Décidément, la Corée du Sud aime les polars/thrillers/films de mafieux en ce moment…un peu comme la Chine et Hong Kong dans les années 90. Mais après tout, si la qualité est toujours au rendez-vous, pourquoi se priver ?! "Nameless Gangster" nous conte l’ascension de Choi Ik-hyun dans le monde de la pègre de Busan : douanier corrompu menacé d’être licencié, il découvre un jour un sac rempli de drogue. Afin revendre cette dernière au Japon, il s’associe à Choi Hyung-bae, un gangster local. Les deux hommes s’apprécient et décident de poursuivre leur collaboration. L’argent coule à flot et l’ancien douanier devient peu à peu un malfrat respecté riche d’un réseau étendu dans le monde politique, policier et judiciaire... Un des atouts de ce film est son contexte historique : prenant comme toile de fond la Corée du Sud des années 80 et 90, il restaure assez fidèlement une époque effrayante durant laquelle on vit une montée des gangs et de la corruption gouvernementale devenue tellement importante qu’il n’est même plus nécessaire de la dissimuler (il sera même question des magouilles mises en place lors des Jeux Olympiques de Séoul en 1988 !) ; tout cela en pleine période de dictature militaire jusqu’à l’arrivée d’une république démocratique. Cette dernière va essayer d’imposer un ménage féroce pour donner un autre visage au pays, même si cela oblige les forces de l’ordre à se comporter comme ceux qu’ils pourchassent (voir ces policiers qui interviennent avec des barres de fer ou encore ce procureur tellement acharné qu’il nous apparaît cent fois plus violent que le gangster qu’il cuisine !) Mais pour illustrer son propos, le réalisateur choisit une structure assez étrange : le récit alterne les allers-retours entre le présent et le passé. Certes, cela n’est pas une mauvaise idée en soi puisque cela permet notamment de nous présenter les personnages, les enjeux et l’histoire de façon chronologique ; cependant les transitions entre les deux périodes ne sont pas clairement définies et, si vous n’êtes pas totalement concentré sur le film, vous risquez de louper quelque chose et de vous retrouver assez vite dans la confusion la plus totale. C’est dommage car ce manque de fluidité narrative empêche "Nameless Ganster" d’être au panthéon des fresques mafieuses, alors qu’on retrouvait à l’image tout ce qui fait l’essence de ces grands films (en le regardant, vous ne pourrez pas vous empêcher à un moment ou un autre de penser à Martin Scorsese, Kinji Fukasaku, Ringo Lam, Francis Ford Coppola, Takashi Miike, Johnnie To, Brian De Palma, Takeshi Kitano ou Alan Mak et Andrew Lau !) comme ces fameux paradoxes où l’humour gras et décalé laisse soudainement place à une explosion de violence brute ou encore ce dernier plan, si nihilliste qu’il ferait passer la fin du director’s cut de "Blade Runner" pour un giga happy end !! Mais la colonne vertébrale de "Nameless Ganster", le ciment indestructible du film c’est son duo d’acteurs principaux : aussi convaincant l’un que l’autre, nous avons d’un côté le grandissisme Choi Min-Sik (le fabuleux héros de "Oldboy", qu’on a aussi pu voir dans "Shiri", "Frères de Sang", "Lady Vengeance", "Crying Fist" et "J’ai Rencontré le Diable") joue le rôle de l’ex-douanier devenu criminel ; gars à la fois arrogant, opportuniste, lâche et maladroit vu qu’il se prend pour un véritable caïd alors qu’il vient tout juste d’entrer dans le « business » ; et nous avons de l’autre le non moins talentueux Ha Jung-woo ("She's On Duty", "Shi Gan", "The Chaser", "The Murderer") qui incarne le froid et posé Hyung-bae qui se révèle être un véritable chien furieux quand l’occasion se présente, représentation tout à fait classique du mafieux craint et respecté. Même si sa construction narrative n’est pas la plus efficace, "Nameless Ganster" est un bon film dans la plus pure tradition des films mafieux et séduira sans aucun doute les fans du genre.