Merci à Chris (du Christoblog) d’avoir posté sa petite critique dissonante. Dans la dégomme générale, c’est vrai que ça intrigait, ça a bien piqué ma curiosité : Et si "The Canyons" n’était pas le film affligeant décrit par la presse et les avis spectateurs ? Je suis donc allée voir. Au départ pourtant, je me méfiais moi aussi de l’attelage improbable du projet, son argument marketing sulfureux : Schrader /Ellis /Lohan /Deen, soit un cinéaste hasbeen, puritain fasciné par la transgression, un écrivain cynique et contreversé, chantre de la névrose et des addictions, une starlette déchue, et une vedette du X. James Deen, pour parler de lui, a le regard remarquablement vide, et juste trois expressions : le bel indifférent (je ne ne fais rien), le type inquiétant (je fronce les sourcils) et son chef d’œuvre, le gros crâneur, aidé par une moue dédaigneuse du plus effet. Trois expressions mais cela suffit à Paul Schrader pour faire de lui son Valmont psychopathe, manipulateur qui ne supporte pas de perdre le contrôle. C’est là pour moi le grand mystère du film : Comment avec un budget aussi dérisoire, un dispositif qui sent autant l’amateurisme, Schrader réussit-il à captiver ? Le scénario est bêtement linéaire, une chronique en fait, rythmée par le chapitrage des jours, chacun s’ouvrant sur la photo d’une salle de cinéma abandonnée. Los Angeles n’est plus la cité des rêves, c’est une ville désaffectée. Tara le dit d’ailleurs : on ne va plus au cinéma, tout au plus à des avant-premières. Mais Schradeur, paradoxalement, y croit toujours. Cinéaste opiniâtre (il a financé lui même une partie du budget, misant pour le reste sur le crowdfunding) il affiche une foi assez revigorante dans le travail de réalisateur, dans le découpage notamment… et ça marche ! Il faut dire qu’il a trouvé avec Lindsay Lohan l'interprète idéale. L’actrice donne à Tara, personnage ambivalent, désespérée autant que consentante, une vérité qui tient évidemment de la mise en abyme mais dit aussi la formidable comédienne qu’elle devrait être si ses frasques ne l’avaient effacée du paysage. Son abandon bouleversant fait effectivement penser à Romy Schneider ou à la Marilyn de la fin.