Les mutations successives de The Long Haul, le faisant évoluer du polar canonique à la lutte physique et métaphysique entre deux hommes au contact des éléments naturels, sans oublier l’emprunt de certains codes propres à l’épouvante – voir à ce titre l’auberge où séjournent les amants maudits, sur laquelle semble planer une malédiction –, le rendent trépidant à suivre et assurent à ses protagonistes une caractérisation complexe parce qu’écartelée entre la permanence de valeurs et de l’origine sociale d’une part, et la mobilité due à leur rencontre d’autre part : la moralité d’Harry Miller subit deux tentations qu’incarnent deux personnages, à savoir le bien nommé Joe Easy (spoiler: l’argent facile ) et la charmante Lynn (spoiler: la passion charnelle ), pour lesquels il représente également tantôt une source de profits tantôt une échappatoire à sa condition de serveuse et danseuse dans un établissement faussement exotique. spoiler: La clausule, bouleversante, atteste la faillite de ces idéaux et le retour à une réalité contraire à espoirs dessinés par la fiction.
Les convois successifs retranscrivent, par leur concrétude, les louvoiements intérieurs du protagoniste, jusqu’au déchaînement des forces en présence, séquence de traversée en tout point remarquable. En cela, le film de Ken Hughes n’est pas sans rappeler le geste artistique de Nicholas Ray, redoublé par le soin porté à la direction artistique, signée Basil Emmott, et à la musique de Trevor Duncan. Une réussite magistrale injustement méconnue.