Fête du cinéma 2014, mardi soir. S’il était sorti à un autre moment de l’année, j’aurais probablement regretté d’avoir payé près de 8€ pour ce film. Mais je me vante d’avoir pu découvrir « Transcendance » pour 1,75€ seulement. Malgré une idée de base intéressante, focalisant sur les limites morales des avancées technologiques, le film de Wally Pfister ne passionne pas. Les fanas de nouvelles technologies et d’anticipation devraient y trouver leur compte, sans pour autant y déceler le film de l’année. Pour son premier film, Wally Pfister propose une œuvre à l’influence nolanienne non dissimulée. Le réalisateur va même jusqu’à reprendre les acteurs fétiches de son mentor. La mise en scène de l’ex-directeur de la photographie n’est ni mauvaise, ni remarquable. Une caméra qui tremblote toujours trop lors des rares scènes d’action exceptée, c’est passable. Le gros problème de « Transcendance », c’est que l’ensemble est terriblement mou. Non pas que j’aurais aimé que tout explose de partout, mais qu’il se passe des choses un minimum intéressantes aurait pu être bien. Dans ce film, les héros, bon scientifiques, sont bavards. On nous parle de physique quantique, de processeurs derniers cris aux noms impossibles à se rappeler... C’est peut-être de la mauvaise foi, mais je me suis vraiment ennuyée devant leurs échanges pleins de mots compliqués glissés exclusivement pour rabaisser le spectateur à l’état d’esprit inférieur. Il est difficile de cerner précisément ce qui cloche, mais tout semble vain. Je ne me suis jamais sentie anxieuse ou même concernée par le sort de ces personnages. Le tout se suit avec un certain détachement. L’une des meilleures trouvailles de « Transcendance » est son audace par rapport aux nanotechnologies. Le propos est assumé, les technologies devraient permettre de révolutionner le monde. Le plus difficile étant de trouver la frontière pour préserver notre humanité. Une question soulevée de deux points de vue différents par Will et Bree. Créer une intelligence artificielle ne correspond-il pas à créer un Dieu ? Le dénouement proposé par le scénariste Jack Paglen est simpliste et moralisateur.
En gros pour ceux qui se fichent d’être spoilés ou qui ont vu le film : Will a deux choix : se suicider gentiment pour faire plaisir au monde ou refuser de se soumettre et dominer l’humanité, sa femme mourant dans les deux cas. Parce qu’une fin apocalyptique ne plaira pas au public moyen, Will se soumet. Avec l’excuse bateau qu’il reste une part d’humanité en lui, qu’il est encore gentil, il laisse ses hôtes partir et s’en va de façon admirable. Après avoir voulu se développer durant une heure et demie, il abandonne avec plein de bons sentiments bien humains. Oh excusez-moi. Est-ce qu’il fallait pleurer ? Ah bon ? Et devant ce plan terriblement esthétique de la dernière étreinte du couple aussi ?
(l’ironie c’est le mal). Le couple phare, sur qui repose toute l’œuvre, suscite aussi peu d’intérêt que les évènements. Il y a un petit quelque chose dans la relation Will/Evelyn qui rend leur histoire peu crédible. Est-ce les vingt ans d’écart des acteurs, le manque d’alchimie entre eux ou la présentation superficielle de leur couple qui en est la cause ? Aucune idée, mais à aucun moment le duo fonctionne. Elle, est interprétée par Rebecca Hall, qui est la plus remarquable du remarquable casting de « Transcendance ». Est-ce vraiment une surprise ? L’actrice interprète à la perfection chacune de ses scènes. Elle en devient bluffante lors de
sa prise de conscience
après une grosse moitié de film. Face à elle, Johnny Depp. Je ne sais pas si on peut parler d’une bonne performance pour l’acteur qui est mono-expressif tout le temps, qu’il soit dans la machine ou non. Bon. Disons qu’il joue bien l’intelligence artificielle. L’intrigue se focalisant surtout à donner de la profondeur au couple Caster, il ne reste pas grand-chose à dire sur la suite du casting ; les présences de Paul Bettany (bon comme d’habitude), Cillian Murphy (coucou je ne sers à rien) ou Morgan Freeman (s’auto-parodiant dans son énième interprétation du vieux mentor savant) sont anecdotiques. Ah ! Et Kate Mara. Ancienne stagiaire, elle est maintenant à la tête d’une organisation terroriste. Un peu jeune pour le poste, mais ça n’a l’air de choquer personne, alors passons. C’est beau la fiction. L’actrice surjoue son rôle de dure à cuire, avec les expressions qui vont avec (comprenez aucune, les sourcils froncés suffisent). Une interprétation très moyenne pour un des pires personnages de cette histoire. A l’image du très jeune leader des RIFT, l’élite des scientifiques de ce monde (Depp, Hall, Bettany) a des allures de top modèles. C’est beau la fiction.