janvier 2016
Rien ne prédestinait Carol et Thérèse a ce qu'elles se rencontrent: issues de deux niveaux de vies diamétralement opposés, ayant deux visions différentes de la vie de couple, tout les opposait. Et pourtant il suffit d'un regard pour que le coup de foudre entre la mère de famille riche et la modeste vendeuse rêvant d'être photographe éclate avec les étincelles a prévoir pour la période des années 1950.
Adaptation d'une nouvelle de Patricia Highsmith, Carol semble a priori nous orienter vers une histoire d'amour entre 2 personnes du même sexe. Et le mérite de Todd Haynes est de garder le mot amour avec l'esprit de la romancière américaine et de magnifiquement reconstituer les années 50. Le film n'a rien d'une partie de jambes en l'air et l'unique séquence amoureuse est traitée avec la pudeur décrite dans le roman.
L'adaptation est très fidèle au livre et le duo d'actrice est magnifique: Cate Blanchett crève l'écran et Rooney Mara surprend rôles après rôles par un regard, mélange d'innocence et d'angélisme a la fois. Mention spéciale également aux costumes et fort jolie musique de Burwell.
A recommander et vive la VO apparemment unique et indispensable...
Emma Schell
Emma Schell

11 abonnés 107 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 17 février 2016
C'était un mardi pluvieux, venté, hivernal quoi ! Rien de mieux qu'une séance de ciné pour faire le plein de soleil. De soleil, il n'y en eu point. Un film sombre tant par son esthétique (seul le rouge à lèvre de Cate vient illuminer les plans) que par son histoire (la difficulté d'affirmer son homosexualité dans un monde encore prisonnier des conventions).
A noter :
- Une esthétique très soignée, fine, sobre.
- Des actrices au sommet de leur art (mention spéciale à Rooney Mara). D'ailleurs, ici, pas besoin de scènes de nus pour que la passion entre ces deux femmes nous sautent au visage, leur regard parle pour elles.
- Une musique qui nous porte tout au long du film (comme celle THE HOURS, il y a quelques années)
Malgré les quelques longueurs au début du film (qui m'ont un "tantinet" inquiétée), le film prend son envol progressivement pour nous "embarquer" entièrement et nous laisser, légère, requinquée, prête à affronter la noirceur du monde !
N'ayons pas peur des mots " un chef d'œuvre"
Wawa S
Wawa S

8 abonnés 48 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 16 février 2024
Excellent film . Cate Blanchett est absolument époustouflante ; j' en reviens pas . N' hésitez pas une seconde !
Septième Sens
Septième Sens

99 abonnés 762 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 21 janvier 2016
Par le prisme du cinéma, Todd Haynes replonge sans cesse dans le passé, sûrement pour mieux comprendre le présent. La plupart de ses récits sont situés dans les années 50, et Carol ne déroge pas à la règle. Avec Loin du paradis, le cinéaste avait déjà traité de l’homosexualité dans l’Amérique puritaine. Il récidive aujourd’hui en se penchant sur les femmes, ou l’histoire de deux êtres, Thérèse et Carol, contraintes d’étouffer leur passion réciproque.

Cela commence par une image de bouche d’égout, donnant au cadre une allure de cage dont on ne peut s’évader. Sans s’interrompre, la caméra se promène dans les rues de Manhattan en un plan-séquence aussi somptueux qu’épuré. Durant deux heures, le film tente de comprendre quel lien entretiennent ces deux femmes aux âmes brisées. Néanmoins, ces trente premières secondes symbolisent avec classe et délicatesse la forme que va prendre cette œuvre. Dans une ambiance aussi conventionnelle (mœurs de l’époque) que magique (période de Noël), Todd Haynes déroule une narration en apparence simple, et pourtant terriblement complexe.

Prisonnières de leurs corps et des conventions, Thérèse et Carol vont pourtant se libérer. Le temps d’une courte escapade en voiture, passionnante car silencieuse, déchirante parce qu’inéluctable. Lentement mais sûrement, les sentiments enfouis à l’intérieur des protagonistes émergent pour voir le jour. Le cinéaste signe une sorte de pacte avec le spectateur, qui sait très bien où il met les pieds. Le temps suspendu que le réalisateur insuffle à son scénario place Carol dans la catégorie des films aux grandes ambitions.

Tiré du chef-d’œuvre de Highsmith (The Price of Salt), le long-métrage décrit avec une infinie finesse le tumulte intérieur de ces femmes, totalement opposées. D’une pâleur hivernale surlignant la froideur de son apparence, Cate Blanchett est coincé entre son rôle de mère et celui d’amante. En face de cette (très) grande dame, Rooney Mara montre que la mélancolie lui va à ravir. Incertaine de ce qu’elle est ou de ce qu’elle veut, elle finira par trouver le chemin de l’affranchissement. Toujours accompagnée de la subtile mise en scène de l’américain, en état de grâce.
Mondocine
Mondocine

82 abonnés 293 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 12 janvier 2016
Une exquise douceur entre lumière et mélancolie, étreint ce drame bouleversant au pouvoir de séduction insoupçonnable. Maniériste dans le bon sens du terme, Haynes soigne chaque plan, chaque scène, chaque cadrage, chaque décor, mouvement, détail, trait de lumière ou geste d’interprétation de ses prodigieuses comédiennes, conférant ainsi une immense richesse inouïe à son exercice à la maîtrise suprême. Et le combat impossible et déchirant de ces deux amantes devant faire face à l’opinion réductrice, s'en trouve sublimé, et trouve dans de petites brèches discrètes, un écho contemporain formidable d’intelligence et de justesse. Une superbe histoire d'amour.
La critique complète sur Mondociné
anonyme
Un visiteur
2,5
Publiée le 16 janvier 2016
Carole est une belle blonde platinée et fortunée. Une quadra plutôt classieuse, avec le feu sous la glace, comme les metteurs en scène en raffolaient dans les années cinquante. En instance de divorce, elle trompe son ennui en faisant des emplettes à Manhattan. C’est justement dans un grand magasin qu’elle tombe raide devant une vendeuse. Une mignonette, avec frange à la Magnani et petit air espiègle de Catherine Hepburn. La bourgeoise et la jeunette et tombent en amour, comme on dit au nord de New York.
Il n’y aurait pas grand-chose à dire de plus de ce film. Sauf à préciser que Carole, assume sa liaison avec entêtement. Par-delà les conventions et le qu’en dira-t-on. Jusqu’à abandonner la garde de leur fille à son mari. Et à entrainer Thérèse dans sa quête émancipatrice, puisque celle-ci deviendra photographe. Pendant ce temps, le mari pourrait chanter Johnny : « O Carole, ne me regarde pas comme ça, il y a trop de joie dans tes yeux ; c’est bien fini pour moi ! »
L’intérêt du film, c’est donc qu’on est en 1950. Et qu’à l’époque, la chose ne se faisait pas trop, ou alors en douce. D’ailleurs, ce n’est pas de montrer la relation homosexuelle qui intéresse Todd Haynes – on n’est pas chez Kecchiche ! - mais le chemin qui y mène. Et ce chemin, c’est l’irrépressible montée du désir. Par-delà les conventions et le qu’en dira-t-on. Le réalisateur filme ces émotions et cette détermination avec d’avantage de pudeur que d’audace. Et l’environnement qu’il montre est plutôt kitch.
Anatole C
Anatole C

24 abonnés 61 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 3 mars 2017
Magistral, Carol nous emporte dans une histoire d'amour passionnante dans les années 50, entre deux femmes: Therese, jeune vendeuse adepte de la photographie et Carol, bourgeoise en instance de divorce et mère aimante. Cette passion conduit à une histoire très complexe et un film sachant très bien la traiter. L'évolution de l'amour entre ces deux femmes et très bien travaillé car devient progressif sans paraître long. Les deux actrices absolument incroyables jouent avec perfection leur personnage, ces personnages très attachants et confronté à des choix difficiles en gardant leur dignité spoiler: (Carol poussée à bout par son mari prêt à tout pour la récupérer et voulant lui priver de sa fille)
. Tout ceci filmé avec élégance et accompagné d'une très belle musique. Un magnifique film plein d'émotions qui devrait faire évoluer certaines mentalité actuelles...
LeMagduCiné
LeMagduCiné

71 abonnés 626 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 18 janvier 2016
Un ange à ma table

Le titre du film, Carol, est emblématique de la nouvelle œuvre de l’américain Todd Haynes : concis, ce prénom qui claque tout seul au vent annonce appelle immédiatement les réflexions; l’absence d’un nom de famille distingue le personnage en tant qu’individu. Carol est le sujet du film, aussi bien comme femme amoureuse que comme femme aimée. De fait, ce sont les points de vue personnels des deux protagonistes qui seront suivis ici, davantage qu’une étude de société, alors même que la matière existe.

Réalisé plus de 13 ans après Loin du Paradis, un film dont on pourrait croire qu’il est la redite, si on n’y regardait pas de plus près, Carol est en réalité aussi différent de son prédécesseur que leurs thèmes sont proches. Dans Loin du paradis, où Todd Haynes traite une double transgression des règles de la « bonne » société WASP des années 50 , le ton est dans le plus pur style de Douglas Sirk : thème de l’opposition, traitement mélodramatique, couleurs vives et saturées (automne flamboyant, costumes roses et rouges à foison), toute l’esthétique sirkienne en somme.

Rien de tel dans Carol. Ed Lachman, le chef opérateur attitré de Todd Haynes, opère un virage sur l’aile avec au contraire une douceur de velours qui patine l’image, et 50 nuances de gris et de vert pour la gamme de couleurs, ponctuées ici et là d’un rouge sublime, aussi bien dans le décor, que dans les étourdissants costumes de Sandy Powell. Carol est un film du début des années 50, dans l’immédiat après-guerre, triste et encore couvert de grisaille. Loin du Paradis est situé un peu avant les années 60, pas très loin des années pop, et tout sépare ces deux films. Tout, sauf le talent de Todd Haynes, artiste mais aussi artisan d’un cinéma plein de rigueur.
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