The Batman s’inscrit dans la longue tradition des adaptations du Chevalier Noir, mais sans parvenir à égaler la puissance évocatrice de la trilogie de Christopher Nolan. Si le film propose une atmosphère visuelle et sonore remarquablement travaillée, il peine à trouver une identité forte qui justifierait vraiment sa relecture du mythe.
La Gotham de Matt Reeves est poisseuse, étouffante, plongée dans une obscurité permanente, presque picturale. De ce point de vue, le film est une réussite : l’ambiance immersive renoue avec l’esprit du polar noir, et le soin apporté à la mise en scène et à la bande-son est indéniable.
Cependant, une fois passée la fascination visuelle, le fond laisse un goût d’inachevé. Le scénario, sans être mauvais, suit des ficelles classiques — corruption, vengeance, révélations sur le passé — sans grande surprise ni vraie montée en tension. Là où Nolan imposait des enjeux philosophiques et moraux forts (The Dark Knight en tête), The Batman se contente d’un fil narratif prévisible et parfois étiré inutilement : les longueurs sont réelles et pèsent sur le rythme, notamment vers le milieu du film.
Robert Pattinson incarne un Batman jeune, torturé, replié sur lui-même. Ce choix d’interprétation avait du potentiel, mais peine à convaincre pleinement. Il manque une vraie présence, un charisme qui rendrait le personnage marquant. On voit beaucoup le justicier, cloîtré sous le masque, mais très peu Bruce Wayne : une dimension pourtant essentielle pour équilibrer la dualité du personnage. Le milliardaire public, la façade mondaine, sont presque absents — et cela appauvrit l’épaisseur du héros.
Quant au Riddler de Paul Dano, il s’inscrit dans une veine plus dérangée, plus "tueur en série", et fonctionne plutôt bien. Mais comme l’ensemble du film, il ne révolutionne rien : The Batman semble constamment hésiter entre faire du neuf et rejouer des partitions déjà entendues.
En résumé, The Batman est une œuvre ambitieuse sur la forme, visuellement aboutie, mais qui pêche sur le fond. Un film respectable, parfois fascinant dans son atmosphère, mais qui manque d’originalité, d’intensité dramatique et d’un vrai souffle narratif. Il y a du style, certes — mais il manque l’âme.