Le film possède avec son thème macabre un climat d'une grande froideur et d'un calme notoire. L'homme cherche la paix mais regrette "tant de malheur". Il est aveuglé par l'accident et tue sans aucun plaisir. Il y a comme une bulle de déraison dans ce couple et le seul personnage qui réagit normalement est la fille qui va paradoxalement après son acte rédempteur trouver la sérénité dans la folie..... On peut enfin rajouter qu'une poésie certaine est présente qui ne serait pas si lointaine des "Enfants du Paradis".
Au moment où la greffe du nouveau visage de Christiane (Edith Scob) semble réussie, l'assistante fait remarquer à la jeune femme qu'elle a quelque chose de plus "angélique". Cette connotation exprime toute la grâce d'un personnage atrocement mutilé, opposée à la froideur implacable d'un père obstiné à réussir une opération criminelle et terrifiante. Celle-ci est d'ailleurs filmée et offre un plan gore explicite, un des rares dans une oeuvre qui privilégie le hors-champ, autant grâce à d'astucieux cadrages que par le biais du montage parallèle, moteur d'un suspense qui tourne ici à plein régime. "Les yeux sans visage" passionne pour l'intelligence de sa mise en scène et pour son écriture déstabilisante, qui distille ses retournements de situation avec une assurance impériale et qui, plus précisément, alterne premier degré et décalage à travers des dialogues tour à tour solennels et ironiques. Au bout de ce modèle de construction narrative apparaît la plus belle image du film, bouleversante de poésie, qui réalise le rêve d'une jeune femme devenue ange, aussi libre que les chiens affamés et enfin libérés de leur cage.
Les yeux sans visage est le film le plus connu de Georges Franju. Il jouit d’une belle reconnaissance notamment parce que ce long métrage est probablement la première incursion du cinéma français dans le cinéma d’épouvante. Un genre cinématographique qui demeure encore aujourd’hui peu visité par nos cinéastes. A travers le personnage incarné par Pierre Brasseur, Georges Franju questionne une passion qui va jusqu’à la déraison et en creux les déviances de la science. L’excellent scénario est l’adaptation par Pierre Boileau, Thomas Narcejac et Claude Sautet (pas encore cinéaste) du roman éponyme de Jean Redon. La trame narrative est parfaitement servie par une réalisation qui emprunte à la fois au réalisme (précision quasi documentaire des scènes d’opérations) et au surréalisme (beau noir et blanc et clairs-obscurs saisissants). Cette mise en scène soignée, ces éclairages précis permettent l’instauration d’une atmosphère de peur palpable que le jeu très figé et froid des acteurs (en particulier Pierre Brasseur et Alida Valli) renforce encore. Pour sa part, la B.O. signée Maurice Jarre se révèle quelque peu répétitive et inappropriée à l’atmosphère du long métrage.
Ce classique du cinéma de genre français, à l’image des films de Jacques Tourneur, bénéficie, pour l’époque, d’un très bon scénario, aujourd’hui un peu prévisible vu la quantité de métrages réalisés depuis. Les acteurs sont, en outre, très bons et la bande originale de Maurice Jarre (lorgnant légèrement sur celle de « Borsalino ») accompagne magnifiquement chaque scène. Enfin, il fut certainement le précurseur d’un certain type de séquences, inspirant certains réalisateurs contemporains, on pense notamment à Almodovar Après, il faut aimer le noir et blanc…
Super osé pour l'époque, ce film peut faire avant-gardiste, de nombreux cinéastes ont du s'en inspirer. L'histoire profondément horrible contraste avec une forme en noir et blanc absolument parfaite par moment. Le film fait froid aujourd'hui mais a du être glaçant dans les salles obscurs en 1960 ! Les vedettes de l'époque, un réalisateur en vue, un classique instantané. Quasiment parfait
Un grand classique du film d'horreur "à l'ancienne", mais pas un chef d'oeuvre car le scénario est tout de même assez convenu. Néanmoins, nombre de réalisateurs contemporains feraient bien de s'en inspirer au lieu de se vautrer dans le gore. Pierre Brasseur est véritablement impérial dans son rôle de grand patron de la médecine. Une photo magnifique crée une ambiance d'angoisse, même quand il se passe peu de chose. En revanche, la musique est un peu datée. Quant au côté "poético-symbolique", chacun l'appréciera selon sa sensibilité. Pour ma part je n'ai pas marché...
Lorsque Franju accepta le projet des Yeux sans visage, il visionna une bobine d'horreur de l'époque pour voir de quoi il en retournait: "Le masque du démon" et avoua ensuite qu'il ne s'était jamais autant fait ch... (perso je partage son opinion). Il transforma donc Les yeux sans visage, roman de la série "fleuve noir", avec l'aide des experts Boileau et Narcejac (Sueurs froides, les Diaboliques...) en un véritable poème filmique, dominé par la mélancolie de ces deux femmes sous l'emprise de ce Frankenstein à la française joué à la perfection par Pierre Brasseur. Le personnage de Christiane est sans doute un des plus marquants psychologiquement de l'histoire du cinéma; des yeux d'une infinie tristesse sous un masque inexpressif, et une silhouette fluette et fantomatique qui s'en va vers un bois sombre une colombe sur l'épaule. Le film est marquant également par son côté gore (on assiste aux opérations nottament) qui choqua beaucoup à l'époque, ce qui lui valu une interdiction aux moins de 16 ans, toujours en vigueur aujourd'hui.
Certainement que Almodovar s'est inspiré de "Les Yeux sans Visage" pour "La Piel Que Habito". Surtout que dans les deux cas nous avons affaire à un thriller. Mais la comparaison s'arrête là. Car le film français a pour lui un côté plus humain et psychologique. En effet, nous découvrons, au fur et à mesure la réelle motivation de tous ces meurtres. L'esthétique parfaite du film renforce cette idée de la perfection du visage humain, car celui-ci représenterait toute notre personnalité dans notre société alors qu'il n'est qu'une barrière avec nos sentiments. Très belle vision et des plans impressionnants pour un film des années 60. Par contre, le jeu d'acteurs de certains protagonistes est franchement mauvais, et le film est trop court selon moi. J'en suis rester sur ma fin. Elle était ejectée trop rapidement à mon goût. Cependant il s'agit d'un thriller majeur de la nouvelle vague du cinéma français. À voir!
"Les yeux sans visage" est un film très intéressant avec de nombreuses représentation qu'on peut s'imaginer après avoir vu ce film.Ce film ne s'inscrit dans aucune catégorie, il est un mélange de plusieurs genres mais a un seul but:créer en nous de la gêne, un malaise. Et c'est ce qui l'a parfaitement réussi (pour ma part).Un film a voir pour sa culture personnel et ces nombreux significations cependant il ne plaira pas a tous.
"Les yeux sans visage" fut pour moi aussi effrayant que "Psychose" lors de sa première vision. Franju s'aventure sur un territoire d'inquiétante étrangeté, faisant de l'obscurité un personnage à part entière qui enveloppe le spectateur d'effroi : on ne sait jamais d'où vont venir les bruits, on pâlit à la moindre tache de lumière. En outre, il y a toute une galerie de personnages qui semblent sortis d'un cauchemar, Brasseur en tête, très impressionnant dans son rôle de chirurgien qui dépèce des jeunes filles pour offrir un nouveau visage à sa fille défigurée dans un accident de voiture, et je crois qu'on est proche de ce qu'on dû ressentir les spectateurs mortifiés de 1915 devant les films de Louis Feuillade. « Ce qu'il y a d'admirable dans le fantastique, c'est qu'il n'y a plus de fantastique : il n'y a que le réel » (André Breton) L'incroyable scène finale de la sortie de cave, l’une des plus inspirées que je connaisse, avec Edith Scob au masque diaphane qui s’avance parmi des colombes, est bouleversante de beauté. Il fallait, au sortir de cette histoire, oser tant de poésie, sans doute la seule alternative à l’horreur, et l’on pense immédiatement à Frankenstein, bien sûr, mais aussi à Tim Burton, qui reconsidère les genres selon son propre principe, toujours baigné dans un univers d’enfant. Franju ne voit pas le monde de façon rationnelle. Il éprouve toujours le besoin de le transformer, de le rendre fantasmagorique dans sa cruauté ordinaire.
Bénéficiant d'une excellente réputation dans le milieu scientifique, le professeur Génessier souhaite rendre à sa fille une apparence normale suite à un accident de voiture dont il est responsable. Avec son assistance dont il a déjà refait avec succès le visage, il est prêt à tout pour parvenir à ses fins...
D'une sobriété exemplaire, Georges Franju instaure peu à peu un climat inquiétant et cauchemardesque. L'horreur est omniprésente que ce soit à travers les actes du docteur ou les visages marqués par ses coups de scalpel. La présence de sa fille, souvent fantomatique à travers son masque blanc où ses yeux expriment sa détresse, apporte une touche humaine et de tristesse face à lui.
George Franju hérite d'un excellent et efficace scénario. Il met en scène des personnages intrigants, tout comme les relations qu'ils entretiennent et les rend intéressant. Plusieurs scènes sont marquantes et d'un seul regard, il peut faire ressortir l'émotion des personnages, que ce soit la détresse, la peur ou la cruauté. Il laisse souvent l’ambiguïté sur les enjeux et personnages et plus particulièrement celui de Louise, la secrétaire du Dr Génessier.
Les yeux d'Édith Scob sont inoubliables, comme la prestation de Pierre Brasseur dans le rôle du docteur Génessier. La bande originale est aussi excellente, sachant se faire discrète lorsqu'il le faut pour mieux réapparaître par la suite.
Les films fantastiques français sont finalement assez rares et c'est bien dommage, surtout lorsqu'on le voit la réussite de "Les yeux sans visages" où Franju fait preuve d'une brillante maîtrise derrière la caméra et crée une atmosphère de plus en plus inquiétante.
Un chirurgien de renommée nationale souhaite redonner un visage à sa fille défigurée par un accident de voiture. Pour cela, lui, un de fer de lance de la greffe chirurgicale, trouve un cobaye de choix pour ses expérimentations avec sa fille sur laquelle il tente des greffes de visage de filles qu’il kidnappe. En 1960, lorsque Franju fit ce film, il se vu taxer de Grand Guignol par de nombreux critiques ; mais son film est pourtant, à l’époque, sérieusement d’actualité. Les 50’s furent une décennie avec de grandes avancées chirurgicales. Ce film pose des questions d’éthique médicale toujours d’actualité. La question de l’amour est aussi au centre du propos, sa fille est un cobaye malgré lui, il met ses compétences au service de sa fille. L’amour est une question centrale, la jeune fille se pose continuellement la question de l’amour de son père pour elle. Dans le final, elle tranchera fermement. Franju s’essaie ici à l’épouvante ; pas question de film d’horreur avec des giclés de sang et autre surjeu visuel. Il travaille essentiellement sur la montée d’angoisse du spectateur. Ce film est donc atypique dans le cinéma français. D’autant plus que Franju fait partie de la génération Nouvelle Vague. Et c’est ce qui est déconcertant dans ce film à l’esthétisme suranné. Réalisme poétique ou surréalisme, ce film fait daté ; une impression d’avant guerre prononcée. A voir tout de même pour l’audace et la trace qu’il a laissée dans le cinéma mondial… « La piel que habito » d’Almodovar en est la réminiscence la plus connue et la plus proche.
Une petite déception de l'oeuvre de Franju notamment car je m'attendais à un film beaucoup plus poétique et macabre. Le rythme est assez lent, les scènes sont hachées, l'ennui est total et ce, malgré les plans du réalisateur qui sont fabuleux grâce à l'utilisation du Noir et Blanc, fantastiques nous plongeant dans l'horreur. Ce film me fait quelque peu penser à Elephant Man par la thématique qu'elle propose mais reste moins efficace dans son traitement. Les acteurs sont convaincants, sans plus (Pierre Brasseur est un monolithe)
Classique du cinéma d'épouvante du début des années 60, "Les yeux sans visage" (de Franju) est une oeuvre à part dans le cinéma français, à la fois teintée de mystère et de poésie. Pierre Brasseur - toujours excellent - incarne un chirurgien qui, moins rongé par la culpabilité que par le désir de réaliser une prouesse médicale, s’acharne à donner un nouveau visage à sa fille défigurée. Cette fille (sublime Edith Scob) appartient aujourd'hui à la mythologie du cinéma par son masque blanc protecteur, son regard mélancolique, ses déambulations à la fois tristes et gracieuses sous la musique envoûtante de Maurice Jarre. Une oeuvre intemporel, comme toute poésie. L'une de celles qui m'aura hypnotisé.
Décidément j'ai toujours autant de mal à accrocher aux vieux films, même devant celui ci qui est considéré comme un chef d’œuvre du cinéma fantastique français Attention cela ne veut pas dire que je n'ai pas aimé, le film recèle d’énormes qualités pour son époque notamment le soin apporté à son ambiance, il fait donc évidemment partie des grands classiques du 7e art français.