La seule vraie bonne idée de cette énième aventure de Tarzan se constitue dans son contexte, le film débutant alors que Tarzan et Jane vivent ensemble à Londres et que le roi de la jungle arpente désormais les rues d'Angleterre sous le nom de John Clayton III. Si l'on excepte quelques flashs-back dispensables éparpillés çà et là dans le récit, "Tarzan" version 2016 prend donc le parti de nous plonger dans un récit inédit ancré dans un contexte historique très fort alors que le Congo est sous le joug du roi belge Léopold II, endetté. C'est là que tout commence : Léon Rom, capitaine belge mandaté par son souverain, se trouve au Congo pour s'assurer que l'esclavage suit son cours mais aussi pour mettre la main sur des diamants qui permettrait à la Belgique de se renflouer. Des diamants détenus par le chef Mbonga, ennemi juré de Tarzan qui réclame la tête de celui-ci à Rom s'il veut obtenir les diamants. Rom va donc faire en sorte que Tarzan retourne dans son pays natal mais il ignore que celui-ci a plus d'un tour dans son sac et qu'il ne vient pas seul, accompagné de Jane et de l'américain George Washington Williams. Sur ses terres natales, Tarzan devra donc retrouver un certain état sauvage s'il veut survivre et empêcher son pays de dépérir... Voulant nous offrir un récit d'aventure trépidant, le film, malgré un contexte historique passionnant posant des problématiques comme l'esclavage ou le génocide, est extrêmement maladroit. Répondant au strict minimum du cahier des charges en terme de scénario (affrontement avec un gorille, Tarzan torse nu, déplacement impressionnant de liane en liane), le film ne s'encombre ni de psychologie fouillée ni d'un véritable travail de mise en scène, David Yates ne parvenant pas à en tirer le souffle nécessaire pour retenir l'attention de son spectateur. Il dévoile quelques très beaux décors et très belles scènes mais ne maîtrise pas complètement ses effets numériques qui nuisent amplement à l'immersion du spectateur dans l'histoire. Sentant parfois le fond vert à plein nez, souvent trop lisse, la mise en scène du film est l'un de ses plus gros handicaps, boursouflée par des ralentis foireux et un découpage peu assuré rendant difficilement lisible les scènes d'action. La faute à un cinéaste qui n'a jamais vraiment su insuffler un vrai souffle épique dans ses films et qui semble ne pas avoir de style, se montrant également incapable de correctement diriger son casting. S'il a bien le torse, les abdos et le charisme animal du personnage, Alexander Skarsgard a franchement l'air monolithique en Tarzan, un personnage dont les complexités sont vite évacuées pour aller à l'essentiel. Margot Robbie a beau être pétillante et Jane avoir de la répartie, sa prestation se résume surtout à celle de la demoiselle en détresse même si elle nous épargne des cris d'effroi et affiche un joli courage face au méchant. Un méchant raffiné et colonialiste (il arbore sans cesse à la main un chapelet qui peut s'avérer dangereux) qui va comme un gant à Christoph Waltz. Mais qui lui va beaucoup trop bien. Dans ce registre, Waltz est trop à l'aise et semble avoir épuisé tous les atouts qu'il avait dans sa manche. L'acteur ne surprend plus et semble se vautrer avec une certaine complaisance en terrain connu. On aimerait le voir jouer un gentil tiens, pour une fois ça lui ferait du bien. Reste le personnage de Samuel L. Jackson, celui qui a le plus de profondeur, un aventurier américain pas habitué à la jungle mais déterminé à empêcher que Rom massacre toute une nation, ayant lui-même participé à regret au génocide indien de son pays. C'est le seul personnage émouvant et un minimum complexe que le film nous livre et c'est malheureusement bien peu. On devra donc se contenter d'un film constellé de défauts, à la violence édulcorée pour mieux plaire au grand public (un type se fait quand même arracher un bout d'oreille par un tir de revolver sans saigner), au casting séduisant mais vraiment sous-exploité. Le projet avait de l'allure, le résultat final en a d'ailleurs encore un peu et saura divertir les moins exigeants. C'est tout de même dommage...