Adapté de l'excellent roman signé Tom Rob Smith, « Enfant 44 » n'est probablement pas à la hauteur. Ce n'est pourtant pas faute d'y avoir mis les moyens : budget conséquent, casting plutôt imposant, décors de qualité, sujet passionnant et particulièrement original... Avec une telle base de travail, difficile de se louper totalement. Daniel Espinoza, réalisateur peu subtil mais efficace, s'en tire à peu près, offrant quelques scènes tendues et prenantes (notamment vers la fin), et met plutôt bien en valeur cette société paradisiaque (comprenez cauchemardesque) dans une Russie stalinienne où le meurtre ne peut évidemment exister, le film étant visuellement plutôt convaincant. Reste que cela manque de souffle et d'émotion durant plus de deux heures, et ce principalement pour une raison : le duo Tom Hardy - Noomi Rapace. Je les aime bien pourtant, mais là, l'alchimie ne fonctionne pas du tout et on ne s'intéresse que très peu à ce qui peut leur arriver, chaque étreinte, chaque dispute nous laissant quasiment de marbre. Et puis il faudra m'expliquer ce choix de faire parler les acteurs en anglais tout en leur imposant un risible accent russe : c'est soit l'un, soit l'autre, mais les deux ensemble, ce n'est juste pas possible... Quelques seconds rôles parviennent toutefois à émerger, dont Joel Kinnaman, un très convaincant Vincent Cassel et surtout Paddy Considine, impeccable dans un rôle inspiré
d'un véritable tueur en série de l'époque
... Bref, voilà une œuvre qui souffle le chaud et le froid, sans doute un peu décevante, mais restant fréquentable pour son contexte historique et quelques vraies qualités formelles.